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Bernard Pichon
27 Articles de Bernard Pichon:
Ce n’est pas que la mer et le soleil
Catégories: Conseils, Récits de voyage, Tunisie
En plan serré, on voit des manifestants s’agiter dans un cadre urbain. On a l’impression d’une masse compacte. Si le caméraman élargissait quelque peu son plan, on s’apercevrait qu’il s’agit d’un petit groupe, assez comparable à ceux qui protestent au même moment — sous d’autres latitudes — devant les usines Renault pour dénoncer les licenciements ou sur un trottoir parisien pour s’opposer au mariage gay.
C’est comme ça: les médias n’ont pas leur pareil pour faire office de loupe et diffuser la sourde et irrationnelle angoisse de l’insécurité. Certes, la Tunisie fait partie — comme l’Egypte — de ces pays en pleine effervescence politique. Mais dans un cas comme dans l’autre, le vacancier devrait vraiment chercher l’agitation pour s’y trouver confronté sur un territoire aussi vaste et accueillant. Les plus malins choisissent justement ces périodes pour profiter pleinement de sites miraculeusement — hélas, pas pour les autochtones qui en vivent — libérés des habituelles hordes touristiques. Ah, le Nil sans shorts et chemises à fleurs sur la photo!… Ah, Sousse, Hammamet ou Djerba sans avoir à se disputer son lopin de sable fin ! Sans oublier, en prime, des tarifs imbattables. Tout juste ramenées du pays où naquit le printemps arabe, les images qui suivent devraient témoigner de l’inaltérable douceur de la destination :
Aucun problème pour réserver son hôtel via ebookers en consultant le large éventail des propositions adaptées à tous les budgets.
Une image typique de l’accueillant hébergement tunisien.
Jamel Gamra, actuel ministre du tourisme, entend bien restaurer la confiance: “Quand la fréquentation sera redevenue normale, nous chercherons à offrir des prix plus élevés, évidemment avec des produits bien plus élaborés. Nous engagerons un plan de modernisation et de diversification, mettant notamment en valeur notre patrimoine”.
J’ai juste envie de partir à la découverte de celui-là, sans attendre la concrétisation de ces beaux projets. Direction: la médina de Tunis, inscrite depuis 1979 au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Une immersion dans ce dédale coloré justifierait à elle seule un voyage en Tunisie! Puisqu’il faut bien avoir son fil d’Ariane dans ce labyrinthe, je note soigneusement le nom de la ruelle d’accès.
Manque de chance: c’est une impasse !
Heureusement, les vendeurs sont ici toujours prêts à vous indiquer la bonne direction, sans forcer à l’achat. L’un d’eux me conseille de visiter la mosquée Zitouna (ou mosquée de l’olivier), la principale de la médina. Là encore, il s’agira d’éviter toute confusion entre les 9 entrées disponibles ! Je m’émerveille des 184 colonnes antiques du sanctuaire, provenant essentiellement du voisin site de Carthage. En ressortant de ce lieu spectaculaire, je me dis qu’il ferait un étonnant décor de cinéma, comme le quartier alentour.
Mon portable signale un SMS: “Pense aux épices!” Oups, pour peu, je les aurais oubliées, et leur commanditaire m’en aurait sans doute voulu. C’est le moment de passer à un exercice pour lequel je ne suis guère doué, mais dont l’économie décevrait sans doute le négociant : le marchandage. Pour le prix d’un sachet de curry et d’un autre de cumin, on m’offrira un peu de coriandre.
A midi, je fais escale au restaurant Dar El Jeld, au cadre enchanteur d’ancien palais. J’ai envie de crudités, juste ce que les guides recommandent aux routards d’éviter, sous peine de tourista. L’expérience m’a néanmoins prouvé qu’on ne risque pas grand chose aux bonnes adresses. Celle-là a été classée dans le peloton de tête des établissements tunisois. Et comment résister aux pâtisseries orientales offertes un peu partout aux becs à sucre ?!
Saveurs de dattes et parfums d’anis…
A mon sens, aucune escapade tunisoise ne devrait faire l’économie d’une visite à Sidi Bou Saïd, qui est à la capitale ce que Gruyères est à la Romandie: un véritable bijou, tout de blanc et de bleu (couleur caractéristique imposée par le mécène baron d’Erlanger, dont on peut parcourir la résidence de charme). Ne pas négliger l’intéressant Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes !
Déjà l’heure du thé ? A Sidi Bou Saïd, on a l’embarras du choix : terrasses ombragées, balcons vertigineux sur la Grande Bleue ou tradition locale (narguilé inclus!) comme à l’incontournable Café des Nattes, encore hanté par les fantômes d’André Gide, Colette, Simone de Beauvoir et autres inconditionnels de la place.
Un lieu mythique…
Je me suis promis de terminer par le célèbre Bardo, dont j’aimerais bien revoir les fabuleuses mosaïques. Les mollets exigeant une petite pause, le trajet ne se fera pas à pied !
“Taxi ! …c’est pour le Musée du Prado, s’il vous plaît !”
Si cette institution me paraît si indispensable, ce n’est pas tant pour sa réputation de plus important musée archéologique du Maghreb que pour ses remarquables collections ramenant au passé prestigieux de la Tunisie antique : objets du quotidien, masques et autres inestimables statues.
Une technique consommée au service de l’art.
La salle d’Ulysse est ma préférée: petite pièce dotée d’un remarquable pavement provenant de Dougga, où est relaté le plus fameux épisode de l’Odyssée. Le héros a, en effet, demandé à être ligoté à son mât pour ne pas succomber au chant des sirènes. Je me dis que si ces dernières avaient été tunisiennes, à la place du héros, j’aurais eu bien du mal à ne pas trancher mes attaches…
Au royaume des bouquets cotés en bourse
Catégories: Actualités, Pays, Pays-Bas
Depuis quelques semaines, vue d’avion, la campagne hollandaise évoque irrésistiblement ces peintres qui, comme le Genevois Thierry Feuz, bardent leurs toiles de bandes en technicolor. Pour admirer les champs de tulipes en fleurs, le mieux est de se rendre aux Pays-Bas au mois de mai. C’est précisément à cette période que le plus grand parc floral du monde — le Keukenhof – fait… florès à 37 km d’Amsterdam.
Comme une toile d’artiste…
Comme chaque hiver, pas moins de 7 millions de bulbes y ont été plantés entre octobre et décembre dans la perspective d’un véritable feu d’artifice printanier ! Sur 32 ha, tulipes, jacinthes, jonquilles, lys, roses, œillets, iris et autres orchidées vont offrir durant huit semaines un unique déferlement de couleurs et de parfums aux quelque 900’000 visiteurs des jardins et pavillons. Sur chaque massif, une pancarte indique les coordonnées du négociant des fleurs présentées. A la fin de la saison, ces bulbes seront déterrés pour un recyclage en 2014.
Une véritable attraction touristique
L’origine de cette attraction majeure remonte au XVe siècle, qui voit l’aménagement d’un jardin potager dans une partie du domaine de Teylingen, propriété de la comtesse Jacoba de Bavière… d’où l’appellation de Keukenhof (littéralement jardin de la cuisine). Le parc sera redessiné au XIXe siècle par les architectes du Vondelpark d’Amsterdam, puis transformé en lieu d’exposition un siècle plus tard.
Le règne de la tulipe
C’est évidemment la tulipe –emblématique des Pays-Bas — qui fait figure de vedette. Elle n’apparaît toutefois qu’en troisième position au palmarès des fleurs les plus vendues, derrière la rose et le chrysanthème. Née en Turquie, elle s’est parfaitement acclimatée autour des sablonneux polders, quand bien même elle se cultive désormais principalement sous serre, en toutes saisons. Manipulée à la chaîne et par milliards, cette noble liliacée bulbeuse doit se soumettre — comme un roturier légume — à l’épreuve de la cotation boursière précédant sa mise sur le marché. Et dire que tout est parti d’une simple coopérative d’horticulteurs créée en 1912! Au beau milieu d’un paysage ignorant encore le bétonnage et les autoroutes, ces précurseurs négociaient leur production à la criée. Jadis peinte par Rembrandt, leur sombre tenue de notable — encore portée dans les années d’après-guerre — n’est plus de mise.
Aujourd’hui, les méthodes de vente ont bien changé…
Actuellement, le Proche-Orient s’affiche comme l’un des plus gros consommateurs de fleurs. Mais aussi le Japon. Pour bien traiter ces végétaux d’un bout à l’autre de la planète, il a fallu développer une chaîne de transport frigorifique impliquant camions et avions. Voisin des principaux hangars floraux de Aalsmeer, l’aéroport de Schipohl est fortement mis à contribution. Et maintenant, suivez-moi pour une visite-éclair (65 secondes) dans cet univers parfumé !
Encore un aperçu historique, pour celles et ceux qui s’y intéresseraient: c’est au début du XVIIe siècle que les premiers bulbes font leur apparition sur le marché batave. Alors que les bourgeois nantis se font aménager des jardins privés à l’arrière de leur maison, la société en général se passionne rapidement pour la création d’hybrides et de nouvelles variétés. Devenue curiosité pour les botanistes, ce signe de richesse ne tarde pas à attiser la convoitise des voleurs, lesquels n’hésitent plus à s’introduire dans les propriétés pour le dérober. Il faut dire qu’au plus fort de la tulipomanie, en février 1637, un seul bulbe peut valoir jusqu’à dix fois le salaire annuel d’un artisan spécialisé !
Tulipes et moulin à vent: les emblèmes de tout un pays !
Mais les vendeurs peinent bientôt à trouver de nouveaux acquéreurs. La demande fléchit, entraînant la chute des prix. C’est une véritable bulle spéculative — la première de l’histoire capitaliste — qui vient d’éclater, laissant pantois les acteurs du drame. Les uns sont en devoir d’honorer des engagements d’achat à des prix dix fois supérieurs à ceux du marché réel, les autres se retrouvent à la tête d’un stock d’oignons de tulipes ne valant plus qu’une fraction de prix déboursé pour l’acquérir. Les Néerlandais ne savent plus à quel saint se vouer, chacun accusant l’autre d’être responsable de la catastrophe. Au bilan: beaucoup d’espoirs fanés.
Les pavillons thématiques complètent la visite de Keukenhof.
Comme Indiana Jones dans la jungle d’Angkor
Catégories: Cambodge, Récits de voyage
Il y a des noms qui donnent immédiatement l’envie de boucler sa valise : Zanzibar, Samarcande, Machu Pichu, Baie d’Along… Angkor ne fait-il pas aussi rêver ? Voici que j’atterris — enfin — à Siem Reap, après une brève escale à Bangkok. Pas fâché de poser mon baluchon à l’hôtel Prince d’Angkor réservé sur ebookers, et dont le confort s’avère réparateur. Plus qu’une envie : partir à la découverte de ce Versailles asiatique dont Pierre Loti parlait en termes de “basilique fantôme, immense et imprécise, ensevelie sous la forêt tropicale”: Angkor Wat, la construction emblématique d’une civilisation florissante durant 500 ans.
Déjà un goût d’aventure…
Édifié durant 37 ans par 300’000 ouvriers et 6’000 éléphants, le plus ambitieux des sanctuaires ne cesse de fasciner. A la même époque, l’Europe n’avait pas encore inventé les robustes structures de l’architecture romane ! Suivez-moi pour une première approche en 65 secondes de cette merveille inscrite au patrimoine de l’humanité !
Au terme de la visite, mon guide Savuth Vong s’accroupit sous un fromager — 39° à l’ombre — pour avouer un passé dont il n’est pas fier: “Enfants, nous allions dérober des statuettes sur les sites archéologiques. Il y avait dans ce geste une forme d’innocence, puisqu’elles nous servaient de poupées. Mais quand nous avons saisi leur valeur, nous nous sommes empressés de les enterrer au jardin. Finalement, lorsque le gouvernement a entrepris une vaste campagne de restitution, nous les avons exhumées pour les remettre aux autorités”. Aujourd’hui, ce jeune père de famille trentenaire est rentré dans le rang. Il sensibilise les touristes au respect d’un héritage inestimable et m’invite à aller visiter les Artisans d’Angkor, une belle initiative visant la préservation des techniques artisanales, largement mises à mal par les milices de Pol Pot.
Les jeunes sont initiés aux techniques artisanales traditionnelles.
De cette sinistre période, Oum Son Thon n’a rien oublié. Francophile, cet enseignant qui aurait l’âge de la retraite n’a rien oublié des horreurs du régime des Khmers rouges, auquel il dit avoir échappé par miracle, en tant qu’intellectuel particulièrement visé. Les tortionnaires d’hier se sont confondus à la population d’aujourd’hui, et il faut une belle grandeur d’âme pour les croiser au marché sans sourciller.
Un survivant qui n’a rien oublié.
Au marché, justement, je m’étonne de la variété des étals, révélant un niveau de vie certes extrêmement basique, mais où chacun semble pouvoir manger à sa faim.
Les Cambodgiens font chaque jour leur marché, essentiellement constitué de produits locaux.
En Asie, le fruit du fromager — je parle encore ici de l’arbre tropical — fait les délices des oiseaux qui le consomment sans modération, malgré ses graines indigestes. Ne les retrouve-t-on pas intactes dans leurs déjections ! Dans le meilleur des cas, elles rejoignent pacifiquement le cycle permanent de la nature. Mais elles peuvent aussi se transformer en arme de destruction massive pour quelques-unes des plus grandioses réalisations humaines. Parachutés par les volatiles, les germes en devenir ont tôt fait de s’insinuer entre les pierres d’une muraille, autour d’une statue à étouffer, sous un dallage à éventrer au moyen de racines bientôt tentaculaires. Bien inspirés, les restaurateurs du Ta Phrom — l’un des 287 sanctuaires recensés dans la région de Siem Reap — ne l’ont pas entièrement dégagé de la végétation en folie. Les Tartarin modernes débarquent ainsi dans un fabuleux décor d’Indiana Jones, improbable capharnaüm de pierres et de verdure. Par ici l’aventure !
C’est néanmoins au fromager, bête noire des archéologues, que l’on doit une bonne partie du mythe angkorien. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, des découvreurs comme le botaniste Henri Mouhot ont si bien propagé l’imagerie romantique des ruines noyées dans la jungle qu’on s’attend à éprouver au Cambodge l’euphorie débroussaillante d’une Lara Croft en quête de trésors cachés. Mais où donc ont bien pu passer les milliers d’œuvres d’art dont archives et littérature font état, celles qui ornaient depuis des lustres la glorieuse capitale de l’Empire khmer ? Dans des vitrines publiques ou privées, de New York à Tokyo en passant par Londres, Paris ou Genève. Le musée de Phnom Penh donne un aperçu de ce qui a pu être sauvé du vaste pillage poursuivi après le départ des “protecteurs” français (Malraux lui-même ne s’est-il pas servi sur place !) Les objets de culte ont souffert des Khmers rouges (décapitation des statues de la galerie aux mille bouddhas), les Vietnamiens s’y sont mis après 1997. Militaires et paysans leur ont emboîté le pas pour arrondir leurs fins de mois ou simplement survivre. Aujourd’hui, les commandos à la solde de grands collectionneurs continuent de s’attaquer aux temples les plus isolés pour les vider de leur contenu au nez et à la barbe de gardiens corruptibles. Pas étonnant, donc, que les vestiges du Versailles asiatique fassent ici ou là figure de coquilles vides, à l’exception des édifices ayant conservé leurs merveilleuses fresques gravées. Les siècles ont consommé tout ce qui était en bois.
Difficile de quitter Siem Reap sans garder, gravé dans la mémoire, le sourire d’une population souriante et accueillante, à l’image de ces enfants qui — merci Bouddha — n’ont pas connu les affres de la guerre.
Au Cambodge, un enfant sur huit meurt avant 5 ans.
La cité phocéenne se refait une beauté et une réputation
Catégories: Actualités, France
“Mesdames, messieurs… notre TGV arrive en gare de Marseille. Les passagers sont instamment priés de prendre garde aux pickpockets dès leur descente à quai !”
Le ton est donné. A 3h 24 de Genève, ce n’est pas tant au royaume du pastis, du savon et de la bouillabaisse que je vais déposer mon baluchon, mais bien dans la ville française trônant au sommet du palmarès de la criminalité. Ce sombre record éclipserait-il l’OM, seul club hexagonal à avoir gagné la ligue des champions ? Ferait-il oublier que la ville natale de Fernandel, Béjart et Pagnol a aussi inspiré – par sa douceur – Dufy, Daumier ou Milhaud ?
Vu d’ici, tout semble s’articuler de part et d’autre du Vieux-Port.
On brûle des cierges à Notre-Dame-de-la-garde, la Bonne Mère dont la statue dorée domine toute l’agglomération, comme celle de son fils à Rio. C’est à elle, sûrement, que la cité doit son élection de Capitale culturelle 2013: miraculeuse opportunité pour corriger l’image peu glamour d’une sulfureuse poudrière ethnique. La créativité dans tous ses états investit donc pour 365 jours un territoire dont les caciques de la Mairie aimeraient bien voir les 860’000 Apaches et shérifs ne fumer que le calumet de la paix.
Petite incursion dans les zones dites “sensibles” !
En attendant, quelques totems de l’art et du savoir ont déjà poussé de part et d’autre de la Canebière. Les suivants sont attendus d’ici l’été. Tout cela pour un budget de quelque 110 millions de CHF. Retour sur investissement: 10 millions de visiteurs escomptés, soit deux fois plus que la moyenne annuelle.
L’animation bat déjà son plein dans les rues.
Du théâtre au design, du cirque à la danse en passant par la réflexion identitaire ou écologique, la liste des expositions et manifestations agencées pour ces prochains mois a de quoi donner le vertige. Le périmètre touché inclut aussi bien Arles qu’Aubagne ou Aix-en-Provence…d’où la nécessité d’une plateforme capable de concentrer tous ces événements. Sis à deux pas du Vieux-Port, le Pavillon M répond à cette vocation en orientant les choix. Il facilite aussi l’acquisition de billets d’entrée et titres de transports.
Pour 2013, même le Vieux-Port revoit son look !
Voilà pour ce qui fonctionne déjà, mais le meilleur reste encore à venir. Alors que l’ambitieux projet Euroméditerranée a déjà transformé plus de 300 hectares de paysage urbain marseillais, enrichissant son patrimoine architectural de nouvelles constructions emblématiques, peintres et jardiniers s’activent encore autour de la Villa Méditerranée et du voisin MuCEM (Musée des civilisations d’Europe et Méditerranée). Rudy Ricciotti a enveloppé d’une élégante mantille métallique sa structure aérée. Dommage que le commun des mortels doive encore patienter quelques semaines pour l’investir ! Mais voici de quoi vous faire patienter: suivez-moi sur le chantier en 65 secondes de vidéo !
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En attendant, l’antique Massilia romaine a largement de quoi séduire le voyageur, comme elle l’a fait pour Cendrars, Cohen, Hemingway et autre Camus, auquel un projet – malheureusement annulé par ses héritiers – devait d’ailleurs rendre hommage cette année.
Marseille 2013 célèbre aussi l’art contemporain…
Marseille a de quoi, aussi, flatter les fins palais. En vrac, quelques bonnes adresses: le Café des Epices (4, Rue du Lacydon), un ancien bistro de quartier devenu un des restos préférés des Marseillais souhaitent vivre une véritable expérience des saveurs. Pour la bouillabaisse, autant éviter les arnaques. Le Miramar (12, Quai du Port) s’est fait une solide réputation, bien que situé au cœur des affaires ! Pour une simple (mais bonne) pizza ou de délicieux cannellonis ou lasagnes : Chez Vincent/Le Vésuve (25, Rue Glandevès). Je garderai une petite place pour m’offrir un dessert à la Maison de la Glace (94, Rue Ste Anne), même si j’aurai bien du mal à choisir parmi les 70 parfums de glaces et sorbets !
C’est là que j’ai trouvé les meilleurs savons de Marseille (Quartier Panier)
Je séjourne au Radisson Blu, judicieusement recommandé pour sa situation sur le Vieux-Port et la vue que la plupart de ses chambres offrent sur ce dernier. De préférence piétonne, une première approche de Marseille ne devrait pas se limiter à l’exploration de cette zone, aussi touristique soit-elle. Partant de là, un parcours dans le quartier du Panier fera office de courte-échelle entre les attentes du découvreur et la réalité d’un décor dont les récentes transformations n’ont gommé ni les couleurs, ni la gouaille… avé l’assent ! Impossible de demeurer insensible à la douceur toute méditerranéenne – ici ou là quasi napolitaine – de ces ruelles, escaliers et anciens coupe-gorge.
Un vrai décor de cinéma !
Un arrêt s’impose à la Vieille-Charité pour les riches collections du musée – égyptienne, en particulier – et l’intérêt de la construction typique de l’architecture civile du XVIIe siècle, fort heureusement sauvée par Le Corbusier d’une démolition programmée.
Un bel héritage architectural.
Pour le reste: que chacun suive ses instincts gastronomiques, esthétiques ou dépensiers à travers des arrondissements qui – d’un pâté de maison à l’autre – peuvent vous chambouler de marché populaire en boutiques de luxe, de miasmes en senteurs de violette, de Pastis en Navettes, cette délicate pâtisserie traditionnelle à la fleur d’oranger. N’est-ce pas la meilleure manière de se laisser surprendre par une métropole qui n’a pas attendu son statut de 2013 pour damer le pion à la Ville Lumière en matière de théâtre et concerts ?
L’un des hauts-lieux du théâtre marseillais.
Au spectateur sur le départ, Marseille pourrait encore bien glisser en clin d’œil le titre du feuilleton qui contribue si efficacement à sa popularité télévisuelle. “Plus Belle la Vie“. Judicieux slogan, non ?
Ferveur andalouse sur tempo de flamenco
Catégories: Espagne, Pays
Ils sont quatre sur le podium: une danseuse et son partenaire, un chanteur et un guitariste. Je redoutais le piège à touristes, celui qui – sous d’autres latitudes – draine ses troupeaux de gogos vers de douteuses danses du ventre ou piètres chorégraphies balinaises. Vaines appréhensions. A peine les doigts du musicien se mettent-ils à virevolter que mes préjugés se dissipent au tempo de sa musique. Rugit la voix du comparse, rauque comme il convient pour traduire les émotions basiques: joie et peine, livrées à l’état brut. Le ton est donné: ici, on ne propose que du sérieux. Peut-être même du grave, à en juger par le regard pénétré des deux autres virtuoses. Elle, moulée dans sa robe écarlate, shootant sa traine à falbalas comme un accessoire encombrant; lui, cambré dans son costume taillé torero, martelant le sol avec plus de fougue qu’un claquettiste irlandais. Tous deux si concentrés dans leur art qu’ils ne concèdent aucun regard au public.
Le flamenco, source d’inspiration…
“Le flamenco n’est pas du folklore”, explique Javier Andrada, le maître des lieux. “Cette musique renferme aussi et surtout les trois mémoires de l’Andalousie, mêlées de façon inextricable: la musulmane, savante et raffinée; la juive, pathétique et tendre; la gitane, enfin, rythmique et populaire… des origines encore discutées, rattachées à l’arrivée des gitans au XVe siècle dans les campagnes de Cadix et Séville, peut-être teintées d’apports pakistanais”… une hypothèse que pourraient bien confirmer les mains des danseurs, papillonnant comme sur certaines fresques indiennes. Si le spectacle atteint un tel niveau, c’est qu’il est orchestré dans la Mecque du genre: le Musée du Flamenco dirigé par mon interlocuteur, un espace offrant au cœur de Séville une approche historique et didactique de cet art spécifiquement andalou. L’Unesco l’a classé au patrimoine. C’est ici que les aficionados peuvent s’initier à sa pratique et applaudir les maîtres du genre. Quelle meilleure approche d’une ville si théâtralisée qu’elle a inspiré à l’opéra ses figures de proue: Carmen, Don Giovanni et autre barbier sévillan ?
Don Giovanni sur la scène de l’opéra.
Prêt pour une visite-flash en vidéo ?… alors voici 65 secondes d’immersion au cœur de la cité :
Ma balade commence au départ de l’Hôtel Inglaterra, idéalement situé à proximité de la zone historique de Santa Cruz. La capitale andalouse s’empresse de me révéler les caractéristiques d’un autre métissage – architectural – gothique et islamique. Des façades rappelant les villes impériales marocaines, des églises aux allures d’anciennes mosquées: voici le style mudéjar (référence à un terme médiéval qualifiant tout musulman autorisé à pratiquer sa religion en terre chrétienne).
Un beffroi de cathédrale aux allures mauresques…
En janvier dernier a été inauguré un Centre mettant en évidence cette cohabitation à travers l’exposition permanente de pans de frise, azulejos, grilles et autres pierres tombales.
Une architecture métissée.
Mais c’est sûrement l’emblématique Alcazar qui illustre le mieux l’harmonieux syncrétisme sévillan. Le palais fortifié justifierait à lui seul une visite de la ville natale de Velasquez. Remodelé par Charles Quint, enrichi de frais jardins, cet écrin raffiné héberge les rois depuis plus de sept siècles.
Un vrai décor de cinéma…
Un autre Alcazar réserve aux visiteurs de Carmona (petite bourgade distante de 40 km) la surprise d’une porte monumentale aux origines romaines et carthaginoises, antérieures à notre ère.
Le sommet de son Alcazar prodigue une belle vue sur Carmona.
L’histoire de la ville remonte à la nuit des temps. Une intéressante mise en valeur des ruines romaines a été réalisée à l’Antiquarium.
Des ruines mises en valeur sur le site même de leur découverte.
Brutal contraste : ce musée archéologique quasi souterrain se situe très exactement sous le Parasol, une structure de bois futuriste qui – si elle ne fait pas l’unanimité parmi les urbanistes – offre néanmoins, de son sommet, un superbe point de vue sur l’agglomération sévillane.
Du haut du Parasol: un superbe panorama sévillan.
Partant de là, je n’aurai que l’embarras du choix pour sacrifier à l’incontournable tradition des tapas, ces amuse-bouche généreusement représentés dans tous les troquets alentour. Les halles de Séville m’auront déjà mis l’eau à la bouche avec leurs dégustations de jambon AOC, dont certaines variétés surpassent le pourtant fameux Pata Negra.
Incontournables bistros à tapas, où le jambon ibérique tient la vedette.
Pour un repas plus roboratif, j’atterris au Sol y Sombra (Calle de Castilla 151) dans le quartier de Triana. Les murs et les plafonds sont décorés d’affiches de corrida patinées par le temps. La carte annonce des gambas gordas à la plancha…inutile de chercher plus loin ! J’irai prendre mon dessert à la Confiteria La Campana (Calle Sierpes 1), où les gourmands locaux affirment trouver les meilleurs chocolats et pâtisseries de la ville.
L’adresse la plus gourmande de Séville.
Si la Semaine Sainte est célébrée un peu partout à travers la Péninsule, c’est en Andalousie – et plus particulièrement dans sa capitale – que les coutumes sont les plus impressionnantes, particulièrement dans le quartier de Macarena, dont la Vierge est la plus vénérée.
Ferveur de la Semana Santa…
Organisées par la municipalité et les confréries, des processions commémorent le chemin de la croix jusqu’à la cathédrale, la plus grande d’Espagne. Chaque cortège promène sur des autels richement décorés son lot de statues illustrant les scènes de la Passion. Le poids de ces chars est tel que plusieurs porteurs sont réquisitionnés pour les véhiculer parmi les centaines de badauds et fidèles vêtus de longues robes et capirotes, ces coiffes coniques autrefois réservées aux condamnés à mort de l’Inquisition (par ailleurs encore emblématiques du sinistre Ku Klux Klan). Ces tenues dissimuleraient-elles des visages assombris par un Carême conjoncturel particulièrement éprouvant dans cette partie de l’Europe ? Les Espagnols afficheront-ils meilleure mine lors des prochaines festivités: la Feria d’avril qui, chaque printemps, met Séville en ébullition ?
Feria d’avril : l’incontournable fiesta !
Une incursion enchantée dans le rêve birman
Catégories: Birmanie, Pays, Récits de voyage
Dans la foulée du Premier ministre Thein Sein et de Aung San Suu Kyi, le Myanmar semble sur la voie d’une ouverture bienvenue. En débarquant à Yangon, je remarque partout des T-shirts et autres supports à l’effigie du Prix Nobel, un premier indice plutôt réconfortant.
Une icône désormais incontournable
Tant pis pour le jetlag, je profite de ma première soirée pour découvrir nuitamment l’incontournable pagode Shwe Dagon, le sanctuaire le plus sacré du pays, haut-lieu que tout Birman voudrait visiter en pèlerinage, au moins une fois dans sa vie. Dominant la ville, des dizaines de clochetons dessinent une forêt de pics richement décorés et ciselés. Dans mon guide, je lis l’inventaire de ce Vatican bouddhiste, qualifié par Kipling de superbe merveille étincelante: pas moins de 4’000 pierres précieuses, diamants, rubis et topazes ! Au sommet, une énorme émeraude rayonnant à plus de 100 mètres de hauteur. “C’est encore plus impressionnant la nuit”, s’extasie une touriste française en relevant l’atmosphère mystique du sanctuaire, entretenue par la ferveur de ses visiteurs.
Splendeurs dorées d’un sanctuaire hors de ce monde
Suivez-moi pendant une minute dans les effluves d’encens et les offrandes fleuries !
Prochaine étape: Bagan. J’ai dû me tirer du lit à potron-minet pour profiter de la relative fraîcheur matinale, celle qui — par contraste avec l’air chaud soufflé dans l’enveloppe ignifugée — garantit la réussite d’un vol en montgolfière. Il fait encore nuit quand j’arrive sur une sorte de no man’s land où un dragon moderne crache par intermittence son feu de propane jusqu’à ce que le ballon se dresse à la verticale de la nacelle. Hissé à 50 mètres du sol, je découvre progressivement l’incroyable panorama de Bagan: une campagne birmane totalement sauvegardée, hérissée de plus de 2’000 pagodes !
Personne ne voudrait manquer le coup d’oeil au coucher du soleil !
Contrairement à l’hélicoptère, ce type d’aéronef respecte le silence ambiant, sauf lorsqu’il faut réactiver la flamme. On perçoit donc de lointains aboiements, cocoricos ou bêlements de chèvre, témoignant de l’activité rurale. Si vous n’avez pas le vertige, rejoignez-moi dans la nacelle pour 60 secondes de rêve !
Et me voici d’attaque pour continuer mon exploration vers le Lac Inle (dont le nom signifie lac des 4 villages, même s’il en abrite quasiment dix fois plus). Leur particularité: reposer sur pilotis. Il suffit de louvoyer de l’un à l’autre pour noter le caractère marécageux de leur environnement. Les cultivateurs en tirent parti pour aménager des sortes de jardins suspendus, version birmane des polders bataves. Ils s’adonnent également à une forme de pêche qui leur confère des allures d’échassiers, debout sur leur pirogue: ils manœuvrent d’une jambe la rame, ce qui leur laisse les mains libres pour tendre leurs filets. Unique au monde, cette élégante posture à la verticale leur permet aussi de progresser dans les canaux sans s’empêtrer dans la végétation, majoritairement composée d’envahissantes jacinthes d’eau.
Ce lac est un bijou fragile, menacé par les nuisances du développement
L’exploration du lac ne saurait se concevoir sans de nombreuses escales là où les artisans tissent la soie, confectionnent des cigares ou tiennent marché. La visite de villages aussi merveilleusement photogéniques que Sankar ou In Dein – avec leur forêt de stupas à moitié envahis par les herbes folles – est de celles que je n’oublierai pas.
Un décor naturel que ne dédaignerait pas Indiana Jones !
Trop longtemps coupé du monde, le Myanmar accuse pas mal de retard sur les tigres asiatiques: capacité hôtelière insuffisante, réseau routier balbutiant, distribution parcimonieuse de l’électricité, télécommunications encore précaires. “C’est un pays où tout reste à faire !” résume un compatriote proche de l’Ambassade suisse, récemment ouverte. Aussi cruel fut-il, cet isolement a eu pour conséquence de préserver le paysage de tout ce qui le défigure ailleurs, sauvegardant l’inestimable authenticité que devait offrir la voisine Thaïlande avant d’épouser la mondialisation.
Magie du crépuscule sur le plus long pont en teck du monde (à Mandalay)
Sur un concerto de Vivaldi
Catégories: Pays, République Tchèque
Les quatre saisons siéent à la ville de Kafka, Dvořák et Havel, tant il est vrai que le calendrier annuel se plaît à renouveler sans relâche l’éclairage des façades romanes, gothiques, Renaissance, baroques, Art nouveau ou cubistes de l’un des plus fabuleux ensemble architectural d’Europe. Au programme de la Chapelle des Miroirs (Clementinium), la permanence du Vénitien Vivaldi voudrait-elle rappeler que Prague et la Sérénissime ont en commun de capter avec bonheur toutes les lumières ?
Comme si l’on venait de frapper les trois coups à l’Hôtel Elite, j’ouvre un œil sur les poutres apparentes de cette chambre haute du XIVe siècle, aux fresques habilement rafraîchies. En écartant les rideaux, je me dis que quiconque a connu la vieille dame crasseuse de l’ancien régime n’en garde sans doute aucune nostalgie. Restaurée, Prague qui a retrouvé toutes ses couleurs invite à la découverte. En fait, ce théâtre peuplé d’un million d’acteurs regroupe pas moins de quatre villes, réunies administrativement en 1784… de quoi décourager — à première vue — le plus motivé des joggeurs. Qu’il se rassure, toutefois: d’un quartier à l’autre, les distances demeures si raisonnables et l’intérêt du spectacle si soutenu qu’il serait regrettable d’en perdre une miette en empruntant le métro. J’opte pour une exploration en zigzag.
Prague: une véritable destination architecturale
Le terme de Nové Mesto peut prêter à confusion: la fondation de cette “nouvelle ville” date en fait de… 1348. Je ne m’étonne donc pas d’y trouver nombre d’églises et couvents anciens. Place Venceslas, je m’incline devant le monument dédié à Jan Palach, qui s’immola ici contre l’occupation des troupes du Pacte de Varsovie. Puis, je m’oriente vers la Maison municipale (Namesti Republiky 5), chef d’œuvre de modern style, toute rutilante après une efficace cure de jouvence. Salon de thé aux fastes viennois, piano-bar tendance new-yorkaise, salle de concert, café et restaurant y rivalisent de somptuosité: mosaïques, sculptures, ferronnerie, lustrerie, tentures et carrelages hollywoodiens!
Un véritable décor de cinéma !
Attenante à l’immeuble susnommé, la boutique de l’U Obecniho domu propose une sélection d’objets et tissus inspirés Jugendstill. Vais-je me laisser tenter par un vase ambré ?
Heureusement, les prix indiqués sont en monnaie locale !
En passant sous la voisine Tour poudrière –l’une des 13 anciennes portes de la cité médiévale — j’accède à l’une des plus belles places de la ville: 360° d’histoire, un florilège d’églises, de palais, de maisons corporatives. Heureusement que les voitures n’ont pas encore détrôné les romantiques calèches de cette zone piétonne !
Un site classé au Patrimoine mondial de l’Unesco
Un petit creux ? A moins de se contenter de quelque viennoiserie achetée dans une ruelle adjacente — délicieuses et pas chères du tout — une pizzeria comme Green Tomato (Jindrisska 18) combinera cadre chaleureux et petits plats soignés pas chers.
Typiquement tchèque !
Josefov, la cité juive. Il ne reste pratiquement rien du ghetto, hormis la synagogue Vieille-Nouvelle, plus ancienne d’Europe (XIIIe siècle) et son cimetière surréaliste, hérissé de près de 12’000 tombes sur une superficie à peine plus vaste qu’un terrain de foot. Selon une légende, le sanctuaire abriterait les restes du Golem, ce Frankenstein d’argile auquel Rabbi Löw aurait insufflé la vie.
Des tombes serrées en raison de l’étroitesse de l’espace concédé
Partant de là, un itinéraire basique permet de se ruiner dans le quartier des griffes luxueuses, visiter quelques-uns des innombrables musées et galeries. Je gagnerai ensuite le promontoire du château royal et de la cathédrale Saint-Guy par l’emblématique Pont Charles et sa cohorte de statues et artistes de rue. Un passage si couru qu’il faut le solliciter très tard le soir ou très tôt le matin pour gagner une chance de le traverser en solitaire, comme je l’ai fait pour cette vidéo d’une minute :
Le monument le plus couru de Prague aboutit à un univers hors du temps, où je tente de localiser la ruelle d’Or, avec ses maisons de poupées aux chambres lilliputiennes qui abritaient magiciens et alchimistes. Des adresses ludiques attirent les benjamins et ceux qui ont gardé leur esprit d’enfance: Musée du Jouet (Jirska 6), où des centaines de Barbie font la nique aux soldats de plomb, échoppes de marionnettes comme la boutique Pohadka (Celetna 32), qui réserve une place méritée à l’incontournable soldat Svejk, si poétique incarnation de l’esprit tchèque, à la fois candide, pacifiste et frondeur.
Il est à la République tchèque ce que Tell ou Heidi sont à la Suisse…
Le héros de Jaroslav Hasek aimerait sans doute la Prague d’aujourd’hui, rouverte à tous les courants depuis la chute du Rideau de fer. La ville dorée brille comme jamais.
…de quoi inspirer les plus beaux rêves !
Lumière, caméra, action !
Catégories: Conseils, France, Pays, Récits de voyage
A mes yeux injustement délaissée par les Romands au profit de Paris, la cité rhodanienne — à seulement 2 heures de Genève par le train — a pourtant tout d’une grande, avec d’innombrables atouts pour un long week-end. S’il paraît illusoire d’en faire le tour complet en 48 heures, elle se prête merveilleusement à quelques découvertes thématiques orientées vers ses trésors architecturaux, ceux de ses musées ou de ses marchés. On peut aussi choisir la piste de la création contemporaine ou de l’insolite, puisque la cité historique du textile et de la soie n’est pas demeurée figée dans son passé. Bien au contraire, à force d’audace et d’inventivité, elle a réussi à échapper à sa réputation de bourgeoise étouffante. Rien de tel qu’un mirador pour saisir ses repères: en deux minutes, la ficelle (funiculaire) m’élève de quelque 300 mètres au-dessus des vieilles toitures.
Idéal pour prendre ses repères...
L’esplanade de Fourvière m’offre alors un point de vue idéal sur les pentes de la Croix-Rousse — repère des anciens canuts –, sur les gargouilles de Saint-Paul et Saint-Jean, le vieil opéra, l’Hôtel de Ville, enfin, si théâtralement illuminé le soir. A quoi bon suivre un itinéraire balisé, alors que le Vieux-Lyon s’ingénie depuis si longtemps à égarer le visiteur dans son dédale d’escaliers, de ruelles et de traboules (du latin transambulare, passages sous abri jouant les raccourcis) ? Pas étonnant que cette zone ait été classée au Patrimoine mondial de l’Unesco. Je privilégie l’improvisation, quitte à fouler deux fois les mêmes pavés. Ce joyeux zigzag me conduit chez les Gadagne –puissants banquiers florentins du XVIe siècle — dont la demeure, après avoir abrité les plus belles fêtes de l’époque, accueille aujourd’hui quelques babioles désuètes. Au 3ème étage: une mignonne collection de marionnettes réunies sous l’œil narquois du vrai Guignol, inventé deux siècles plus tard par un chômeur nommé Laurent Mourguet.
"Les marionnettes amusent les enfants et les gens d'esprit" (George Sand)
Parmi mes enseignes favorites: le Cercle Verre (31, Rue du Bœuf) propose un atelier de verrerie au niveau du trottoir. J’admire les prototypes incandescents extraits du four.
Fragilité d'un artisanat raffiné
A table ! Consultez n’importe quel guide spécialisé, et vous admettrez que Lyon n’a pas usurpé sa réputation de paradis gastronomique. Entre les traditionnels bouchons — ambiance locale, vins joyeux, cuisine du terroir — et les tables de grand luxe, la gamme est infinie. Grand Café des Négociants (Angle Rue E.Herriot / Rue Grenette) : depuis 1864, les marbres, miroirs et dorures de cette incontournable brasserie en font un décor de cinéma. Le Nord (18, Rue Neuve) et Le Sud (11, Place Antonin-Poncet) ont tous deux bénéficié de l’expérience de Bocuse pour élaborer quelques plats emblématiques bienvenus: harengs pommes à l’huile, foie de veau, choucroute… pour le premier. Cuisine plus méditerranéenne au second. Tarifs abordables.
Lyon, véritable destination gastronomique
Comme ils aiment le théâtre, les Lyonnais l’installent en pleine rue. J’aime ces trompe-l’œil qui animent de vastes façades, où l’on identifie des natifs du lieu : Abbé Pierre et autre Bernard Pivot.
Mur peint...mieux que des tags, non ?
Autre étonnement dans un parking souterrain : aux Célestins (proche de la Place des Jacobins, sur la presqu’île), c’est un incroyable puits qui donne le vertige, puisque Daniel Buren l’a équipé d’un ingénieux miroir tournant, histoire de faire valser les perspectives.
Une perspective savamment inversée
Difficile de choisir un musée plutôt qu’un autre, tant l’offre est généreuse (surtout si l’on s’est procuré la Lyon City Card, véritable sésame !) Le Musée des tissus m’enchante par le grandiose hommage qu’il rend à l’industrie locale: magnifiques collections textiles mises en parallèle avec la production orientale. Malheureusement — préservation oblige — éclairage quasi crépusculaire. J’irai aussi Rue du Premier-Film visiter l’antre industrielle des Frères Lumière. Cinéphiles avertis ou simples spectateurs savent bien ce que le cinéma d’aujourd’hui doit aux images de synthèse. Mais ils ignorent souvent qu’en complément à l’informatique, d’habiles maquettistes façonnent encore des éléments de décors dans la tradition de leur artisanat. Prêtées par les studios hollywoodiens pour une année au Musée de la Miniature et du Cinéma (60, Rue Saint-Jean), je vous invite à découvrir celles qui ont créé l’illusion dans de grosses productions. Suivez-moi pour 65 secondes de vidéo au cœur de l’usine à rêves !
Ah, j’allais oublier…Si vous voulez insuffler à vos nuits l’ambiance soyeuse du Lyon traditionnel, réservez une chambre à La Tour Rose! Situé au cœur du Vieux-Lyon, ce 4 étoiles propose 12 chambres personnalisées au décorum cosy. Par la fenêtre: belle vue sur les vieux quartiers. Il n’en faudra pas davantage pour nourrir mes rêves…
Un nid douillet dans un cadre historique
Une escapade architecturale et gourmande
Catégories: France, Récits de voyage
Bordeaux n’est pas le pluriel d’un terme qui l’apparenterait au dévergondage. Il suffit, pour s’en convaincre, de considérer l’ordonnance de ses grands axes, sa fierté un peu hautaine, ses façades et son caractère distingués, marqués par la gloire des siècles. Certains la disent fermée, mais son ouverture aux étrangers — surtout s’ils viennent du Sud — prouve bien qu’elle n’a rien d’une maison close. Bourgeoise nantie, pas bégueule pour autant, la capitale de l’Aquitaine s’anime joyeusement dans ses bars à tapas, ses docks réhabilités et ses rues marchandes.
Un centre-ville débordant de boutiques
Bordeaux révèle nuitamment un tempérament dont ses grands hommes — Montaigne et Mauriac en particulier — n’ont pas vraiment reflété la fougue. L’esprit d’un Montesquieu bon vivant et humaniste révèle-t-il davantage l’âme de cette pimpante fiancée au fleuve et au vignoble ? Ou faut-il croire Hugo — lui qui n’est pas un enfant du pays — lorsqu’il décrète, en 1843: “Tout dans Bordeaux moderne respire la grandeur comme à Versailles, tout dans le Vieux Bordeaux raconte l’histoire, comme à Anvers” ? La destination n’est qu’à 60 minutes de Genève avec easyJet.
La place de la Bourse, emblématique de Bordeaux
Prologue idéal à la théâtralité bordelaise, tournons le dos à la Garonne et levons le rideau sur la place de la Bourse, que l’aube baigne d’une lumière mordorée !
Si la communication du maire Juppé met en évidence la modernisation de sa circonscription, c’est en dehors du périmètre classé au patrimoine mondial qu’il faut en chercher les totems: pont, stade, caserne des pompiers et autre cité administrative ne constituant pas une zone compacte. Quelques disgracieuses verrues poussées dans les années 70 sur le visage du Bordeaux médiéval auraient-elles exilé les urbanistes sur l’autre rive ?
Façades historiques et architecture des années 70: un mariage heureux ?
L’essentiel d’un parcours classique se conçoit à pied. Rien de tel pour mettre le promeneur en appétit. Vais-je m’attabler dans l’un des bars à huîtres qui jalonnent les rues (Arcachon n’est qu’à 70 kilomètres) ou vais-je préférer l’une de ces adresses étoilées — comme Gravelier, Cours de Verdun 114 — où la gastronomie locale se décline en termes de foie gras, cassoulet, confit, entrecôte et autre magret ? Un gourmet local me conseille Chez Greg/ Le Grand Théâtre, Rue Esprit des Lois 29, pour sa cuisine du Sud Ouest réputée. Parmi les concurrents les plus courus: La Tupina, rue Porte de la Monnaie 6 ou la Brasserie l’Orléans, Allée d’Orléans 36. Quelque soit mon choix, il y a fort à parier que le canelé s’invitera au dessert.
Idéal pour les becs à sucre...
Cette délicate pâtisserie locale caramélisée, à base d’œufs et de lait sucré parfumé rhum-vanille procure ce qu’il faut de calories pour affronter une visite de musée ou d’un itinéraire de lèche-vitrines. Baillardran, rue Judalque 263, en a fait sa grande spécialité.
Une irrésistible adresse gourmande
Renonçant à tout itinéraire balisé, je m’en remets au hasard d’une promenade improvisée. Au beau milieu de Sainte-Catherine (qui passe pour être la plus longue rue commerçante d’Europe), je découvre une véritable caverne d’Ali Baba pour amateur d’objets de décoration. Diva propose une incroyable collection de meubles asiatiques, porcelaines, luminaires ramenés de Chine, Tibet ou Mongolie. Une folie !
Tiffany et bibelots asiatiques dans un joyeux fouillis !
A quelques pas, dans la Galerie bordelaise, je tombe en arrêt devant la boutique BD3D , véritable mine pour les tintinophiles et autres amateurs de produits dérivés des principaux héros de bandes dessinées. Malheureusement, je crois saisir que le patron envisage de mettre prochainement la clé sous le paillasson. Vraiment dommage !
Rendez-vous avec les personnages d'Hergé (et autres !)
A deux pas des bulles de bandes dessinées, cet artiste de rue apporte un complément personnel :
Animation permanente le long de Ste Catherine
Une petite pause ? Pourquoi pas du côté de la cathédrale Saint André, où les terrasses situées à deux pas de la Mairie sont accueillantes été comme hiver.
Une qualité de vie qui fait la réputation de la ville
A noter encore que Bordeaux constitue un point de départ idéal vers de multiples centres d’intérêt, allant de la visite des villages “Belle Epoque” (Arcachon, Soulac-sur-Mer, Lacanau-Océan) à celle des hauts-lieux viticoles (Saint-Emilion, Pomerol, Pauillac). Au réputé Cap-Ferret, les ostréiculteurs offrent le meilleur de leur production, alors qu’une escalade au sommet du phare garantit une vue imprenable sur l’étonnante dune du Pilat (ou Pyla), la plus haute d’Europe. Située à l’entrée sud du bassin d’Arcachon, elle s’étend sur 2,7 kilomètres du nord au sud et contient environ 60 millions de mètres cubes de sable. Son altitude varie constamment, tout en oscillant aux environs de 100 à 117 mètres au-dessus du niveau de la mer. La dune avance inexorablement vers l’intérieur du pays, dont elle recouvre peu à peu certaines infrastructures.
Un mini-désert aux portes de Bordeaux
Voulez-vous en savoir plus ? Alors arrêtez-vous au bar du coin et interrogez la jeunesse estudiantine sur les derniers lieux branchés bordelais ! Vous n’êtes pas au bout de vos découvertes…qu’esz-ce qu’on parie ?
Et si tout finissait par un bon verre de Bordeaux ?
A la découverte d’une autre Mésopotamie
Catégories: Argentine, Général, Pays
Étymologiquement, Mésopotamie signifie territoire entre deux fleuves. On pense surtout à la région actuellement occupée par l’Irak. Mais aux antipodes du Tigre et de l’Euphrate, je pars à la découverte d’autres cours d’eau — argentins — qui sertissent d’incroyables joyaux naturels et culturels. C’est une langue de terre étranglée aux confins de l’Uruguay, du Brésil et du Paraguay, entre les fleuves Uruguay et Paraná. La taille d’une nation à l’échelle européenne, les dimensions d’une simple province sur la carte du 8ème plus vaste pays du monde, grand comme cinq fois la France. Je rencontre ces fameux gauchos qui sont à l’Argentine ce que les cow-boys sont à l’Ouest américain.
Avant tout employé de ferme, le gaucho cultive son image emblématique
La tradition de confectionner soi-même son attirail traditionnel demeure vivace parmi ces lève-tôt. Je suis admiratif face à la belle exécution de leur panoplie !
Un bel usage du cuir
Ces garçons ont un solide appétit. Du petit-déjeuner au repas du soir, ils sont capables de dévorer des kilos de viande grillée: le fameux asado argentin accompagné par de la salade — par exemple de laitue — oignon, tomate et œufs durs, assaisonnée par du vinaigre de vin et de l’huile. En Amérique du Sud, j’ai noté que le terme asado se réfère non seulement à la grillade, mais aussi à l’acte social, à la réunion où l’on mange de la viande (blanche ou rouge) ou des choripanes (sandwiches avec une saucisse).
Végétariens, s'abstenir !
Cette campagne m’apparaît si séduisante que j’ai envie d’y séjourner dans l’ambiance d’une véritable estancia familiale. Ce n’est pas compliqué: la plupart se sont ouvertes, comme Santa Cecilia, au tourisme rural.
Une adresse de charme
Mais revenons à l’Histoire ! De 1550 jusqu’au début du XXe siècle, les rivières constituent le moyen le plus sûr et le plus rapide pour pénétrer ces territoires sauvages. Pendant plus de 350 ans, explorateurs et colons vont donc s’y aventurer à travers une jungle épaisse dont ne subsistent aujourd’hui que quelques portions protégées. Un hôtel installé au milieu de la forêt primitive donne un bon aperçu de cet environnement: Tacuapi Lodge, dont j’apprécie le confort sans chichis.
Une immersion dans un cadre quasi amazonien
Harcelés par les indiens et les trafiquants d’esclaves, les jésuites installés au voisin Brésil de puis le début du XVIIe siècle vont aussi utiliser les voies navigables pour se replier dans le fief des indigènes Guaranis, où ils établiront leurs paroisses. De la trentaine de misiones historiques ne subsistent aujourd’hui que quelques ruines. Pour moi, celles de San Ignacio Mini, sur les rives du Paraná, sont les plus spectaculaires. L’Unesco les a classées au patrimoine mondial.
Un vrai décor de cinéma !
Je pénètre sur le site par une large avenue bordée d’arbres. Je découvre les murs imposants en grès rouge de l’église et des bâtiments adjacents. La végétation enveloppe toujours les vestiges les plus éloignés. De nuit, un étonnant spectacle son et lumière ressuscite les fantômes du passé par projections sur écran de brume. J’y apprends comment cette mission s’est développée au point de devenir l’une des plus importantes de la région, juisqu’à son déclin après l’ordre d’expulsion des religieux et, finalement, sa destruction au XIXe siècle. Et maintenant, suivez-moi sur place pour une exploration de 65 secondes !
Iguaçu, en langue guarani signifie grande eau…un bel euphémisme pour qualifier cette concentration de 200 chutes sur un front de 2,7 kilomètres, dévalant au cœur d’une fougueuse végétation ! Perçant à travers le manteau vert — tantôt en minces cascades, tantôt en larges cataractes — le fleuve déverse à la seconde des centaines de milliers de litres dans un fracas étourdissant.
Une impression de création du Monde...
Les soirs de pleine lune, un accès à cet amphithéâtre démesuré offre le plus fabuleux des spectacles: dans un éclairage argenté, l’eau déferle sous les passerelles vers un gouffre obscur dont on ne perçoit pas le fond et d’où émanent des nuages de brume. Aucun site comparable au monde — pas même le Niagara — ne m’impressionne autant par sa puissance. Minuscule sous les étoiles, je me sens comme aspiré dans un entonnoir mystique…Enfilez votre imper et suivez-moi pendant 65 secondes dans le fracas d’Iguaçu !
…et voilà. Ce ne sont quelques impressions d’un territoire vraiment attachant dont je vais poursuivre l’exploration avec les moyens locaux
Le taxi local ?