De le 28. juin 2012 um 18.13  
Catégories: Géorgie, Récits de voyage

Une route rectiligne, sans fin, à travers un sovietland dévasté sous un ciel menaçant de pleuvoir à tout moment… Où suis-je? Sur le chemin de Gori, une petite ville à une soixantaine de kilomètres de Tbilissi, la capitale géorgienne. La marshrutka qui partait pour Kutaisi m’a laissé à soi-disant deux kilomètres… mais cela fait au moins une heure que je bats cette route défoncée. Cette “longue marche”, c’est une parfaite introduction pour aller à la rencontre du fils le plus célèbre de Gori: Iossif Vissarionovitch Djougachvili, plus connu sous le nom de Joseph Staline. C’est un peu comme si on disait au visiteur « Voilà, viens et regarde ce que ce système a fait de nous ». Gori est encore une ville industrielle mais au plus fort du communisme, elle devait l’être bien plus encore! Un train chargé de ferraille qui transite entre différentes implantations passe tranquillement…

Gori

De part et d’autre de la route, des usines de taille monumentale se suivent, certaines en mauvais état mais fonctionnant, d’autres complètement délabrées… En partie par l’écroulement du système soviétique, en partie par l’invasion russe lors de la guerre de 2008. Gori est une ville qui a souffert: elle fut bombardée et évacuée pendant le conflit.

Pour les amateurs d’urbex, c’est une mine d’or! On dirait que l’endroit a été oublié par la marche de l’histoire. Un peu plus loin, ce sont les premières habitations, les appartements des travailleurs, qui devaient être ce qu’il y avait de mieux à l’époque de leur construction. A présent, la plupart des immeubles semblent se dissoudre avec les années. Pourtant, des gens y vivent et Géorgiens obligent, on y a même construit des balcons de fortune ou je n’oserai pas mettre le pied.

Gori

Après réflexion, je me dis que ce chauffeur peu courtois était finalement une aubaine! Être déposée dans le centre-ville m’aurait fait loupé tout cet aspect de Gori! Et le voilà justement, le centre-ville. Quelle différence avec Mtshketa! Si cette dernière semblait tout droit sortir d’un plan modèle de rénovation, Gori est restée brut de décoffrage! Voilà le marché et la place où se trouvent les marshrutkas, grouillant de gens.

A première vue, Gori n’est pas bien attrayante. Il y a une forteresse, juste à l’entrée de la ville, comme beaucoup d’autres villes en Géorgie en possèdent, mais pour la ville en elle-même, pas grand chose… la cité a été dévastée en 1920 par un tremblement de terre. Même si la ville est très ancienne, il n’en reste quasi rien. Il y a l’hôtel de ville, rénové il y a deux ans, et le Parc Staline, juste devant le musée, le but de ma visite. Au guichet, on ne se bouscule pas. Je pourrai m’y balader à l’aise!

Gori

A l’entrée, le visietur est prévenu: “This museum is a falsification of history.” Construit du vivant de Staline sur l’initiative de Lavrenti Beria, cette grosse kitscherie gothico-communiste était un monument à la gloire du grand homme (Beria sera bien mal payé et aura ensuite maille à partir avec Staline auquel il ne survivra que quelques mois, liquidé pour complot). On dirait bien que le musée a peu changé depuis l’époque de la propagande.

Gori, Stalin Museum

Gori, Stalin MuseumUne statue trône devant un escalier monumental et la visite commence. Des photos des parents, d’enfance, d’adolescence, le jeune Iossif aurait pu devenir prêtre, on y voit son inscription au séminaire… Puis vient la vocation politique et l’engagement. Staline jeune adulte est bien différent de l’image que l’on connaît. C’est un beau jeune homme barbu qui aurait le look d’un Che Guevara d’avant la lettre.  Arrêté plusieurs fois, déporté plusieurs fois en Sibérie et s’échappant plusieurs fois, cela doit être ces années d’exil qui ont dû lui durcir le caractère. Enfin, c’est l’accession au pouvoir, marquée par cette photo où il pose souriant à côté d’un Lénine qui semble presque déjà manger les pissenlits par a racine. On y voit les hommages des républiques soviétiques au nouveau chef, au Petit Père des Peuples… Puis arrive la 2e guerre mondiale, Staline devient chef militaire et héros. La paix retrouvée, c’est aussi la vie de famille. Des clichés fleurant l’insouciance qui pourraient donner le change si l’on ne connaissait pas l’histoire familiale tourmentée de Staline.

Après les hommages des républiques, il y a les hommages des nations. Des tas de petits cadeaux ont été conservés: vases de Chine avec portrait, orfèvreries venant d’Italie, petits cadeaux de France, de Bulgarie ou de Pologne.

Et enfin, il y a la mort et le masque mortuaire. Et il ne faudra pas attendre longtemps après le décès du tyran pour que l’URSS essaie d’oublier ce qui fut une sombre page de son histoire. Et pourtant… Gori doit au dictateur les touristes qui arrivent jusqu’à elle. Paradoxe!

Gori, Stalin MuseumDernières étapes dehors: il y a premièrement le wagon personnel de Staline: blindé, avec sa propre cuisine, son salon, plusieurs chambres et somme toute modeste. Le clou de la visite, c’est la maison natale. Une petite maison de bois autour de laquelle on a construit une espèce de temple pour la préserver.  Une toute petite maison de deux pièces où le Père Djougachvili exerçait son métier de cordonnier au sous-sol.

Un musée d’un autre temps, un peu difficile à saisir pour les étrangers car tout est en russe ou en géorgien (avec quelques rares mentions en anglais) et qu’il vaut mieux se dépêcher de voir si l’on souhaite le découvrir dans l’état. Le gouvernement géorgien souhaite le modifier et en faire un musée sur l’occupation soviétique.

Gori, Stalin Museum

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