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De le 3. septembre 2012 à 11.59  
Catégories: Géorgie, Pays, Récits de voyage

Mon taxi file depuis la gare vers le centre de Batoumi. Débarquée du train de nuit depuis Tbilissi, je suis dans un brouillard de fatigue aussi épais que la couche de nuages qui recouvre la ville. Mais où est donc le paradis subtropical que l’on m’a tant vanté? ;-)

Je pars donc péniblement à l’assaut de Batoumi. La première impression, c’est que tout comme Tbilissi, c’est une ville en plein travaux! Peut-être même encore plus qu’à Tbilissi! La deuxième ville de Géorgie semble avoir le vent en poupe!

Batumi

Sur la place de l’hôtel de ville, la statue de Médée brandissant la toison d’or semble avoir été redorée de frais et un énorme bâtiment est en cours de rénovation. Son avenir sera celui d’un casino-hôtel! Je vais bien vite réaliser que des tonnes d’argent sont brassées par ici. Batoumi et sa région, l’Adjarie, ont un statut particuliers… L’Adjarie est une république autonome et même si récemment, Tbilissi a repris un peu de contrôle sur la République, celle-ci a des pouvoirs assez larges. Des compagnies turques ou kazakhes ont largement investi dans l’immobilier et l’hôtellerie et ont bien l’intention, avec le soutien du gouvernement géorgien, de faire de Batoumi une espèce de Las Vegas ou de Miami sur Mer Noire! Le centre de la ville est une véritable plongée dans la Belle-Epoque! Grâce au pétrole de l’Azerbaïdjan, qui joue encore un grand rôle pour la Géorgie, Batoumi a connu un boum dans la deuxième partie du XIXe siècle, début du XXe et de la Place de l’hôtel de ville à celle du Théâtre. c’est une belle unité architecturale. On s’attendrait presque à voir une calèche ou un bourgeois en gibus! Même les nouveaux bâtiments en construction respectent le style de l’époque…

Batumi

Mais en se rapprochant de la plage, le décor change car le futur pour Batoumi, outre les activités du port, c’est le tourisme. Déjà à l’époque soviétique, la côte géorgienne était prisée pour son climat subtropical, cette petite mer chaude et sa cuisine géorgienne. Aujourd’hui, c’est toujours le cas. Arméniens, Azéris, Russes, Turcs voulant des vacances à bas prix… Batoumi, parait-il, devient une ville où l’on ne dort jamais, le temps d’un été.

P1220365En traversant un parc parsemé de sculptures, on arrive sur le Bulvard, une promenade de bords de mer qui s’étend sur pas moins de 7 kilomètres. Une longueur qu’on peut facilement parcourir puisque Batoumi possède un système de location de vélo: Batumvelo… Du côté du port, s’élève une tour à double hélice surmonté d’un globe brillant l’Alphabetic Tower. Hommage à l”élégant (et ancien) alphabet géorgien, cette tour était à peine inaugurée lorsque je suis arrivée! L’avant-veille à Kazbegi, j’avais vu un reportage sur les journalistes locaux prenant l’ascenseur pour rejoindre le sommet de la boule et étrenner leur nouveaux studios! On y trouvera aussi un restaurant panoramique mais je n’ai pas spécialement envie de m’attarder pour le moment: j’ai trop envie de découvrir une nouvelle mer: la Mer Noire.
Batumi

Et la voilà… Pas de plage de sable fin mais bien une multitude de gros galets en camaïeu de blanc, gris, gris bleu, mauve,vert,  rose avec quelques cailloux couleur brique comme pour y mettre un peu de peps… Un vieil homme qui se promène et  un jeune homme en bonnet est assis par terre sont les deux seules autres personnes sur la plage. J’admire à mon tour le paysage: la mer et le ciel sont unis dans une harmonie de gris. Ou commence le ciel et où finit la mer, impossible de le dire…

Batumi

Avant de rejoindre mon hôtel, la faim me porte chez Privet iz Batuma, un bar-pâtisserie qui lui aussi semble sorti d’un roman fin de siècle avec une équipe de serveurs en costume de marins de la Marine soviétique. Heureusement, les desserts, eux, sont loin d’être d’époques! Je me jette littéralement sur un cheesecake à l’orange parsemé d’écorce d’orange amère. Un régal! Je regarde la vieille horloge et réalise qu’il est près de midi, je peux retourner à l’hôtel et enfin me reposer… car pour le moment Batoumi, pour moi, est plongée dans la brume. Au propre et au figuré.

De le 20. juillet 2012 à 9.34  
Catégories: Géorgie, Récits de voyage

Georgian Military Road: On the Way to Kazbegi

Pour arriver à Kazbegi (ou plutôt Stepantsminda comme on l’appelle désormais), gros village au milieu du Caucase, il faut avoir le coeur bien accroché. Il faut affronter le chaos de la gare routière de Didube, trouver la marshrutka qui vous emmènera là-bas et ne pas ciller devant la partie de haute montagne de la Route Militaire géorgienne, cette route qui relie Tbilissi à la Russie.

Le Caucase… Un nom synonyme de danger pour beaucoup! Pour moi, c’est une invitation l’aventure. Une heure après avoir quitté Tbilissi, le paysage et le climat changent avec l’altitude. Alors que c’est presque l’été à Tbilissi, les arbres fruitiers sont à peine en fleur dans les villages que nous traversons. Un paysage vert de moyenne montagne où de grosses maisons sont entourées de jardins, de potagers et de l’indispensable vigne et où broutent les vaches ou les moutons. Au fur et à mesure, les sommets enneigés du Grand Caucase apparaissent, l’ascension s’accélère et très vite, nous voilà à une station de ski!

Georgian Military Road: On the Way to Kazbegi

La Géorgie a encore pas mal d’efforts à faire avant de pouvoir concurrencer les grandes stations des Alpes, mais elle ne se laisse pas décourager. La station de Gudauri semble être sortie de terre récemment. Pas mal d’hôtels semblent encore en construction.

C’est là aussi que se termine “la bonne route”. Dès que l’on quitte la station, elle n’est plus entretenue, trop endommagée par les conditions climatiques. Des différents degrés du printemps, nous voilà en hiver. La route est étroite, sans garde-fous et avec d’énorme nids-de-poule qu’il faut négocier en même temps que le trafic venant du sens opposé! Et il faut un sacré aplomb quand on croise des semi-remorques venant de Russie. Quand je pense que nous avons payé notre chauffeur 10 lari (à peu près 5 €) pour qu’il nous dépose sains et saufs…

Mais quel paysage à couper le souffle! Après une petite heure, le col est franchi, la route descend, devient meilleure mais reste encadrée de hauts sommets. La plupart font plus de 5000 mètres. Bientôt, nous arrivons au bout de notre route: Kazbegi. Sur la place où se trouve l’unique hôtel/restaurant du village, des habitants attendent les arrivants pour leur proposer un logement. C’est une des solutions les plus utilisées à Kazbegi: le logement chez l’habitant et sans rien prévoir. Vous ne devriez pas avoir de difficultés à trouver: les habitants qui offrent un toit aux voyageurs attendent l’arrivée du bus et il vous suffira de choisir et négocier.

La raison pour laquelle on vient visiter ce village presque perdu est là-haut, surveillant la vallée comme un phare surveillerait la mer: l’église de la Sainte Trinité (Tsminda Sameba, qu’on appelle aussi Gergeti). Une église-ermitage perchée sur une montagne avec comme décor, parait-il, un des plus beaux panoramas de Géorgie! Les touristes d’un jour y vont en voiture. Pour moi, comme un panorama pareil ça se mérite, je vais faire la petite randonnée de deux heures qui y mène… Quand même pas une partie de plaisir pour une fille de la plaine!

Kazbegi

Aux prés à vaches succèdent les bois de sapins, et le village rapetisse au fur et à mesure jusqu’à ce que les maisons deviennent minuscules comme des boîtes d’allumettes. Je ne suis pas la seule à monter à pied: je croise un Japonais solitaire et un couple finlandais qui a décidé de prendre tous les raccourci possibles. Je ne pensais pas que le coin serait aussi fréquenté!

A un moment de l’ascension, je quitte le bois de sapins. J’ai l’impression que le “sommet” n’est plus très loin et je décide de prendre un de ces raccourcis… Sauf qu’il se montre plus difficile que prévu et c’est le souffle coupé que je retrouve la route pour subitement déboucher sur une vue de rêve: sur un petit monticule, une chapelle fait face aux montagnes… 100 mètres plus loin, l’église, entourée d’un mur, monte une garde solitaire et à 360 degrés, des pics enneigés où s’effilochent les nuages! Superbe! Je m’approche d’abord de la chapelle en pierre. Je ne sais pas qui a eu l’idée de la bâtir là, mais il devait avoir un œil d’esthète. J’immortalise ce paysage de rêve puis me dirige vers l’église.

Kazbegi
Kazbegi

Juste en dehors, une vache broute tranquillement en me regardant d’un air goguenard. De l’autre côté, un pope et un homme qui semble tenir le rôle de sacristain se tiennent sur une plateforme et scrutent un horizon battu par le vent… Je suis vraiment dans un autre monde! Pour visiter l’église, les femmes doivent montrer patte blanche — ou plutôt pas de patte du tout, en effet, une femme en pantalon ne peut pas pénétrer dans l’église. Heureusement pour nous, une pile de jupes à enfiler est prévue à cet effet. Il faut également se couvrir la tête, mais on trouve aussi des foulards à emprunter. Les règles sont strictes dans cet environnement rude et aucune photo n’est admise!

Kazbegi

Des bouts de plus en larges de ciel bleu se dévoilent, et c’est là que le Mont Kazbeg, le clou du spectacle, commence à se dévoiler également! Le Mont Kazbeg, c’est le symbole du Caucase géorgien… Et il fait sa diva, refusant de se montrer en entier. Les plus audacieux pourront continuer vers le glacier et pourquoi pas, vers la station météo en haute montagne pour y passer la nuit. Le personnel est prêt à vous accueillir, encore plus chaleureusement si vous apportez une bouteille de vodka ou de chacha, l’alcool de raisin géorgien.

Ce n’est pas la seule ballade à faire dans le coin… mais cette histoire, ce sera pour le prochain épisode!

Kazbegi

De le 28. juin 2012 à 18.13  
Catégories: Géorgie, Récits de voyage

Une route rectiligne, sans fin, à travers un sovietland dévasté sous un ciel menaçant de pleuvoir à tout moment… Où suis-je? Sur le chemin de Gori, une petite ville à une soixantaine de kilomètres de Tbilissi, la capitale géorgienne. La marshrutka qui partait pour Kutaisi m’a laissé à soi-disant deux kilomètres… mais cela fait au moins une heure que je bats cette route défoncée. Cette “longue marche”, c’est une parfaite introduction pour aller à la rencontre du fils le plus célèbre de Gori: Iossif Vissarionovitch Djougachvili, plus connu sous le nom de Joseph Staline. C’est un peu comme si on disait au visiteur « Voilà, viens et regarde ce que ce système a fait de nous ». Gori est encore une ville industrielle mais au plus fort du communisme, elle devait l’être bien plus encore! Un train chargé de ferraille qui transite entre différentes implantations passe tranquillement…

Gori

De part et d’autre de la route, des usines de taille monumentale se suivent, certaines en mauvais état mais fonctionnant, d’autres complètement délabrées… En partie par l’écroulement du système soviétique, en partie par l’invasion russe lors de la guerre de 2008. Gori est une ville qui a souffert: elle fut bombardée et évacuée pendant le conflit.

Pour les amateurs d’urbex, c’est une mine d’or! On dirait que l’endroit a été oublié par la marche de l’histoire. Un peu plus loin, ce sont les premières habitations, les appartements des travailleurs, qui devaient être ce qu’il y avait de mieux à l’époque de leur construction. A présent, la plupart des immeubles semblent se dissoudre avec les années. Pourtant, des gens y vivent et Géorgiens obligent, on y a même construit des balcons de fortune ou je n’oserai pas mettre le pied.

Gori

Après réflexion, je me dis que ce chauffeur peu courtois était finalement une aubaine! Être déposée dans le centre-ville m’aurait fait loupé tout cet aspect de Gori! Et le voilà justement, le centre-ville. Quelle différence avec Mtshketa! Si cette dernière semblait tout droit sortir d’un plan modèle de rénovation, Gori est restée brut de décoffrage! Voilà le marché et la place où se trouvent les marshrutkas, grouillant de gens.

A première vue, Gori n’est pas bien attrayante. Il y a une forteresse, juste à l’entrée de la ville, comme beaucoup d’autres villes en Géorgie en possèdent, mais pour la ville en elle-même, pas grand chose… la cité a été dévastée en 1920 par un tremblement de terre. Même si la ville est très ancienne, il n’en reste quasi rien. Il y a l’hôtel de ville, rénové il y a deux ans, et le Parc Staline, juste devant le musée, le but de ma visite. Au guichet, on ne se bouscule pas. Je pourrai m’y balader à l’aise!

Gori

A l’entrée, le visietur est prévenu: “This museum is a falsification of history.” Construit du vivant de Staline sur l’initiative de Lavrenti Beria, cette grosse kitscherie gothico-communiste était un monument à la gloire du grand homme (Beria sera bien mal payé et aura ensuite maille à partir avec Staline auquel il ne survivra que quelques mois, liquidé pour complot). On dirait bien que le musée a peu changé depuis l’époque de la propagande.

Gori, Stalin Museum

Gori, Stalin MuseumUne statue trône devant un escalier monumental et la visite commence. Des photos des parents, d’enfance, d’adolescence, le jeune Iossif aurait pu devenir prêtre, on y voit son inscription au séminaire… Puis vient la vocation politique et l’engagement. Staline jeune adulte est bien différent de l’image que l’on connaît. C’est un beau jeune homme barbu qui aurait le look d’un Che Guevara d’avant la lettre.  Arrêté plusieurs fois, déporté plusieurs fois en Sibérie et s’échappant plusieurs fois, cela doit être ces années d’exil qui ont dû lui durcir le caractère. Enfin, c’est l’accession au pouvoir, marquée par cette photo où il pose souriant à côté d’un Lénine qui semble presque déjà manger les pissenlits par a racine. On y voit les hommages des républiques soviétiques au nouveau chef, au Petit Père des Peuples… Puis arrive la 2e guerre mondiale, Staline devient chef militaire et héros. La paix retrouvée, c’est aussi la vie de famille. Des clichés fleurant l’insouciance qui pourraient donner le change si l’on ne connaissait pas l’histoire familiale tourmentée de Staline.

Après les hommages des républiques, il y a les hommages des nations. Des tas de petits cadeaux ont été conservés: vases de Chine avec portrait, orfèvreries venant d’Italie, petits cadeaux de France, de Bulgarie ou de Pologne.

Et enfin, il y a la mort et le masque mortuaire. Et il ne faudra pas attendre longtemps après le décès du tyran pour que l’URSS essaie d’oublier ce qui fut une sombre page de son histoire. Et pourtant… Gori doit au dictateur les touristes qui arrivent jusqu’à elle. Paradoxe!

Gori, Stalin MuseumDernières étapes dehors: il y a premièrement le wagon personnel de Staline: blindé, avec sa propre cuisine, son salon, plusieurs chambres et somme toute modeste. Le clou de la visite, c’est la maison natale. Une petite maison de bois autour de laquelle on a construit une espèce de temple pour la préserver.  Une toute petite maison de deux pièces où le Père Djougachvili exerçait son métier de cordonnier au sous-sol.

Un musée d’un autre temps, un peu difficile à saisir pour les étrangers car tout est en russe ou en géorgien (avec quelques rares mentions en anglais) et qu’il vaut mieux se dépêcher de voir si l’on souhaite le découvrir dans l’état. Le gouvernement géorgien souhaite le modifier et en faire un musée sur l’occupation soviétique.

Gori, Stalin Museum

De le 18. juin 2012 à 19.52  
Catégories: Géorgie, Récits de voyage

Quand on foule pour la première fois les pavés de Mtskheta, on est frappé par une chose: le calme qui y règne, Il y a un silence presque pesant et quand on parle on le fait à voix basse, pour ne pas déranger. Quel décalage avec Tbilissi et l’effervescence de Didube, la gare routière! C’est de là que partent la plupart des marshrutkas, ces mini-bus que l’on trouve partout dans les anciens pays soviétiques et qui suppléent au manque de transports en commun.

Mtskheta étant toute proche de Tbilissi (une trentaine de kilomètres), je ne me fais pas trop de souci. C’est une place bondée de véhicules, de kiosques vendant toutes sortes de choses, de petits cafés et d’étals de marché. Ça grouille de partout et vous n’aurez aucune difficulté à trouver un taxi privé qui vous emmènera jusque là, et vous fera voir les points d’intérêt locaux — prix à négocier à l’avance, bien évidemment — ou pour ceux qui ont envie de faire comme les Géorgiens, embarquer dans une marshrutka (1 lari par l’aller).
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Mtskheta, c’est un peu là où réside l’âme de la Géorgie. C’est ici que Sainte-Nino “la révélatrice” vint convertir les souverains d’Ibérie, l’un des royaumes précurseurs de la Géorgie, et ainsi en faire l’un des premiers pays ayant le christianisme comme religion d’état. Depuis le IVe siècle, c’est dans cette ville que se trouve le siège de l’église géorgienne.

Mtskheta est une ville inscrite au patrimoine de l’UNESCO. Et on voit bien que les Géorgiens ont voulu en faire un atout touristique majeur. Tout est immaculé et semble avoir été rénové tout récemment! Et calme. Trop calme! Le centre historique de la ville est tout petit et se concentre autour de son joyau: la Cathédrale de Svetitskhosveli.

Mtskheta, Svetitskhoveli

Le complexe est impressionnant et cette cathédrale a une particularité: elle est entourée de fortifications. Ce n’est certes pas un château-fort mais c’est bien la première fois que je vois une cathédrale protégée comme s’il s’agissait d’un poste militaire! Avant d’entrer, je passe prendre quelques renseignements au bureau d’information touristique, traverse la grande porte et me retrouve dans le complexe. Immédiatement, on se sent coupé du monde extérieur. Pas que Mtskheta soit la ville la plus trépidante qui soit, mais l’effet est immédiat. Même le groupe d’écoliers en excursion qui est entré avant moi se tient à carreau! La cathédrale est là… on la voit telle qu’elle fut construite au XIe siècle (même si l’ancienne église date du IVe). Son pauvre architecte, Arsukhidze, n’aurait pas eu le temps de la voir complétée. Une maison de Dieu certes, mais qui avait besoin de se défendre: dans un coin, on trouve le magasin où l’on entreposait la poudre et les armes!

Mtskheta, Svetitskhoveli J’entre finalement dans la cathédrale et suis immédiatement accueillie par un Jésus gigantesque, peint en fresque au bout de la nef. Il n’est pas d’époque. Il reste très peu de fresques originales, à cause des nombreux tremblement de terre. L’ambiance est recueillie. Un guide à voix basse donne quelques explications aux enfants qui vont ensuite baiser l’évangile, des dames allument des cierges à différentes icônes avant de plonger dans de profondes prières. La ferveur religieuse des Géorgiens, ce n’est pas pour rire, d’autant plus que je me trouve juste devant le trône du catholicos-patriarche de l’Église orthodoxe géorgienne.

Mtskheta, Svetitskhoveli
P1210685A la sortie de la cathédrale, les veuves et les musiciens sont là et attendent l’aumône… J’observe un vieux monsieur qui semble se donner à fond dans un chant doux et mélancolique qui vous saisit l’âme. Je lui demande s’il veut bien se faire prendre en photo et lui glisse quelques pièces.

La prochaine étape, c’est le monastère de Jvari. Pour y arriver, à part avoir un goût pour la marche, il faut un véhicule. Alors que je me dirige vers l’hôtel de ville de Mtskheta, un homme d”une cinquantaine d’années me tombe dessus: Alexander. Après pas mal de palabres, lui ne parlant pas anglais et moi ni géorgien, ni russe, nous convenons d’un prix pour me conduire jusque là-haut.

Mtskheta, Jvari Monastery

Depuis la route, impossible de louper le Monastère de Jvari! Perché sur sa colline solitaire, il surveille Mtskheta tel un ange gardien. Si Mtskheta est une ville sainte, alors Jvari est le saint des saints! Sainte-Nino y fit construire une église sur le lieu d’une croix faite de bois miraculeux. On y voit encore le socle octogonal en entrant dans l’église, couvert de fleurs et d’images saintes. L’église actuelle est très ancienne: elle date du VIe siècle, un âge d’or apparemment pour la jeune communauté chrétienne locale. Sur sa façade, on y trouve une des premières représentations de la croix géorgienne, qui orne encore le drapeau du pays.

Mtskheta, Jvari Monastery

Mtskheta, Jvari MonasteryL’intérieur est austère, presque nu, mais égayé par les cierges et les icônes. Par contre, je suis frappée par le recueillement qui y règne. Impossible de ne pas se laisser impressionner par l’atmosphère de l’église! Alexander me prend par le bras et me plante devant les icônes de Saint-Georges et de la Vierge et avec une douce autorité, me fait allumer un cierge. J’essaie tant bien que mal de me recueillir. Je prends quelques photos et Alexander m’emmène dehors admirer la vue.

Mtskheta, Jvari Monastery

Mtskheta apparaît dans toute sa splendeur, lovée à la confluence du fleuve Koura et de l’Araqvi. Alexander pointe la route et m’explique que d’un côté, c’est la route pour Erevan, de l’autre côté, c’est Bakou et plus loin encore, Téhéran… Une invitation presque, si je n’avais pas si peu de temps de libre!

Mtskheta, Gestsemane MonasteryAvant de rejoindre l’arrêt des marshrutkas, Alexander décide de me montrer l’église Gethsemane. On pourrait passer à côté sans la voir, cachée dans son jardin. Cette jolie petite église pimpante et remplie de fresques colorées, plutôt que de créer une distance avec le croyant, semble le rassurer. Ale a repris de nouveau des cierges. Il m’emmène devant l’autel où trône l’icône d’un Christ en bénédiction puis une icône de la Vierge… Une icône apparemment vénérée dans tout le pays. Nous allumons nos cierges, nous plongeons dans le silence un moment.
Mtskheta, Gestsemane Monastery

La visite finie, Alexander me conduit à l’arrêt de bus, et déjà habituée à la galanterie masculine géorgienne, je ne m’étonne pas qu’il attende avec moi la marshrutka et me mette quasi dedans. Nous nous serrons les mains et me voilà partie, emportant avec moi la paix de Mtskheta.

De le 27. mai 2012 à 8.57  
Catégories: Géorgie, Récits de voyage

Dans les mots immortels de Britney Spears: “Oops, I Did It Again!”. En battant le pavé défoncé de la vieille ville de Tbilissi, je réalise qu’une fois de plus, je voyage dans un pays où, il y a encore quelques mois, je n’aurai jamais pensé mettre les pieds. Enfin, je veux dire par là que la Géorgie n’était pas dans le top de mes destinations favorites.

Plus maintenant.

TbilisiIl fait chaud et je marche à l’ombre! Je me rends compte que je suis dans une des parties les plus anciennes de la ville, sur une petite colline qui descend graduellement vers le fleuve Koura qui découpe la ville en deux. Les vieilles demeures se succèdent, souvent très belles, souvent dans un état de ruines, rongées comme un fromage grignoté par une souris, comme décapées par la lèpre ou carrément explosées comme si une bombe leur était tombée dessus. Les tremblements de terre mais aussi les années de négligence du communisme, puis celles de misère et de conflits intérieurs qui ont miné l’indépendance, ne sont pas étrangères à ce délabrement. C’est triste, mais en même temps ça contribue à l’atmosphère si particulière de la vieille ville.

Tbilisi

Pas une maison qui n’ait son balcon: en fer forgé, en pierre ou en bois, qu’importe, pourvu qu’il y en ait un. Ils donnent tout son cachet à la ville… Première étape: La Place de la Liberté! Un point de référence qui deviendra crucial dans mon orientation et qui est un peu le centre non-officiel de la ville. Sur une colonne, un Saint-Georges doré chevauche fièrement un fougueux destrier et donne l’estocade au dragon… Et forcément le co-patron du pays avec Sainte-Nina, la civilisatrice, celle qui apporta le christianisme au Royaume de la Toison d’or.

Tbilisi

Pour le moment, je laisse la Place de la Liberté et m’engage sur Rustaveli, l’avenue la plus classe de la ville, celle où se trouvent les bâtiments publics les plus importants: le Parlement, différentes divisions du Musée National Géorgien, le Théâtre Rustaveli, l’Eglise Kashveli… Des bars et des restaurants la bordent, peut-être un peu trop bruyants à cause du trafic? En soi, rien de bien particulier pourtant. Cette avenue aux bâtiments classiques s’étire jusqu’à une belle place où se trouvent une station de métro et la Place de la Révolution des Roses, celle qui a mis l’actuel président Saakatchvili au pouvoir et qui marqua, du moins symboliquement, la coupure avec l’héritage communiste.

Sur le chemin, c’est une suite ininterrompues de travaux: les routes, immeubles, centre commerciaux, monuments… tout est en construction ou reconstruction. Tbilissi change de peau et bien entendu, pendant la mue immobilière, y’a de la poussière; il faut aussi être prête à l’affronter à Tbilissi!

Tbilisi

A partir de là, c’est assez facile de rejoindre le Mont Mtatsminda, du moins la moitié de la colline jusqu’à l’église Mamadaviti. Tout en haut, c’est la tour de la télé géorgienne qui surplombe toute la ville, le premier monument aperçu la nuit de mon arrivée. Impossible de la manquer alors qu’elle scintille comme un arbre de Noël! Je commence à monter… Je vais vite découvrir qu’à Tbilissi, il faut de bonnes jambes et du souffle! La ville est construite sur les collines qui entourent la rivière, les rues montent et descendent donc selon le relief. J’arrive enfin à l’église. Elle n’est pas particulièrement vieille mais de là-haut, la vue est superbe! A côté de l’église, c’est le Panthéon des écrivains géorgiens… De grands noms de la littérature, inconnus pour moi malheureusement, reposent sous des tombes monumentales, abrités sous les cyprès avec la capitale à leurs pieds pour l’éternité. Leur repos est à peine troublé par une famille sortant de l’église à l’issue d’un baptême. Après tout, les pas des popes orthodoxes semblent bien légers!

Tbilisi

Le soir commence à tomber… En me baladant sans carte, je finis par rejoindre le pont Metekhi et passer de l’autre côté de la rivière. Les nuages sont presque tous partis et l’eau prend la couleur du ciel. Parallèle au vieux pont, il y a l’un des symboles du nouveau Tbilissi, le Bridge of Peace, un grand pont piétonnier en verre qui ressemble à un animal marin et dont les milliers de LEDs forment des vagues lumineuses sur ses flancs… Avant de l’emprunter, je parcours le parc de Rike. Encore inachevé, ce parc est là pour montrer la vitalité de la capitale de Géorgie, son envie de neuf. Je m’assieds sur un galet géant et observe les centaines de badauds profitant de la fraîcheur de l’air du soir, se faufilant entre les artistes de rue et les grands-mères qui vendent des ballons. Une musique retentit: ce sont les fontaines musicales qui démarrent… Un peu plus loin, un piano géant, stylisé, dont la mise en place n’est pas encore complète, et des morceaux de parc encore en construction. Cela renforce mon impression d’être arrivée au beau milieu d’une période de transition… Je repense à la vieille ville, rongée par l’abandon et oubliée. Quand je traverse ce pont de rêve, auréolée par les mouvements lumineux de ses ampoules, je me dis que oui, il va falloir revenir. Plus tard. Pour voir le nouveau visage de Tbilissi.