246 Articles dans cette catégorie Récits de voyage.

De le 17. septembre 2012 à 8.55  
Catégories: Norvège, Récits de voyage

Après avoir accueilli les explorateurs, les baleiniers, trappeurs et prospecteurs de toutes nationalités, le magnétique Spitzberg – sous tutelle norvégienne – attire désormais un nombre croissant de touristes en quête de cet indéfinissable étourdissement émanant de l’espace, de la glace, de la pierre et d’une lumière exaltant la grisaille. A la recherche aussi du silence et de la solitude d’où surgit tout d’un coup la vie. C’est un vieux rêve que je réalise aujourd’hui, en débarquant à Longyearbyen, dernier aéroport avant la croisière sur l’Ocean Nova, navire danois construit il y a 20 ans pour naviguer dans les eaux froides de la côte Est du Groenland. Un panneau situe la petite cité minière, à 2h 40 de vol d’Oslo. A noter la mise en garde contre les ours blancs, dont certains s’enhardissent jusqu’aux alentours de la petite école (d’où les grillages qui en protègent le préau!)

Quelle direction ?

Fondé en 1906 par un pionnier américain nommé John Munroe Longyear, le bled a hérité d’un nom aux consonances appropriées: l’année – et surtout l’hiver – doivent y paraître bien longs. Cafétéria, poste, quincaillerie, banque ou salon de coiffure constituent les points de rencontre d’un vase clos où tout le monde se connaît. A des prix souvent prohibitifs, les voyageurs trouvent le long d’une main street emblématique de quoi se ravitailler et s’équiper pour l’exploration des grands espaces nordiques. Au-delà, ce ne seront plus que glace, toundra, pierre et neige. Ceux qui espéraient un théâtre, une disco ou un stade de foot en seront donc pour leurs frais. Mais ils s’étonneront sans doute du bon niveau des quelques hôtels – comme le Radisson Blu et le Rica Spitzbergen Funken – implantés entre les habitations standardisées et les motoneiges en pagaille.

On compte ici plus d'une motoneige par habitant !

Le musée du Svalbard révèle le récent passé de Longyearbyen, de la trappe à la mine. Autre rappel des charbonnages, à l’extérieur: les vestiges du système de transport du minerai. Foreuses et wagonnets rouillés animent la place de jeux jouxtant la chapelle, au grand bonheur des nombreux enfants de la communauté.

Les reliques de la glorieuse époque des charbonnages...

Suivant le fil des gravures et illustrations, je découvre les premiers explorateurs des grands espaces arctiques et ceux qui leur ont succédé: des scientifiques russes et suédois – entre autres – mais aussi des Français comme Jean Malaurie, plus motivés par l’ethnologie que par l’exploitation effrénée de la faune et des richesses souterraines. A noter qu’avec les deux conflits mondiaux, puis la guerre froide, des bases ont aussi été implantées par pur intérêt stratégique. Puis revinrent des individus soucieux de se confronter à leurs propres limites, les voyages dangereux constituant – après les champs de bataille – le nouveau révélateur des tempéraments héroïques.

Au temps des chasses effrénées...

Si le capitaine de l’Ocean Nova annonce une escale monégasque, ce n’est pas qu’il a abusé de la vodka au point de confondre l’immense muraille bleutée profilée à l’horizon avec le skyline de la Principauté. Ce glacier démesuré a été baptisé Monaco en reconnaissance du soutien des Grimaldi aux grandes expéditions nordiques menées au tournant du XXe siècle. Détaché du navire, mon minuscule zodiac va faciliter l’approche d’un front haut d’une bonne trentaine de mètres sur environ 6 kilomètres de large. Une coquille de noix pour fixer l’échelle.

Des frissons sous l'énorme muraille de glace

La navigation se poursuivra le long de la célèbre Baie de la Madeleine, dont la couronne dentelée a sans doute inspiré le terme de Spitzberg (montagne pointue) à Willem Barents, à qui l’on attribue la découverte (ou redécouverte moderne) de ces terres, en 1596. Un mémorial y a été dressé au siècle dernier en l’honneur des marins et chasseurs de baleines morts sous ces latitudes.

Les baleines, justement…l’estimation de 65’000 d’entre elles exterminées en 150 ans par les seuls Bataves donne la nausée. Elle rend plus précieuse encore la soudaine observation de trois d’entre elles – les fameuses baleines bleues, les plus grosses et les plus rares – dans le sillage du bateau.

Une réminiscence de Moby Dick ?

Un peu plus loin, foulant la toundra, je m’étonne de trouver  autant de traces de vie dans un environnement si rude: abondante et diversifiée, la flore fait le bonheur de quelques connaisseurs amateurs de lichens et autres plantes alpines.

Une flore abondante, mais éphémère

Je m’émerveille de la présence de tant d’oiseaux – guillemots, eiders, sternes et autres Macareux – et du petit renard polaire si peu farouche à portée de mon objectif.

Un figurant peu farouche...

Mais qu’en est-il de la vedette tant attendue, celle dont l’approche in situ justifierait à elle seule mon voyage: l’ours polaire ? Le naturaliste canadien Marc Hébert, qui m’accompagne, se veut rassurant : “Le dernier recensement effectué dans cette zone de la mer de Barents était de plus de 3’000 individus. Nous avons donc autant de chances d’en croiser bientôt que de voir des lions dans un safari africain. Cependant, la banquise recule sous l’effet du réchauffement climatique, à un rythme qui pourrait bien générer sa fonte totale d’ici 2050. Il nous faut donc nous rapprocher de plus en plus du pôle Nord pour rejoindre le biotope de cet animal toujours en quête de phoques à accrocher entre deux plaques de glace”.

La star de l'Arctique

De fait, à 80,30° de latitude nord, le miracle se produit: des scènes que je n’oublierai jamais, et que j’ai immortalisées pour vous en vidéo.

PRATIQUE

Plusieurs croisières estivales sont organisées annuellement par divers voyagistes. Aux paquebots, les amateurs de découvertes sportive et scientifique préfèrent des bateaux de taille plus modeste, garants d’une meilleure approche côtière. Compte tenu des contingents limités, il est conseillé de réserver plusieurs mois à l’avance. Les forfaits standards comprennent – outre le transport aérien – le séjour hôtelier, les excursions et la pension complète à bord.

De le 3. septembre 2012 à 11.59  
Catégories: Géorgie, Pays, Récits de voyage

Mon taxi file depuis la gare vers le centre de Batoumi. Débarquée du train de nuit depuis Tbilissi, je suis dans un brouillard de fatigue aussi épais que la couche de nuages qui recouvre la ville. Mais où est donc le paradis subtropical que l’on m’a tant vanté? ;-)

Je pars donc péniblement à l’assaut de Batoumi. La première impression, c’est que tout comme Tbilissi, c’est une ville en plein travaux! Peut-être même encore plus qu’à Tbilissi! La deuxième ville de Géorgie semble avoir le vent en poupe!

Batumi

Sur la place de l’hôtel de ville, la statue de Médée brandissant la toison d’or semble avoir été redorée de frais et un énorme bâtiment est en cours de rénovation. Son avenir sera celui d’un casino-hôtel! Je vais bien vite réaliser que des tonnes d’argent sont brassées par ici. Batoumi et sa région, l’Adjarie, ont un statut particuliers… L’Adjarie est une république autonome et même si récemment, Tbilissi a repris un peu de contrôle sur la République, celle-ci a des pouvoirs assez larges. Des compagnies turques ou kazakhes ont largement investi dans l’immobilier et l’hôtellerie et ont bien l’intention, avec le soutien du gouvernement géorgien, de faire de Batoumi une espèce de Las Vegas ou de Miami sur Mer Noire! Le centre de la ville est une véritable plongée dans la Belle-Epoque! Grâce au pétrole de l’Azerbaïdjan, qui joue encore un grand rôle pour la Géorgie, Batoumi a connu un boum dans la deuxième partie du XIXe siècle, début du XXe et de la Place de l’hôtel de ville à celle du Théâtre. c’est une belle unité architecturale. On s’attendrait presque à voir une calèche ou un bourgeois en gibus! Même les nouveaux bâtiments en construction respectent le style de l’époque…

Batumi

Mais en se rapprochant de la plage, le décor change car le futur pour Batoumi, outre les activités du port, c’est le tourisme. Déjà à l’époque soviétique, la côte géorgienne était prisée pour son climat subtropical, cette petite mer chaude et sa cuisine géorgienne. Aujourd’hui, c’est toujours le cas. Arméniens, Azéris, Russes, Turcs voulant des vacances à bas prix… Batoumi, parait-il, devient une ville où l’on ne dort jamais, le temps d’un été.

P1220365En traversant un parc parsemé de sculptures, on arrive sur le Bulvard, une promenade de bords de mer qui s’étend sur pas moins de 7 kilomètres. Une longueur qu’on peut facilement parcourir puisque Batoumi possède un système de location de vélo: Batumvelo… Du côté du port, s’élève une tour à double hélice surmonté d’un globe brillant l’Alphabetic Tower. Hommage à l”élégant (et ancien) alphabet géorgien, cette tour était à peine inaugurée lorsque je suis arrivée! L’avant-veille à Kazbegi, j’avais vu un reportage sur les journalistes locaux prenant l’ascenseur pour rejoindre le sommet de la boule et étrenner leur nouveaux studios! On y trouvera aussi un restaurant panoramique mais je n’ai pas spécialement envie de m’attarder pour le moment: j’ai trop envie de découvrir une nouvelle mer: la Mer Noire.
Batumi

Et la voilà… Pas de plage de sable fin mais bien une multitude de gros galets en camaïeu de blanc, gris, gris bleu, mauve,vert,  rose avec quelques cailloux couleur brique comme pour y mettre un peu de peps… Un vieil homme qui se promène et  un jeune homme en bonnet est assis par terre sont les deux seules autres personnes sur la plage. J’admire à mon tour le paysage: la mer et le ciel sont unis dans une harmonie de gris. Ou commence le ciel et où finit la mer, impossible de le dire…

Batumi

Avant de rejoindre mon hôtel, la faim me porte chez Privet iz Batuma, un bar-pâtisserie qui lui aussi semble sorti d’un roman fin de siècle avec une équipe de serveurs en costume de marins de la Marine soviétique. Heureusement, les desserts, eux, sont loin d’être d’époques! Je me jette littéralement sur un cheesecake à l’orange parsemé d’écorce d’orange amère. Un régal! Je regarde la vieille horloge et réalise qu’il est près de midi, je peux retourner à l’hôtel et enfin me reposer… car pour le moment Batoumi, pour moi, est plongée dans la brume. Au propre et au figuré.

De le 2. août 2012 à 9.34  
Catégories: Conseils, Italie, Récits de voyage

Me voici sur le talon d’Achille de la Péninsule: La Puglia, comme l’appellent les autochtones, dénomination plus heureuse que sa traduction française Pouilles… le terme n’induit-il pas une idée de misère, bien éloignée de la réalité sur le terrain? Car — contrairement à la réputation classique du Mezzogiorno, pauvre et délaissé — la région que je me réjouis de vous faire découvrir révèle une étonnante opulence. On me dit que le pied de la Botte était déjà florissant dans l’Antiquité, comme en témoigne la richesse des objets grecs ou romains exposés dans ses musées. Au départ de Zürich, je viens d’atterrir à Bari. Le billet combiné d’Helvetic me permettra de repartir de Brindisi vers Berne, une solution bienvenue pour ne pas avoir à revenir sur mes pas en Italie.

A Trani, une marina idyllique

Voulez-vous boucler votre ceinture pour un premier survol? Alors, embarquement immédiat!

Bienvenue aux Pouilles

La masseria présentée à la fin de mon clip constitue mon point de chute. En mains helvétiques, Alchimia offre tout ce que l’on peut attendre d’un logement de vacances où rien ne manque, surtout pas le cadre (une campagne comme on les rêve).

Mamma mia, quel panorama! Le vert des oliveraies sur le rouge des terres caillouteuses, tous ces villages aux allures de forteresses agrippées aux reliefs, ces plages attirant leurs essaims de vacanciers là où le monumental et l’exubérant cèdent le pas à une vie simple et conviviale.

Choisissez votre moyen de transport!

La Vespa, pourquoi pas? Je vous conseille de toute façon un véhicule de location. Compter sur les transports publics tiendrait ici de la gageure. Labyrinthique, le réseau suggère aussi une carte routière plus précise que l’atlas européen… à moins de choisir délibérément l’égarement, source d’innombrables surprises hors des sentiers battus. En voici une, de surprise. Véritable bijou serti dans sa monture de remparts: la bourgade de Locorotondo. Mon objectif saisit un décor qui me rappelle la grecque Mykonos ou la portugaise Obidos, les pacotilles à touristes en moins. Ce n’est pas moi qui m’en plaindrai!

A Locorotondo, tout rappelle le Sud

Une passante toute de noir vêtue me conseille d’aller voir Martina Franca, si j’ai aimé Locorotondo. Mais qui donc est cette Martina? Non, ce n’est pas une star de Cinecittà, mais bien une autre adorable cité juchée sur un mont — San Martino — offrant à l’oeil un puzzle de baroque et rococo dont chaque maison, chaque palais, chaque église voudrait retenir le regard.

Martina Franca: un décor de cinéma

Une halte rafraîchissante s’impose au Caffè Tripoli, à la déco désuète, et dont le granita di caffè con panna — café glacé copieusement allongé de crème — est connu loin à la ronde.

Une adresse incontournable

Parmi les images de la déco, une photo gentiment canaille retient mon attention. La voilà, ma star de Cinecittà! Le patron me dit que cette bellissima ragazza est effectivement actrice. Elle a été choisie pour une pub. Ne manque que le son. Je devine les sifflets admiratifs de la gent masculine.

Bellissima raggazza...

Les becs à sucre ne manqueront pas le voisin Pelino, un confiseur que ses inédits bouquets de dragées pourraient faire passer pour un fleuriste.

Des dragées en bouquet

Côte adriatique

Savoir que la haute saison va grosso modo de début juillet à fin août. Septembre et octobre vont donc constituer une période idéale pour longer la côte adriatique moins envahie, et à des tarifs raisonnables. Plus on descend vers le sud, plus étonnantes deviennent les découvertes. Trani est une ville de marins. Tout ou presque y ramène à la mer, du dauphin dominant la cathédrale au port si photogénique.

Comme un invitation à hisser la grand voile

A Polignano a Mare, une statue rend hommage au chanteur natif de la ville: Domenico Modugno, décédé en 1994. Tout le monde fredonne encore son plus grand tube: Nel blu, dipinto di blu…

A la gloire de l'enfant du pays

Mais la station balnéaire a plus étonnant à offrir: ses maisons blanches accrochées à des falaises où les vagues ont creusé quantité de grottes. Et comment résister à l’envie d’aller faire trempette dans une crique aussi croquignolette? (A noter à gauche, au sommet de la colline, l’atelier d’un artiste spécialisé dans la confection de dragons d’acier et de très belles lampes façon vitrail.)

Une crique irrésistible

Buon appetito!

Au moment de passer à table, il faut oser les primeurs goûteux, le jambon du pays, les fromages de brebis, de chèvre ou de vache, la viande de bœuf al forno et les produits de la mer. Confronté à une offre pléthorique, je passe allégrement des plats traditionnels aux établissements qui les réinventent. Quelques adresses testées avec bonheur:

  • A Trani: Corteinfiore et ses délices à savourer dans un jardin d’hiver aux allures d’oasis.
  • A Conversano/Bari: le Pashà, une carte subtile et innovante dans cet établissement haut de gamme possédant à l’étage sa propre école de cuisine.
  • A Savelletri di Fasano/Brindisi: Maddalena, de divins spaghetti aux fruits de mer dans un charmant cabanon de plage.
  • A Ostuni: La Sommità, une bonne table dans un relais luxueux dominant la cité.
  • Encore une épicerie exceptionnelle pour s’approvisionner en bons produits locaux: Valentina, à Lecce. Les habitants la connaissent tous. C’est déjà bon signe. Et le patron est un vrai personnage!

Valentina ou Valentino?

Ah, j’allais oublier mon petit cadeau-souvenir, après mes salades. Faites-en bon usage pour assaisonner les vôtres, et viva Italia!

La spécialité locale

De le 20. juillet 2012 à 9.34  
Catégories: Géorgie, Récits de voyage

Georgian Military Road: On the Way to Kazbegi

Pour arriver à Kazbegi (ou plutôt Stepantsminda comme on l’appelle désormais), gros village au milieu du Caucase, il faut avoir le coeur bien accroché. Il faut affronter le chaos de la gare routière de Didube, trouver la marshrutka qui vous emmènera là-bas et ne pas ciller devant la partie de haute montagne de la Route Militaire géorgienne, cette route qui relie Tbilissi à la Russie.

Le Caucase… Un nom synonyme de danger pour beaucoup! Pour moi, c’est une invitation l’aventure. Une heure après avoir quitté Tbilissi, le paysage et le climat changent avec l’altitude. Alors que c’est presque l’été à Tbilissi, les arbres fruitiers sont à peine en fleur dans les villages que nous traversons. Un paysage vert de moyenne montagne où de grosses maisons sont entourées de jardins, de potagers et de l’indispensable vigne et où broutent les vaches ou les moutons. Au fur et à mesure, les sommets enneigés du Grand Caucase apparaissent, l’ascension s’accélère et très vite, nous voilà à une station de ski!

Georgian Military Road: On the Way to Kazbegi

La Géorgie a encore pas mal d’efforts à faire avant de pouvoir concurrencer les grandes stations des Alpes, mais elle ne se laisse pas décourager. La station de Gudauri semble être sortie de terre récemment. Pas mal d’hôtels semblent encore en construction.

C’est là aussi que se termine “la bonne route”. Dès que l’on quitte la station, elle n’est plus entretenue, trop endommagée par les conditions climatiques. Des différents degrés du printemps, nous voilà en hiver. La route est étroite, sans garde-fous et avec d’énorme nids-de-poule qu’il faut négocier en même temps que le trafic venant du sens opposé! Et il faut un sacré aplomb quand on croise des semi-remorques venant de Russie. Quand je pense que nous avons payé notre chauffeur 10 lari (à peu près 5 €) pour qu’il nous dépose sains et saufs…

Mais quel paysage à couper le souffle! Après une petite heure, le col est franchi, la route descend, devient meilleure mais reste encadrée de hauts sommets. La plupart font plus de 5000 mètres. Bientôt, nous arrivons au bout de notre route: Kazbegi. Sur la place où se trouve l’unique hôtel/restaurant du village, des habitants attendent les arrivants pour leur proposer un logement. C’est une des solutions les plus utilisées à Kazbegi: le logement chez l’habitant et sans rien prévoir. Vous ne devriez pas avoir de difficultés à trouver: les habitants qui offrent un toit aux voyageurs attendent l’arrivée du bus et il vous suffira de choisir et négocier.

La raison pour laquelle on vient visiter ce village presque perdu est là-haut, surveillant la vallée comme un phare surveillerait la mer: l’église de la Sainte Trinité (Tsminda Sameba, qu’on appelle aussi Gergeti). Une église-ermitage perchée sur une montagne avec comme décor, parait-il, un des plus beaux panoramas de Géorgie! Les touristes d’un jour y vont en voiture. Pour moi, comme un panorama pareil ça se mérite, je vais faire la petite randonnée de deux heures qui y mène… Quand même pas une partie de plaisir pour une fille de la plaine!

Kazbegi

Aux prés à vaches succèdent les bois de sapins, et le village rapetisse au fur et à mesure jusqu’à ce que les maisons deviennent minuscules comme des boîtes d’allumettes. Je ne suis pas la seule à monter à pied: je croise un Japonais solitaire et un couple finlandais qui a décidé de prendre tous les raccourci possibles. Je ne pensais pas que le coin serait aussi fréquenté!

A un moment de l’ascension, je quitte le bois de sapins. J’ai l’impression que le “sommet” n’est plus très loin et je décide de prendre un de ces raccourcis… Sauf qu’il se montre plus difficile que prévu et c’est le souffle coupé que je retrouve la route pour subitement déboucher sur une vue de rêve: sur un petit monticule, une chapelle fait face aux montagnes… 100 mètres plus loin, l’église, entourée d’un mur, monte une garde solitaire et à 360 degrés, des pics enneigés où s’effilochent les nuages! Superbe! Je m’approche d’abord de la chapelle en pierre. Je ne sais pas qui a eu l’idée de la bâtir là, mais il devait avoir un œil d’esthète. J’immortalise ce paysage de rêve puis me dirige vers l’église.

Kazbegi
Kazbegi

Juste en dehors, une vache broute tranquillement en me regardant d’un air goguenard. De l’autre côté, un pope et un homme qui semble tenir le rôle de sacristain se tiennent sur une plateforme et scrutent un horizon battu par le vent… Je suis vraiment dans un autre monde! Pour visiter l’église, les femmes doivent montrer patte blanche — ou plutôt pas de patte du tout, en effet, une femme en pantalon ne peut pas pénétrer dans l’église. Heureusement pour nous, une pile de jupes à enfiler est prévue à cet effet. Il faut également se couvrir la tête, mais on trouve aussi des foulards à emprunter. Les règles sont strictes dans cet environnement rude et aucune photo n’est admise!

Kazbegi

Des bouts de plus en larges de ciel bleu se dévoilent, et c’est là que le Mont Kazbeg, le clou du spectacle, commence à se dévoiler également! Le Mont Kazbeg, c’est le symbole du Caucase géorgien… Et il fait sa diva, refusant de se montrer en entier. Les plus audacieux pourront continuer vers le glacier et pourquoi pas, vers la station météo en haute montagne pour y passer la nuit. Le personnel est prêt à vous accueillir, encore plus chaleureusement si vous apportez une bouteille de vodka ou de chacha, l’alcool de raisin géorgien.

Ce n’est pas la seule ballade à faire dans le coin… mais cette histoire, ce sera pour le prochain épisode!

Kazbegi

De le 9. juillet 2012 à 11.45  
Catégories: Conseils, Hong Kong / Macau, Récits de voyage

Au cœur d’un dédale de canaux, je traverse une piazza bordée de luxueuses boutiques pour aller savourer une tranche de cassata. Contrairement à celles de la Sérénissime, les eaux javellisées de cette Venise-là ne dégagent pas le moindre relent d’égout.  Son ciel artificiel vire en permanence de l’aube au crépuscule. Bienvenue au Casino Venetian, le frère jumeau de celui qui draine les foules à Vegas!

Des gondoliers aux yeux bridés...

En Chine comme au Nevada, ce rutilant centre commercial (350 enseignes, 30 restaurants) offre à ses myriades de consommateurs ébahis une évasion joliment kitch dans un univers où rien ne manque, pas même un hôtel de 3’000 chambres — l’un des plus importants du monde — et une salle de spectacle de 15’000 places. L’investissement de Macao dans ce projet (près de 2,5 milliards de dollars) a contribué à détrôner la capitale américaine du jeu. Même les marques suisses y ont élu domicile, au plus grand bonheur de yuppies dépensiers.

Macao à l'heure helvétique

Les fans de mangas font escale chez Character King, le spécialiste des héros (et héroïnes) de BD asiatiques sculpté(e)s à la dimension de poupées gonflables. La pulpeuse Mikuru Asahina y côtoie Ichigo Momomiya.

Des personnages de mangas en 3D

En quête de Baume du Tigre, je m’arrête dans l’une de ces pharmacies chinoises n’ayant plus grand-chose à voir avec les vieilles officines de sorcières. On y dispense une gamme de produits dépassant largement les seuls gingembre et ginseng: phytothérapie, minéraux, substances animales — voire humaine (placenta) — rien n’y manque pour soulager les bobos et rétablir l’équilibre du yin et du yang.

Une petite potion chinoise?

Un petit creux. Aux populaires food courts déjà prises d’assaut, j’accorde ma préférence à un resto haut de gamme, dont la carte s’avère des plus alléchantes. Le hors d’oeuvre japonisant donne déjà le t(h)on!

Juste l'eau à la bouche

Retrouvez-moi dans ce labyrinthe ludique!

Le Casino Venetian

Pour peu, l’hégémonie des tapis verts ferait oublier que l’ancien territoire portugais a de beaux restes historiques — hélas peu nombreux — mais heureusement classés au Patrimoine mondial. Débarquant du ferry en provenance de Hong-Kong (45 minutes de trajet), rien ne force le visiteur à emboîter le pas aux hordes de flambeurs pressés d’investir les lieux de perdition. Il peut leur préférer le charme colonial du Largo do Senado, dans la vieille ville. A partir de là, rien de plus facile que de rayonner vers les principaux monuments de l’héritage architectural. De quoi trancher avec la grandiloquence des buildings où se concentre l’essentiel des 3’100 tables de jeu, 8’234 jackpots et autres bandits-manchots répertoriés à Macao. Faites vos jeux, rien ne va plus!

Pour le final, rejoignez mon safari-photo dans la zone classée Unesco!

Macao historique

De le 5. juillet 2012 à 20.04  
Catégories: Conseils, France, Récits de voyage

Pour répondre à notre soif de dépaysement de proximité, les compagnies aériennes multiplient leurs offres vers Nice-Côte d’Azur. Dernière arrivée: SkyWork, entreprise helvétique spécialisée dans les vols touristiques et d’affaires (Barcelone, Elbe, Ibiza, Thessalonique, Cologne, Vienne, entre autres). Particularité: ce service –comme tous ceux qu’elle propose– est au départ de Berne (3 fois par semaine), ce qui constitue un avantage non négligeable pour un grand bassin de population proche de la ville fédérale et/ou souhaitant bénéficier de formalités d’embarquement simplifiées. J’arrive 25 minutes avant le décollage. Aucun problème. A bord: collations accordées à la destination (par ex. salade niçoise) et mise à disposition d’un iPad pour la durée du vol. Je ne regrette que la modestie –sans doute provisoire– des applis chargées sur la tablette.

Une impression de vol privé

Une fois arrivé dans la ville de Garibaldi –et sans doute animé par l’envie de garder des ailes– je m’élève illico sur la Colline du Château. Ce nid d’aigle offre un point de vue unique sur l’agglomération niçoise. Les chérubins du cimetière veillant sur la Baie des Anges semblent m’indiquer les ruelles à explorer dans le quartier le plus attachant, avec ses façades colorées, le linge qu’on y fait sécher, la grâce des édifices religieux ou les pittoresques bars et restos.

Vue imprenable sur la Promenades des Anglais

Pittoresque, oui, l’Escalinada, dont la carte suscite quelques interrogations: en plus des testicules de porc panés, cette dernière mentionne –en patois local– de la merda di can. Sans sourciller, le garçon m’explique qu’il s’agit de gnocchis verdâtres confectionnés avec de la blette… d’où l’appellation. Je m’en tiendrai plus raisonnablement à quelques fleurs de courgette en beignets, gardant un peu d’appétit pour un dessert que j’irai savourer au port.

Une marina colorée

En chemin, je découvre au bord de la marina un marché aux puces permanent, véritable caverne d’Ali Baba pour amateurs de brocante.

Comme à Paris...en plus petit

Le dessert, donc… Je le trouve à deux pas, chez Florian (14, Quai Papacino), l’un des maîtres de la confection de fruits confits, autre spécialité niçoise. La dame vient juste de terminer une ration d’oranges à s’en relever la nuit.

Pour les "becs à bonbons"

La nuit, je la passerai dans l’ambiance onirique de l’Hôtel Windsor (11, Rue Dalpozzo), qui a eu l’excellente idée de confier la décoration de ses chambres à des artistes différents. Je choisis celle de Ben –artiste suisse bien connu– qui a l’a tapissée de ses rêves. Un petit cahier permet d’y consigner ceux des occupants. Cool, non?

Des chambres hautement personnalisées

J’aurais pu choisir le plus ambitieux Palais de la Méditerranée, véritable pôle d’attraction pour le beau monde de l’entre-deux-guerres, classé monument historique. Joséphine Baker, Sacha Guitry ou Yves Montand adoraient ce palace inauguré en 1929 par un certain Charlie Chaplin… ce sera pour le jour où j’aurai gagné au casino attenant. En attendant, je me contente de parcourir ces vastes espaces au décorum sophistiqué.

Sommet du luxe sur le front de mer

D’autres adresses de séjour sont répertoriées sur le site de l’Office du Tourisme. Inspiré par toute cette effervescence artistique, je fais un saut au Musée Matisse, histoire de mieux comprendre les apports de ce génie du graphisme moderne.

Une précieuse collection des oeuvres de l'artiste

J’aurai encore le temps d’une petite escapade dont je vous réserve ici la surprise:

Vidéo: Visite d’Eze

Pas encore décidé(e) à envisager un week-end niçois? …Alors suivez-moi dans la ville natale de Georges Lautner, Jean-Pierre Mocky, Nadine Trintignant et autre Michèle Laroque. Que du beau monde, je vous dis!

Vidéo: A travers Nice

De le 28. juin 2012 à 18.13  
Catégories: Géorgie, Récits de voyage

Une route rectiligne, sans fin, à travers un sovietland dévasté sous un ciel menaçant de pleuvoir à tout moment… Où suis-je? Sur le chemin de Gori, une petite ville à une soixantaine de kilomètres de Tbilissi, la capitale géorgienne. La marshrutka qui partait pour Kutaisi m’a laissé à soi-disant deux kilomètres… mais cela fait au moins une heure que je bats cette route défoncée. Cette “longue marche”, c’est une parfaite introduction pour aller à la rencontre du fils le plus célèbre de Gori: Iossif Vissarionovitch Djougachvili, plus connu sous le nom de Joseph Staline. C’est un peu comme si on disait au visiteur « Voilà, viens et regarde ce que ce système a fait de nous ». Gori est encore une ville industrielle mais au plus fort du communisme, elle devait l’être bien plus encore! Un train chargé de ferraille qui transite entre différentes implantations passe tranquillement…

Gori

De part et d’autre de la route, des usines de taille monumentale se suivent, certaines en mauvais état mais fonctionnant, d’autres complètement délabrées… En partie par l’écroulement du système soviétique, en partie par l’invasion russe lors de la guerre de 2008. Gori est une ville qui a souffert: elle fut bombardée et évacuée pendant le conflit.

Pour les amateurs d’urbex, c’est une mine d’or! On dirait que l’endroit a été oublié par la marche de l’histoire. Un peu plus loin, ce sont les premières habitations, les appartements des travailleurs, qui devaient être ce qu’il y avait de mieux à l’époque de leur construction. A présent, la plupart des immeubles semblent se dissoudre avec les années. Pourtant, des gens y vivent et Géorgiens obligent, on y a même construit des balcons de fortune ou je n’oserai pas mettre le pied.

Gori

Après réflexion, je me dis que ce chauffeur peu courtois était finalement une aubaine! Être déposée dans le centre-ville m’aurait fait loupé tout cet aspect de Gori! Et le voilà justement, le centre-ville. Quelle différence avec Mtshketa! Si cette dernière semblait tout droit sortir d’un plan modèle de rénovation, Gori est restée brut de décoffrage! Voilà le marché et la place où se trouvent les marshrutkas, grouillant de gens.

A première vue, Gori n’est pas bien attrayante. Il y a une forteresse, juste à l’entrée de la ville, comme beaucoup d’autres villes en Géorgie en possèdent, mais pour la ville en elle-même, pas grand chose… la cité a été dévastée en 1920 par un tremblement de terre. Même si la ville est très ancienne, il n’en reste quasi rien. Il y a l’hôtel de ville, rénové il y a deux ans, et le Parc Staline, juste devant le musée, le but de ma visite. Au guichet, on ne se bouscule pas. Je pourrai m’y balader à l’aise!

Gori

A l’entrée, le visietur est prévenu: “This museum is a falsification of history.” Construit du vivant de Staline sur l’initiative de Lavrenti Beria, cette grosse kitscherie gothico-communiste était un monument à la gloire du grand homme (Beria sera bien mal payé et aura ensuite maille à partir avec Staline auquel il ne survivra que quelques mois, liquidé pour complot). On dirait bien que le musée a peu changé depuis l’époque de la propagande.

Gori, Stalin Museum

Gori, Stalin MuseumUne statue trône devant un escalier monumental et la visite commence. Des photos des parents, d’enfance, d’adolescence, le jeune Iossif aurait pu devenir prêtre, on y voit son inscription au séminaire… Puis vient la vocation politique et l’engagement. Staline jeune adulte est bien différent de l’image que l’on connaît. C’est un beau jeune homme barbu qui aurait le look d’un Che Guevara d’avant la lettre.  Arrêté plusieurs fois, déporté plusieurs fois en Sibérie et s’échappant plusieurs fois, cela doit être ces années d’exil qui ont dû lui durcir le caractère. Enfin, c’est l’accession au pouvoir, marquée par cette photo où il pose souriant à côté d’un Lénine qui semble presque déjà manger les pissenlits par a racine. On y voit les hommages des républiques soviétiques au nouveau chef, au Petit Père des Peuples… Puis arrive la 2e guerre mondiale, Staline devient chef militaire et héros. La paix retrouvée, c’est aussi la vie de famille. Des clichés fleurant l’insouciance qui pourraient donner le change si l’on ne connaissait pas l’histoire familiale tourmentée de Staline.

Après les hommages des républiques, il y a les hommages des nations. Des tas de petits cadeaux ont été conservés: vases de Chine avec portrait, orfèvreries venant d’Italie, petits cadeaux de France, de Bulgarie ou de Pologne.

Et enfin, il y a la mort et le masque mortuaire. Et il ne faudra pas attendre longtemps après le décès du tyran pour que l’URSS essaie d’oublier ce qui fut une sombre page de son histoire. Et pourtant… Gori doit au dictateur les touristes qui arrivent jusqu’à elle. Paradoxe!

Gori, Stalin MuseumDernières étapes dehors: il y a premièrement le wagon personnel de Staline: blindé, avec sa propre cuisine, son salon, plusieurs chambres et somme toute modeste. Le clou de la visite, c’est la maison natale. Une petite maison de bois autour de laquelle on a construit une espèce de temple pour la préserver.  Une toute petite maison de deux pièces où le Père Djougachvili exerçait son métier de cordonnier au sous-sol.

Un musée d’un autre temps, un peu difficile à saisir pour les étrangers car tout est en russe ou en géorgien (avec quelques rares mentions en anglais) et qu’il vaut mieux se dépêcher de voir si l’on souhaite le découvrir dans l’état. Le gouvernement géorgien souhaite le modifier et en faire un musée sur l’occupation soviétique.

Gori, Stalin Museum

De le 19. juin 2012 à 12.35  
Catégories: Allemagne, Conseils, Récits de voyage

Vous avouerais-je qu’avant de l’explorer, je n’avais jamais entendu parler d’Amrum? Pour repérer cette tête d’épingle au large de l’appendice le plus septentrional de l’Allemagne, il faut viser les confins du Danemark, tourner le dos à Hambourg et à l’estuaire de l’Elbe. Dans un archipel riche de faune et de flore, ce croissant d’à peine 12 kilomètres constitue la plus petite des trois îles-phares de l’archipel, derrière Sylt, la huppée, et Föhr, la bucolique.

Sable blond d'Amrun

Phare… c’est l’un d’eux, justement — haut de 64 mètres — qui constitue l’emblème de ce lopin pour naturalistes et hédonistes. J’y suis parvenu au terme d’une nuit de sommeil dans l’assez confortable City Night Line, au départ de Bâle (pratique: le même billet inclut le transfert de Hambourg à Amrum, via les trains régionaux du Schleswig-Holstein, puis le ferry).

Une lumière depuis le XIXe siècle

Je grimpe au sommet du mirador, là où tourne encore l’énorme lampe à miroirs en fonction depuis 1875, et mon oeil s’égare dans de vastes étendues de bruyères et de dunes mouchetées d’herbes folles. Une infinitude sablonneuse squattée par les oies et faisans sauvages, à quelques enjambées seulement des photogéniques Strandkörbe (corbeilles de plages) dont les baigneurs font leur range-tout autant qu’un bouclier contre vent et soleil. De la Mer du Nord aussi, les épidermes laiteux peuvent revenir brûlés.

Les plages sont répertoriées par catégorie, selon les aspirations sportives de chacun, laissant aux cyclistes et randonneurs l’alternative de sentiers ombragés, chiches en dénivelés, généreux en bio-diversité.

Tous les sports dans le vent

Echappant aux zones industrielles ou commerciales gâchant tant de littoraux méridionaux, l’arrière-pays se veut coquet: dans une belle cohérence architecturale, les maisonnettes de briques s’enogueillissent de leurs toits de chaume et de leurs impeccables jardins. Les roseraies domestiquées font la nique aux sauvages aubépines.

Petite soif. Je m’arrête dans l’un des innombrables salons de thé au décorum aussi sucré que les pâtisseries maison qu’on y déguste.

Charme cosy des salons de thé

Ce soir, je goûterai à l’une des innombrables déclinaisons des produits de la mer — par exemple au Neptun — en m’étonnant que les petites crevettes locales apprêtées à toutes les sauces s’appellent ici Krabben.

Moules fraîches à chaque repas

Je passerai la nuit dans un établissement familial présenté comme romantique — le Hüttmann — sympa, malgré ces pingreries hôtelières (comme la facturation séparée de l’accès Internet ou de la bouteille d’eau déposée en chambre) qui m’agaceront toujours.

L'offre hôtelière est assez large

Au final, je me dirai que cette destination-là peut constituer une lumineuse alternative à celles du Sud. Et peu importe si la météo germanique rappelle parfois celles de Bretagne ou d’Irlande: le plaisir vivifiant des embruns excuse ce caractère imprévisible. Le bikini n’a alors qu’à s’incliner — pas pour longtemps — devant l’anorak!

Revivez avec moi comme en vrai ce périple tonique!

A la découverte d’Amrum

De le 18. juin 2012 à 19.52  
Catégories: Géorgie, Récits de voyage

Quand on foule pour la première fois les pavés de Mtskheta, on est frappé par une chose: le calme qui y règne, Il y a un silence presque pesant et quand on parle on le fait à voix basse, pour ne pas déranger. Quel décalage avec Tbilissi et l’effervescence de Didube, la gare routière! C’est de là que partent la plupart des marshrutkas, ces mini-bus que l’on trouve partout dans les anciens pays soviétiques et qui suppléent au manque de transports en commun.

Mtskheta étant toute proche de Tbilissi (une trentaine de kilomètres), je ne me fais pas trop de souci. C’est une place bondée de véhicules, de kiosques vendant toutes sortes de choses, de petits cafés et d’étals de marché. Ça grouille de partout et vous n’aurez aucune difficulté à trouver un taxi privé qui vous emmènera jusque là, et vous fera voir les points d’intérêt locaux — prix à négocier à l’avance, bien évidemment — ou pour ceux qui ont envie de faire comme les Géorgiens, embarquer dans une marshrutka (1 lari par l’aller).
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Mtskheta, c’est un peu là où réside l’âme de la Géorgie. C’est ici que Sainte-Nino “la révélatrice” vint convertir les souverains d’Ibérie, l’un des royaumes précurseurs de la Géorgie, et ainsi en faire l’un des premiers pays ayant le christianisme comme religion d’état. Depuis le IVe siècle, c’est dans cette ville que se trouve le siège de l’église géorgienne.

Mtskheta est une ville inscrite au patrimoine de l’UNESCO. Et on voit bien que les Géorgiens ont voulu en faire un atout touristique majeur. Tout est immaculé et semble avoir été rénové tout récemment! Et calme. Trop calme! Le centre historique de la ville est tout petit et se concentre autour de son joyau: la Cathédrale de Svetitskhosveli.

Mtskheta, Svetitskhoveli

Le complexe est impressionnant et cette cathédrale a une particularité: elle est entourée de fortifications. Ce n’est certes pas un château-fort mais c’est bien la première fois que je vois une cathédrale protégée comme s’il s’agissait d’un poste militaire! Avant d’entrer, je passe prendre quelques renseignements au bureau d’information touristique, traverse la grande porte et me retrouve dans le complexe. Immédiatement, on se sent coupé du monde extérieur. Pas que Mtskheta soit la ville la plus trépidante qui soit, mais l’effet est immédiat. Même le groupe d’écoliers en excursion qui est entré avant moi se tient à carreau! La cathédrale est là… on la voit telle qu’elle fut construite au XIe siècle (même si l’ancienne église date du IVe). Son pauvre architecte, Arsukhidze, n’aurait pas eu le temps de la voir complétée. Une maison de Dieu certes, mais qui avait besoin de se défendre: dans un coin, on trouve le magasin où l’on entreposait la poudre et les armes!

Mtskheta, Svetitskhoveli J’entre finalement dans la cathédrale et suis immédiatement accueillie par un Jésus gigantesque, peint en fresque au bout de la nef. Il n’est pas d’époque. Il reste très peu de fresques originales, à cause des nombreux tremblement de terre. L’ambiance est recueillie. Un guide à voix basse donne quelques explications aux enfants qui vont ensuite baiser l’évangile, des dames allument des cierges à différentes icônes avant de plonger dans de profondes prières. La ferveur religieuse des Géorgiens, ce n’est pas pour rire, d’autant plus que je me trouve juste devant le trône du catholicos-patriarche de l’Église orthodoxe géorgienne.

Mtskheta, Svetitskhoveli
P1210685A la sortie de la cathédrale, les veuves et les musiciens sont là et attendent l’aumône… J’observe un vieux monsieur qui semble se donner à fond dans un chant doux et mélancolique qui vous saisit l’âme. Je lui demande s’il veut bien se faire prendre en photo et lui glisse quelques pièces.

La prochaine étape, c’est le monastère de Jvari. Pour y arriver, à part avoir un goût pour la marche, il faut un véhicule. Alors que je me dirige vers l’hôtel de ville de Mtskheta, un homme d”une cinquantaine d’années me tombe dessus: Alexander. Après pas mal de palabres, lui ne parlant pas anglais et moi ni géorgien, ni russe, nous convenons d’un prix pour me conduire jusque là-haut.

Mtskheta, Jvari Monastery

Depuis la route, impossible de louper le Monastère de Jvari! Perché sur sa colline solitaire, il surveille Mtskheta tel un ange gardien. Si Mtskheta est une ville sainte, alors Jvari est le saint des saints! Sainte-Nino y fit construire une église sur le lieu d’une croix faite de bois miraculeux. On y voit encore le socle octogonal en entrant dans l’église, couvert de fleurs et d’images saintes. L’église actuelle est très ancienne: elle date du VIe siècle, un âge d’or apparemment pour la jeune communauté chrétienne locale. Sur sa façade, on y trouve une des premières représentations de la croix géorgienne, qui orne encore le drapeau du pays.

Mtskheta, Jvari Monastery

Mtskheta, Jvari MonasteryL’intérieur est austère, presque nu, mais égayé par les cierges et les icônes. Par contre, je suis frappée par le recueillement qui y règne. Impossible de ne pas se laisser impressionner par l’atmosphère de l’église! Alexander me prend par le bras et me plante devant les icônes de Saint-Georges et de la Vierge et avec une douce autorité, me fait allumer un cierge. J’essaie tant bien que mal de me recueillir. Je prends quelques photos et Alexander m’emmène dehors admirer la vue.

Mtskheta, Jvari Monastery

Mtskheta apparaît dans toute sa splendeur, lovée à la confluence du fleuve Koura et de l’Araqvi. Alexander pointe la route et m’explique que d’un côté, c’est la route pour Erevan, de l’autre côté, c’est Bakou et plus loin encore, Téhéran… Une invitation presque, si je n’avais pas si peu de temps de libre!

Mtskheta, Gestsemane MonasteryAvant de rejoindre l’arrêt des marshrutkas, Alexander décide de me montrer l’église Gethsemane. On pourrait passer à côté sans la voir, cachée dans son jardin. Cette jolie petite église pimpante et remplie de fresques colorées, plutôt que de créer une distance avec le croyant, semble le rassurer. Ale a repris de nouveau des cierges. Il m’emmène devant l’autel où trône l’icône d’un Christ en bénédiction puis une icône de la Vierge… Une icône apparemment vénérée dans tout le pays. Nous allumons nos cierges, nous plongeons dans le silence un moment.
Mtskheta, Gestsemane Monastery

La visite finie, Alexander me conduit à l’arrêt de bus, et déjà habituée à la galanterie masculine géorgienne, je ne m’étonne pas qu’il attende avec moi la marshrutka et me mette quasi dedans. Nous nous serrons les mains et me voilà partie, emportant avec moi la paix de Mtskheta.

De le 11. juin 2012 à 16.46  
Catégories: Conseils, Croatie, Récits de voyage

Certaines villes distillent un subtil parfum de reviens-y, ce charme spécifique qui donne envie de les redécouvrir sous d’autres éclairages: Venise, Amsterdam, Prague, bien sûr. Mais aussi — pour moi, en tout cas — la belle Dubrovnik, sertie comme un joyau dans son écrin fortifié. Ma dernière visite à cette Perle de l’Adriatique — comme on la surnomme — datait d’une dizaine d’années. Le temps était gris, certaines façades conservaient encore les traces du terrible conflit qui l’avait détruite à 70% dans les années 90. La retrouver aujourd’hui totalement restaurée et sous un soleil radieux a de quoi flatter l’œil et réchauffer le cœur.

Rien de tel, lorsque la topographie le permet, que de gravir un point dominant pour embrasser toute une ville d’un seul regard. Par exemple, c’est ce que je conseillerais de faire en arrivant à Rio (Corcovado), à San Francisco (Twin Peaks) ou même Nice (colline du Château). A défaut de montagne, choisir un immeuble habilité à tutoyer les nuages, comme l’Empire State Building, les Petronas Towers ou Burj Al-Khalifa… vous savez où, n’est-ce pas?

Pour revenir à notre cité croate, une télécabine Swiss made mène à une vertigineuse plate-forme (avec cafétéria).

Le seul téléphérique de l'Adriatique

Autre option: la balade de 2 km les long des remparts. A effectuer de préférence le matin ou en fin de journée, pour une meilleure lumière et afin d’éviter les hordes de croisiéristes. Outre le coup d’œil qu’ils offrent sur les toitures admirablement restaurées, ces points de vue aériens permettent de repérer les lieux à visiter et de constater avec gratitude que toute la zone intra muros est piétonne. Suivez-moi sur ce parcours!

Plus qu’une envie, maintenant: explorer le site au niveau des pâquerettes, ou plus précisément de son admirable pavement de calcaire lustré. Miraculeuse fraîcheur d’un décor séculaire, successivement soumis aux influences gréco-romaines, byzantines, ottomanes et françaises — entre autres –, et pertinemment célébré pour son harmonie. Aux devantures des cafés, aucun parasol parrainé par quelque bière ou soda. Des lanternes font office d’enseignes.

Une visite de monument? Il n’y a que l’embarras du choix, entre le Palais du recteur, le Palais Sponza ou la cathédrale… entre autres. Votre guide ou la documentation fournie par le site officiel du tourisme local vous en dira plus. Moi, je vais de ce pas me ravitailler au marché quotidien, l’occasion de faire provision de produits du terroir.

Primeurs et autres liqueurs sur les étals

Aux boutiques de fringues mondialisées, je suggère de préférer celles qui font commerce d’artisanat. Les textiles brodés peuvent constituer de superbes cadeaux.

Artisanat croate

Un petit creux? J’ai déniché pour vous un endroit insolite, à quelques km seulement du centre ville: Ston, un petit village dominé par la seconde plus longue muraille — après celle de Chine – et dédié depuis des lustres à l’extraction du sel.  Mais c’est là, surtout, que l’on peut déguster les meilleures huîtres de la côte. Celles de l’Hôtel Vila Koruna sont fraîchement récoltées toutes les deux heures!

Les huîtres de la Vila Koruna

Puisqu’on en est à l’exploration des environs, je conseille une escapade dominicale à la bourgade de Cavtat, non loin de l’aéroport de Dubrovnik. Commencer par la petite église, dont les statues de la Vierge et des saints ont été conservées décapitées: touchant témoignage des actes iconoclastes commis par les Serbes il y a 20 ans, et nécessité de mémoire.

Devoir de mémoire

Plus réjouissant: traditionnellement, à l’issue de l’office, la population expose ce qu’elle a de meilleur sur la place municipale. Cette kermesse hebdomadaire ne propose pas seulement des friandises faites maison — confitures, écorces d’oranges au sucre, etc. — mais aussi des ouvrages de dames et surtout cette superbe démonstration de danses folkloriques que je vous ai gardée pour le dessert.

A bientôt sous le ciel croate!