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De Cayenne à Belem
Catégories: Brésil, Récits de voyage
Récit de voyage de Sylvain Hugues, collaborateur d’Ebookers.ch
Voici le récit d’un court séjour à Cayenne dont le meilleur souvenir reste la laborieuse ponte des immenses tortues Luthes, sur la plage.
De Cayenne à St-Georges
Sur fond de Zouk-love, 3 heures de Taxi-co de Cayenne jusqu’à St Georges, dernière ville française. Traverser le fleuve-frontière en pirogue pour rejoindre Oyapock sur l’autre rive. Premier village-étape aux avant-postes de la forêt amazonienne. Echoppes, douanes (faire tamponner passeport) et bureaux de change, principalement du transit.
De là, monter dans un vieux car bondé et rouillé pour s’enfoncer dans la jungle 12 heures minimum, (jusqu’à 48 heures quand le moteur lâche!). Le véhicule prend des allures de chalutier quand il patine et tangue sur une route de terre rouge engluée par la pluie. Tiré du sommeil pour descendre afin de délester le car quand il est embourbé, les tongues dans des piscines de boue, entourés par deux murs de jungle au milieu de la nuit noire.
Makapa
Arrivée à Makapa au bord de l’Amazone, premiers bétons après la forêt. Quelques rencontres providentielles nous guident au milieu des bons et mauvais plans. L’hospitalité et l’ouverture brésiliennes sont immenses et étonnamment désintéressées.
Achat d’un billet de bateau au port de Santana, qui jouxte Makapa. Ne pas oublier d’acheter de la corde pour fixer le hamac.

Une heure avant le départ, les hamacs recouvrent déjà tout l’espace, mais on trouve toujours. Surtout que nos voisins nous aident à le fixer. Moteur, fumée, départ, 24 heures d’Amazone pour Belem.
On bouquine, on fait des croquis du pont, sur fond de Bregua, la danse brésilienne en coupé décalé. Ni bossa ni samba.
L’équipage jette à l’eau quelques paquets, seuls approvisionnements pour les populations locales qui viennent les ramasser en barque. La nuit venue, après la huitième bière, on parle un portugais inventé et décomplexé avec nos co-voyageurs. Dodo hamac (« Hedji ») jusqu’à l’aube flamboyante.
Belem
Un horizon de buildings se dessine : Belem, ancienne cité du caoutchouc, plus d’un million d’habitants, par le passé capitale brésilienne et point de contact avec la métropole portugaise. On amarre, et, malgré les avertissements sur la criminalité, on s’aventure dans les premières rues. Perdus, une mamie nous conseille de prendre le bus. Arrivés à l’Hôtel Fortaleza, avec une tenancière francophone qui nous materne. Marché « Ver o Peso » à l’aube, poisson frit avec tourista de rigueur, musée baroque l’après-midi, les docks rénovés hype le soir venu.
L’île de Marajo
Dernière destination, l’île de Marajo. Grande comme la Suisse, au nord de la ville, à l’embouchure du « fleuve ». Trois heures de bateau puis taxi jusqu’à Joanes, petite pension tenue par Saturnin, un golgothe d’ébène guyanais qui a repris l’affaire. Plage avec une eau plus chaude que mon bain. Le soir, alpagués par une bande de Brésiliens fantasques. Les garçons traitant les filles de tapins et elles les traitant de tatas (« Macomere »). Le carnaval. On communique sans savoir comment, avec gestes et mots d’italien enrobés d’accent brésilien. On s’apprend surtout un lexique salace, plus facile à retenir. On rentre avec eux le lendemain sirotant des caïpirinhas. Léo, le plus radieux, un brésilien bien dodu et poilu, nous invite dans son bar à Belem.
On les retrouve au soir dans ce fameux bar, quelques chaises de jardin au milieu de chatoyants cafards. Ils connaissent par cœur ces morceaux de Bregua. Si Rio est Paris, Belem est Marseille, plus bordélique, sanguine, délurée. On s’enlace et se laisse nos e-mails.
Un avion nous ramène à Cayenne où nous terminons avec deux jours de pirogue et de wake board sur l’Oyack.
Humide et mémorable périple.
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