Les Philippines, ou pas? Ma chère maman avait quand même presque réussi à m’en détourner. ‘Es-tu folle, ma fille? Tu sais qu’ils kidnappent les touristes là-bas? En plus il se crucifient!’. Il est vrai que le regard européen sur cette myriade d’îles n’est globalement pas très positif: de là-bas, ça ressemble à une jungle peuplée de malfrats.
Non, j’irai. D’abord, je n’avais pas les moyens pour un vol direct Chine/Thaïlande, et de plus, j’avais de belles attentes, moi. Alors bon, d’accord, il se crucifient aux Philippines. Mais en Italie il se baladent bien à genoux sur des morceaux de verre pilé: je n’ai pas l’impression que je trouverai là-bas quelque chose de plus bordélique ou effrayant qu’à Naples, ma ville d’origine.
Je suis supposée atterrir à Manille, le summum du cliché panique. Je me dis que je ne vais pas pousser, je vais plutôt aller me perdre quelque part sur une île, mais laquelle? En manque d’inspiration, je me balade sur le blog de l’autre Corinne: son expérience de Siquijor semble me convenir.
Plages de sable blanc, eau cristalline, poissons tout colorés, un brin de jungle et beaucoup de sympathie: ce sera parfait pour récupérer de l’effervescence chinoise. Je réserve mon vol aussitôt.
C’est ainsi que le 7 juin 2010, je prendrai un métro, un train à haute vitesse (le maglev de Shanghai, célèbre pour sa pointe à 300km/h), un avion pour Manille, puis un autre pour Dumaguete, un taxi jusqu’au port, un bateau jusqu’à Siquijor et finalement le tuk-tuk qui m’emmènera sur ma plage. Environ 24 heures de déplacement.
À Dumaguete, c’est le dépaysement total: l’aéroport consiste en une grande pièce où les employés balancent joyeusement les bagages parmi les passagers. Les gens s’affolent comme des fourmis stressées, il n’y a aucune technologie en place, et le bureau d’information touristique consiste en une table de bois qui tient vaguement debout.
Les bagagistes se poussent pour obtenir un pourboire, les conducteurs de taxis me sautent dessus pour que je les choisisse. Mais je ne me laisse pas dépasser par la fatigue, je m’en vais tranquillement traverser la rue avec mon bric-à-brac, histoire de choisir ce jeune conducteur patient, à l’autre bout, qui ne me fera pas sur-payer.
Carlo écoute un vieil album de Mariah Carey que je reconnais: retour à l’adolescence! On engage la conversation. Il m’aide à me frayer un chemin dans le fouillis du port. Je prends son numéro, au cas où j’aurais à revenir à Dumaguete par la suite — il me semble plutôt sage de garder contact avec quelqu’un d’honnête (oui, je suis encore un peu engoncée dans la paranoïa maternelle).
Sur les docks, les marins me hurlent de me dépêcher, le cargo va partir. Comment? Trente minutes en avance? Et bien. heureusement que j’y étais, ou j’aurais dû attendre 4 heures de plus.
Ah, l’océan… sur le bateau, que des Philippins. Dans l’aéroport aussi d’ailleurs. Je suis l’oiseau un peu bizarre et je collecte les sourires curieux.
À mon arrivée à Siquijor, je les vois s’exciter du bout de la jetée, les conducteurs de tuk-tuks. Une blanche! Je me fraie un chemin jusqu’à la hutte touristique, entre leurs tentatives de marchandage qui me semblent un brin trop désespérées. De là, j’obtiens un tarif correct, et j’arrive à bon port avec le sourire: ce conducteur-ci, dont je ne me souviens pas le nom, était tout aussi jovial que Carlo.
J’avoue que tout ça ressemble beaucoup à de la drague, mais je n’y prête pas trop d’attention. J’ai l’air un peu exotique dans ces contrées, et surtout, ils pensent tous que je suis riche aux as — ce qui finalement n’est pas si faux si l’on compare nos salaires. Dans mon pays, je suis une pauvrette, mais ici, une princesse pour sûr.
À Siquijor, je ne suis pas déçue. Mon bungalow sur la plage est immense, tout en bois, j’y entends le son des vagues. La plage est sublime, et les sourires qui m’accueillent sont des plus ensoleillés. Je sens que je vais m’y plaire.










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C´est un bel article
Amitiés
Un petit coucou de « l’autre Corinne » qui a beaucoup aimé Siquijor… Merci pour ce clin d’œil !!!