De le 17. Octobre 2012 um 8.00  
Catégories: Argentine, Pays
“Les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens descendent des Incas, les Argentins descendent…du bateau”, sourit mon guide en précisant que les porteños (habitants de la capitale argentine) adorent fréquenter le lieu de débarquement de leurs ancêtres: Puerto Madero, là où - logiquement - je commence ma visite.
Les anciens docks sont aujourd’hui le quartier tendance, aussi huppé que les wharfs de Cape Town, de Londres ou Oslo. Y fleurissent les restaurants design, les immeubles de standing. Certaines stars de l’architecture contemporaine ont laissé là leur empreinte, comme l’Espagnol Santiago Calatrava (un ancien de l’EPFZ!) avec l’un de ses ponts aux allures de harpe, comme d’autres déjà implantés à travers le monde. Celui-là s’appelle Puente de la Mujer (le Pont de la femme). Politiquement correct: toutes les avenues voisines portent des noms de femmes argentines célèbres.

L'élégant Puente de la Mujer de Calatrava

A quelque distance, un prédécesseur: le fameux pont transbordeur rouillé qui ne sert plus que de toile de fond aux cartes postales. Il inspire aussi les tagueurs qui trouvent sur les façades portuaires des espaces propices à l’expression de leur art.

Nostalgies à Puerto Madero

Souvent jugée tapageuse, l’architecture-spectacle irrite bon  nombre d’Argentins, comme Alejandro Frango, professeur de littérature et de philosophie, artiste et écrivain : “Dans la transformation du port, on a sacrifié un gigantesque silo qui faisait l’admiration du Corbusier et qu’il était question d’inscrire au Patrimoine mondial. Ce pays a du mal à défendre l’héritage de son passé glorieux. Les propriétaires démolissent les hôtels particuliers pour construire des immeubles de rapport: ils préfèrent investir dans la pierre plutôt que de conserver leurs avoirs en produits financiers que les crises dévaluent systématiquement (…) Quoi qu’il en soit, le destin de l’Argentine s’inscrit toujours entre civilisation et barbarie”, ajoute Alejandro en pointant son regard sur la Boca, une zone toute proche dont les couleurs attirent mon attention.

Les couleurs de la Boca

A la fin du XIXème siècle, ce fut le fief des immigrants italiens, génois surtout. Ce fut aussi le berceau de toute une bohème qui assista à la naissance du tango dans ses maisons closes. Cette pensée triste qui se danse - comme la définissent certains de ses aficionados – s’est aujourd’hui assagie jusque dans les théâtres et les festivals qui lui sont dédiés, à l’exception de quelques milongas plus interlopes, des boîtes comme Catedral, où quelques accents canaille peuvent encore émaner d’un bandonéon.
Les couleurs de la Boca se retrouvent sur d’autres murs de la mégapole aux plus de 10 millions d’habitants, notamment du côté de Palermo Chico, devenu le secteur le plus élégant de la capitale.

Libre cours à l'imagination

Une exploration des environs me conduit jusqu’à Alto Palermo est l’un de ces shoppings – comme on appelle ici ces temples modernes de la consommation. On y trouve aussi des multiplex de cinémas et des chaînes de restauration.
En consultant le plan de la ville, je note que Buenos Aires s’est lancée en damier à travers la pampa, faisant de l’angle droit sa philosophie. A la différence de nombreuses cités européennes, elle ne s’est pas développée à partir d’un petit centre historique, de façon organique, avec des rues biscornues et des monuments serrés comme à la parade.
Ah, les monuments…Ceux offerts à l’Argentine à l’occasion de son centenaire (1910) ont été diversement appréciés. Alors que certaines fontaines et statues venues de loin ornent encore bon nombre de squares, le cadeau de la Suisse a été discrètement relégué dans un parc de seconde zone. Au vu de cette lourde allégorie d’une Mère Helvétie étreignant son homologue argentine, on ne saurait trop en vouloir aux signataires de cet exil.

Un cadeau (?) helvétique...

On me dit partout que les Argentins ont une solide propension à l’admiration. De fait, je relève un peu partout des hommages aux stars nationales. MaradonaCarlos Gardel (le roi du tango) et surtout Evita Perron, idéalisée à grands frais jusque sur les façades de certaines administrations.

Une figure emblématique qui s'illumine la nuit...

Ce ne sont là, bien sûr, que quelques impressions d’une mégapole où je suis impatient de vous emmener par la vidéo (voir plus bas). A propos d’Evita, impossible de faire l’impasse sur la Casa Rosada, le palais présidentiel d’où les Perón aimaient s’adresser aux porteños rassemblés sur la célèbre Plaza de Mayo.

Un balcon historique

Bon nombre d’habitants ont considéré comme sacrilège l’apparition de Madonna sur ce célèbre balcon, lors du tournage du film musical Evita, dont elle incarnait l’héroïne.
Et maintenant, prenez 65 secondes pour me suivre par la vidéo à travers la deuxième ville la plus peuplée d’Amérique du Sud (après Sao Paulo) !

Recommander