De Michelle Carrupt le 24. novembre 2010 um 8.29  
Catégories: Canada

Je ne sais plus comment je suis tombée sur le blog du DrCaSo « c’est pas moi je l’jure ». Peut-être ai-je été attirée par une recette de cuisine, une photo de l’hiver canadien ou le récit d’un mode de vie différent du mien. Je lis ce blog très régulièrement avec grand plaisir. Récemment, j’ai dialogué avec DrCaSo sur Twitter à propos d’un article dans lequel elle présentait son travail à l’Université. J’ai voulu en savoir un peu plus sur cette Suissesse du bout du monde. DrCaSo a bien voulu répondre à mes questions.

Bonjour DrCaso, pouvez-vous nous dire en quelques mots qui vous êtes? J’ai cru comprendre que vous étiez originaire de Suisse et de France.
Bonjour Michelle, et merci pour l’invitation! Oui, je suis bien Française d’origine et Suisse d’adoption, puisque j’ai grandi en Suisse et reçu la nationalité suisse à 18 ans. L’université suisse ne m’intéressant pas du tout (j’ai essayé les études d’anglais, d’informatique, de psychologie et d’espagnol), je suis partie aux États-Unis, en Utah puis en Indiana. Là, j’ai passé 10 ans à faire des études de design et de linguistique et à enseigner le français puis l’anglais. En 2006, à la fin de mon doctorat, j’ai trouvé du travail en Ontario, dans une des universités de la plus grande ville canadienne.

Qu’est-ce qui a amené DrCaSo dans cet état du Canada, bien peu connu des francophones?
Après trois ans passés dans une ville que j’aime beaucoup, en Ontario, on m’a offert un travail en Alberta, dans une des meilleures universités du Canada. Je n’ai pas pu résister au prestige du boulot et à l’aventure. L’Alberta est le dernier endroit où j’aurais imaginé vivre un jour, mais c’est une province mythique (sables bitumineux, Montagnes Rocheuses, etc.) et j’aime faire des choses un peu excentriques dans ma vie!

Dans quelle ville de l’Alberta vivez-vous? Quelles sont ses caractéristiques et que peut-on y faire de spécial?
J’habite dans la capitale de l’Alberta, à 3 heures de route au nord de Calgary, dans une ville que j’appelle ATPN « Austin, Texas, version Pôle Nord ». J’ai eu pas mal de soucis avec mon boulot, dans le passé, à cause de mon blog, donc j’essaye de rester un peu anonyme. Pourquoi Austin, Texas? Parce que l’Alberta est le Texas canadien (pétrole), et comme à Austin, l’immense université dans laquelle je travaille (40 000 étudiants) rend la ville un peu plus « cultivée » que le reste de la province (qui est très « Wild Wild West »).

ATPN se situe sur une superbe rivière et compte un peu plus d’un million d’habitants, mais on dirait plutôt une petite ville parce que c’est la ville la plus « étalée » du Canada. Le printemps et l’automne durent à peine deux semaines et l’hiver huit mois, au moins. C’est un hiver très rude, avec beaucoup de neige et des températures polaires, on peut même voir des aurores boréales! L’année dernière, on a eu jusqu’à -46ºC pendant deux jours! Et contrairement à ce que pensent les Européens, il neige jusqu’à -25ºC environ. Heureusement, l’air est très sec donc la neige est « sèche » et fine et s’accumule peu rapidement… mais comme elle ne fond jamais entre novembre et avril, ça finit quand même par s’accumuler!

Avec ce froid (la rivière gèle entièrement), on doit brancher sa voiture si on la laisse dehors plus de 15 minutes, sinon l’huile gèle. Les parkings des grands magasins et de l’université ont des systèmes spéciaux où tout le monde peut brancher sa voiture pendant la journée. Et mes parents m’ont offert pour Noël l’année dernière, un « démarreur de moteur à distance » qui me permet de démarrer ma voiture depuis mon bureau 15-20 minutes avant d’en sortir pour réchauffer le moteur, l’huile, et l’intérieur de la voiture. Tout le monde a ça ici! Sans ce petit bijou, j’étais catatonique (de froid) pendant 15 minutes une fois dans ma voiture!

Que fait-on dans une ville de ce coin du monde un dimanche d’hiver? Quelles sont les activités culturelles les plus prisées? Y-a-t-il un centre ville, des musées, des galeries d’art, des librairies, des bibliothèques, des cinémas, etc.?
Après avoir vécu dans la plus grande ville canadienne, j’ai beaucoup de mal à trouver ATPN intéressante… mais il y a quand même deux-trois trucs qu’on peut y faire: il y a un orchestre symphonique qui fait de temps en temps des concerts pas mal. D’ailleurs, ma chorale va chanter le Messie de Handel accompagné de cet orchestre en décembre.

Il y a un musée d’art moderne dans lequel je ne suis encore jamais allée. Il y a l’ex-plus-grand « mall » du monde (galerie marchande avec plus de 800 magasins et restaurants et hôtels et parcs de jeu, etc.) mais je déteste y aller. Il y a un centre ville « des affaires » tout à fait inintéressant au nord de la rivière, et un centre ville « étudiant » au sud de la rivière, où on peut trouver des cinémas, des bars, des boîtes de nuits, des restos, et plein de magasins pas mal.

Un dimanche d’hiver, par contre, soit on va faire du ski (les Montagnes Rocheuses sont à 2-3 heures de route et les sports d’hiver sont le passe-temps préféré des gens d’ici), soit on reste bien au chaud à la maison parce que la plupart des magasins et restos sont fermés le dimanche! Bref, moi, je m’ennuie beaucoup, ici, à vrai dire…

Chaque billet de votre blog contient une recette de cuisine détaillée. Vous semblez bonne cuisinière et fin gourmet! Trouvez-vous tous les ingrédients nécessaires ou y a-t-il des plats que vous aimez que vous ne pouvez pas faire, faute d’ingrédients adéquats? Y a-t-il un plat typique de l’Alberta?
Mes envies de cuisiner ont réellement commencé quand j’ai déménagé au Canada. Dans cette immense ville en Ontario, je trouvais de tout, des ingrédients du monde entier, des trucs que je n’avais jamais vus auparavant et qui me donnaient envie de tout essayer… et j’ai pris beaucoup de cours de cuisine là-bas.

Une fois arrivée en Alberta, l’envie de faire la cuisine m’a quittée très brusquement. On est tellement au nord que tout ce qui est produit frais est extrêmement cher, est importé de loin et donc en pas très bon état, et il n’y a aucune variété.

Le plat typique de l’Alberta est le steak de bison avec des frites… et moi qui essaye d’être végétarienne, j’ai vraiment du mal à trouver l’inspiration. Je me force à faire un effort et à cuisiner encore de temps en temps pour ma santé et mon blog, mais ça devient de plus en plus difficile et je mange de plus en plus comme la plupart des Nord-Américains: au restaurant tous les jours! Mais je suis aussi de moins en moins attirée par les restaurants, qui n’offrent jamais de bouffe réellement bonne et de qualité.

ATPN a beaucoup de défauts: distance de l’Europe (il faut 20 heures de voyage pour arriver à Paris), hivers polaires, pas grand chose à faire, etc., mais le problème de la nourriture est définitivement le plus sérieux, en ce qui me concerne.

Quels sont les points positifs de votre nouvelle vie là-bas?
Je ne regrette pas du tout d’être venue habiter en Alberta parce que j’adore mon boulot, et ça, c’est très important. J’aime ce que je fais et (presque tous) les gens avec qui je travaille, je ne m’ennuie jamais, et j’ai l’impression de faire quelque chose qui aide vraiment les étudiants de notre université.

J’ai aussi un appartement immense et absolument sublime avec une vue superbe sur la rivière et la ville. Mes chats l’adorent (escaliers, immense balcon, plein d’endroits où me faire des frousses) et notre vie ici. Au 30ème étage, en Ontario, il n’y avait ni moustiques ni oiseaux, alors qu’ici elles ont des pies et des mouettes et des moustiques à volonté!

Ah, et j’adooooore la lumière, ici, surtout en hiver! Le ciel est d’un bleu incroyable, il y a rarement des nuages, il fait très rarement gris, et le soleil est éclatant, surtout sur la neige! Je n’ai jamais vu autant de soleil de ma vie! Ca aide beaucoup à supporter le froid de l’hiver!

Aller au boulot ne me prend que 15 minutes au lieu d’une heure (comme en Ontario), et les embouteillages n’existent pratiquement pas. Les gens conduisent bien et pas comme des dingues (comme en Ontario), et mon quartier est très calme la nuit (pas comme en Ontario). J’ai découvert des endroits magnifiques et je suis proche des montagnes, ce qui est agréable parce que j’aime les montagnes!  Et puis j’ai aussi pu acheter une nouvelle voiture très chouette (qui s’appelle Albertine) parce qu’ici on a moins de taxes et d’impôts qu’ailleurs au Canada.

Y a-t-il un aspect de la vie en Alberta qu’on ignore complètement en Europe? Qu’est-ce qui vous a surpris le plus, et accessoirement, un aspect de la vie européenne qui vous manque?
Je crois qu’il est très difficile d’imaginer ce qu’est la vie ici si on n’y habite pas, même pour les Canadiens des autres provinces. C’est le Wild Wild West, ce coin, perdu au milieu de la prairie, avec une mentalité très cowboy, dans un climat et des conditions de vie tellement rudes que la plupart des gens ont des énormes 4×4. J’ai failli, et j’aurais dû, en acheter un!… Les premiers immigrants arrivés ici, il n’y a même pas si longtemps que ça, étaient de jeunes et robustes hommes venus travailler dans le pétrole, et ça a influencé la politique et la vie de tous les jours de toute la province (je devrais écrire un bouquin là-dessus, tiens…).

Et puis l’Alberta est la province la plus « conservatrice » du Canada, politiquement parlant (pétrole, etc.). Je suis constamment surprise (souvent en mal) par les lois, les attitudes, et la façon de penser et de vivre des gens d’ici. C’est vraiment l’aventure, quoi :)   Et la seule chose qui me manque de l’Europe, à part ma famille, c’est le fromage!

Si vous deviez revenir en Europe pour y vivre, que regretteriez-vous le plus de votre vie au Canada?
La vie aux États-Unis me manque déjà beaucoup, donc si je devais retourner en Europe, c’est la vie nord-américaine qui me manquerait, pas seulement le Canada. La facilité et la flexibilité de la vie ici (et surtout aux États-Unis) est quelque chose d’uniquement nord-américain et qui me manquerait terriblement. Je n’aurais jamais pu faire les études que j’ai faites, trouver les boulots que j’ai trouvés, et vivre la vie que je vis en Europe! Je n’ai aucune envie de retourner en Europe, et si j’étais obligée de le faire, j’irais vivre en Espagne. En fait, j’espère plutôt retourner un jour vivre aux États-Unis…

Merci DrCaSo, vous donnez envie d’aller faire un tour dans Wild Wild West! J’ai toujours rêvé d’aller dans le Grand Nord canadien!




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