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Un photographe suisse à Chiang Mai
Catégories: Récits de voyage, Thaïlande
En cherchant une photo libre de droits pour illustrer l’article Vacances d’automne au Canada, j’ai découvert les photos de Fredalix sur Flickr. De clic en clic, j’ai découvert que Fredalix était Suisse et qu’il vivait à Chiang Mai. J’ai eu envie de le connaître davantage et nous avons échangé quelques emails, que je partage ici.
Qui es-tu et d’où viens-tu ?
Je m’appelle Frédéric Alix Gloor, je suis né à Lausanne il y a 33 ans. Instituteur, j’ai enseigné quelques années. J’ai rapidement senti que le monde de l’enseignement était un monde clos. Parce qu’en tant qu’enfant, on va à l’école, puis on devient étudiant pour obtenir un diplôme qui nous permet de… rester à l’école pour y travailler de l’autre côté du pupitre. Les enseignants souvent se marient entre eux et parlent de leurs cas d’élèves lors de leurs soirées privées.
J’ai été passionné par mon travail, mais j’avais envie d’en voir plus. Depuis tout petit je suis passionné par le monde, je rêvais devant des cartes de géographie.
En parallèle, j’ai travaillé dans des associations gays (VoGay et Pink Cross) en tant que bénévole et j’ai fait mon service civil chez Pink Cross. J’ai aussi créé et animé le site web gayromandie.ch. La problématique des minorités m’intéressait autant qu’elle me concernait. Mais à nouveau, j’ai senti les limites de ce petit monde clos et ai eu envie d’évasion. J’ai vendu gayromandie.ch il y a quelques années.
Comment es-tu arrivé en Thaïlande?
En 2003, mon ami et moi décidons de partir en voyage autour du monde. Nous prenons tous les deux congé de nos emplois et de nos appartements et nous embarquons. Inde, Asie du Sud-Est, Nouvelle Zélande, Fidji, Californie, Amérique Centrale, Canada. Au retour en Suisse après ce tour de la planète, nous achetons un billet pour Bangkok et repartons immédiatement pour 6 mois supplémentaires. Nos envies de voyage ne sont pas les mêmes, il aime le repos, j’aime la visite. Il reste sur une île alors que je pars visiter la Thaïlande profonde, loin des touristes.
Au retour en Suisse, je sens que je ne pourrais plus revivre la vie que j’avais avant, avec souvent 15 heures de travail par jour, une suroccupation maladive. Je passe du temps à rêver à ce que j’ai vu, aux gens que j’ai rencontrés. Il s’ensuit deux années pendant lesquelles je passe 6 mois en Asie (et découvre le Cambodge, le Laos, la Chine et la Birmanie en plus de la Thaïlande que j’aime de plus en plus) et 6 mois en Suisse à travailler. En 2007, je fais mes calculs et me rends compte qu’une installation officielle en Thaïlande me coûterait moins cher que des allers-retours permanents.
Voilà donc deux ans que je ne suis plus rentré en Europe, la dernière neige que j’ai vue était au Tibet, tout comme le dernier sommet digne de ce nom.
Ma peur de l’avion fait que je ne me déplace qu’en bus ou train ou bateau
– J’aime savoir où j’arrive, j’aime voir les paysages se modifier à mesure que l’on avance. Je déteste être parachuté quelque part en arrivant dans un aéroport. J’ai besoin de suivre le fil du voyage.
Les voyages continuent, je suis passionné par la Chine que je découvre à petits pas.
Que fais-tu en Thaïlande?
Intéressé par l’art, je me suis lié avec des artistes birmans. Je prends beaucoup de photos, ce qui est pour moi un lien de partage de ce que je vois et vis avec mes amis de par le monde, mais maintenant grâce à Flickr avec des nouveaux amis que je rencontre par ce biais. C’est ainsi que je participe à ma première exposition « Three Nations Art » dans laquelle je présente une vingtaine de photos prises en Birmanie aux côtés d’un artiste peintre birman et d’un autre thaïlandais. J’ai créé le site web salaween.com pour présenter cette exposition, également sur Facebook. L’exposition dure jusqu’au 7 octobre à Chiang Mai.
Qu’est-ce qui te manque le plus de la vie en Suisse?
Mes amis, la langue française, les librairies, les concerts et les expositions.
Internet me permet de discuter avec mes amis de par le monde comme si on était au même endroit. Yahoo messenger ou Skype rapprochent les gens. Ça m’arrive de me connecter parce que je me sens un peu seul et de passer la journée à discuter avec Lausanne, Beijing, ou Bangkok.
Si je peux lire tous les jours les journaux Suisses et Français « en ligne », si je peux voir le journal de la TSR et même suivre en direct l’élection d’un nouveau Conseiller fédéral, les livres en papier me manquent. Il y a quelques librairies « seconde main » mais je n’y trouve pas ce que je pourrais chercher. J’y trouve des surprises et me mets à lire un auteur dont je n’aurais jamais acheté un livre autrefois. C’est l’avantage de la pénurie.
Qu’est-ce qui te manquerait le plus de la Thaïlande si tu revenais en Suisse?
La simplicité de vivre.
Quand je suis rentré en Suisse après la première année de voyage, j’avais la tête dans mes souvenirs. J’ai passé des journées entières chez moi, les stores fermés à me remémorer les instants passés. Un jour que je me retrouvais à la Migros, j’ai lancé un sourire tout naturel à une caissière qui m’a regardé comme si j’étais un détraqué. Si les asiatiques ne se sourient pas toujours et sont même souvent froids entre eux, ils sont sensibles à la gentillesse et offrent plus de gentillesse et d’attention qu’ils en reçoivent. En Suisse, c’est souvent pris avec méfiance et peur.
La nourriture
Quand je suis revenu à Chiang Mai il y a deux ans, après deux petits mois en Europe, j’ai eu un instant de bonheur. J’étais assis à une table devant un stand de soupes de nouilles et j’ai senti l’odeur du Tom Yam me prendre tout entier. Il m’arrive souvent d’être assis le soir sur un petit marché de nuit de quartier, de manger une assiette toute simple, de regarder les gens passer, manger, rire et vivre, et de me dire qu’il n’y a nulle part ailleurs sur terre où j’aimerais être à cet instant précis.
La campagne, la forêt, les montagnes
Lors de mon premier séjour en Asie en 2001, je me promenais à dos de moto dans la campagne de Chiang Mai. J’ai observé des petites montagnes recouvertes de forêts. Les branches partaient dans tous les sens, des lianes, des arbres de différentes espèces, des gros des petits, c’était comme une orgie végétale, un plaisir pour les yeux et une leçon de la nature. J’ai pensé que de tels endroits n’existaient pas en Suisse où chaque recoin a été défriché pour y construire des propriétés.
Merci Frédéric de nous faire rêver par tes magnifiques photos. J’espère aller un jour te rendre visite à Chiang Mai.
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