De le 28. avril 2012 um 9.21  
Catégories: Conseils, Italie, Récits de voyage

Le soleil brille sur les routes d’Ombrie. Sur la banquette arrière de la voiture, je somnole légèrement. La cathédrale de Gubbio qui sonnait les demi-heures ne m’a pas laissé de répit! La campagne défile et une bonne demi-heure plus tard, nous arrivons à Gualdo Tadino… La plus petite des villes visitées lors de ce périple entre Marches et Ombrie et sans doute celle qui frappe à priori le moins l’imagination.

Ce qui attire le regard en premier néanmoins, c’est le Palais fortifié de Rocca Flea, une structure essentiellement militaire à l’origine, fièrement dressée sur sa colline. C’est une magnifique forteresse dont les parties les plus anciennes datent de 1242. Elle est très bien préservée et restaurée. C’est un bâtiment en si bon état malgré les fréquents tremblement de terre qu’il était encore, jusqu’à 1985, une prison!

Mais avant cela, elle fut un palais militaire et un lieu de résidence pour les légats pontificaux, comme en témoignent d’ailleurs certaines salles du palais qui sont décorées de façon plus frivole qu’on ne pourrait s’y attendre pour un endroit militaire, et portant les armes du pape.

A présent, comme beaucoup d’autres bâtiments historiques parcourus, la Rocca est devenu le Musée municipal de Gualdo et se divise en trois parties: une archéologique, une pinacothèque (avec une collection centrée sur le XIVe au XVIe siècle, qui fut “l’âge d’or” de la région, et son peintre local, Matteo di Gualdo) et… un musée de la céramique lustrée, un type de céramique recouverte d’un voile opalescent qui peut être doré, rouge… et lui donnant un reflet particulier.

Gualdo est sans doute moins reconnue dans le monde de la céramique artisanale que Gubbio (même si elle fait partie elle aussi du réseau des villes de la céramique) mais c’est ici que nous allons rencontrer un sacré bout de femme: Fiorella Mariotti. Probablement âgée d’une cinquantaine d’années, toute mince et pleine de dynamisme, cette peintre et réverbératrice a repris les rênes de Vecchia Gualdo, l’atelier de céramique le plus fameux de la ville.

C’est un fait assez rare de trouver une femme à la barre car traditionnellement, ce sont des hommes qui sont à la tête de ces ateliers. Avec Giampaolo Rondelli, tous les deux entretiennent la tradition de la cuisson à la “muffola”, le four traditionnel qui sert à cuire et enfumer les céramiques et qui leur donneront le “lustre”, cet aspect iridescent qui fait la gloire des céramiques de l’Ombrie.

Pour y parvenir, Giampaolo a passé de nombreuses années à l’apprentissage de la maîtrise de la sélection et du mélange des essences de bois (mais aussi de branches de genévrier) afin de produire la température et la fumée exacte pour donner le lustre requis! Tout est codifié, calibré, un peu plus d’un ou pas assez de l’autre et le lustre est loupé! C’est tout un savoir-faire qui date de 500 ans.

On passe d’abord un échantillon-test dans la muffola, puis lorsque l’échantillon ressort lustré de manière satisfaisante, on enfourne l’objet à cuire. Les céramiques en ressortent toutes noires de suie et on les nettoie à l’éponge en laine d’acier. Une opération sans dommage pour la céramique car la cuisson à la muffola est sensée garder le lustre “à vie”.

Fiorella enchaînera en nous expliquant que la plupart des autres ateliers utilisent des produits chimiques lors de la cuisson pour donner ce lustre. Un lustre qui ne dure pas mais qui est un processus beaucoup moins lourd que la cuisson traditionnelle. Malheureusement, quand Fiorella et Giampaolo prendront leur retraite, il n’y aura personne pour leur succéder et le savoir-faire amassé par ces deux artisans risque bien d’être perdu.

La visite va prendre un tour tout aussi grave au Musée régional de l’émigration Pietro Conti. Ce n’est un secret pour quiconque voyage un peu:  où que l’on soit dans le monde, du Svalsbard à Ushuaïa, on trouvera un Italien sur son chemin! Leur histoire, pourtant, est largement ignorée par les Italiens eux-mêmes.

Ce musée, centre d’étude et bibliothèque, recouvre plusieurs sujets: les raisons du départ des immigrés, leur voyage et arrivée dans leur pays d’adoption, le choc culturel, leur intégration, leurs réussites et leurs échecs. Dans différentes salles plongées dans l’obscurité, des documents, objets, et vidéos sont les principaux outils qui servent à raconter l’histoire des immigrants.

Il y a aussi ces petits détails qui expliquent tout: les appels à l’immigration du gouvernement belge pour travailler dans les mines, une valise, toute semblable à celle de ma grand-mère, un passeport, des vidéos de longues files d’arrivants fraîchement débarqués d’un paquebot à Ellis Island, porte d’entrée du rêve américain, des lettres, dont celles d’un immigré de la région, parti “préparer le terrain” aux États-Unis pour sa famille, et qui envoie ses dernières recommandations à sa femme. Une missive pleine de conseils (surtout, surtout ne pas laisser de dettes!) avec bien peu de place aux marques d’affection entre époux. Un musée émouvant, surtout pour les descendants d’immigrés… et pour ceux qui parlent l’italien, car malheureusement, rien n’est traduit. Un peu dommage pour un musée de l’immigration!

Après un dernier repas et un dernier mille-feuilles, il est temps de dire au revoir à ce district culturel généreux et dont le projet ambitieux et juste de tourisme lent mérite d’être posé en exemple.

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