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De le 18. juin 2012 à 19.52  
Catégories: Géorgie, Récits de voyage

Quand on foule pour la première fois les pavés de Mtskheta, on est frappé par une chose: le calme qui y règne, Il y a un silence presque pesant et quand on parle on le fait à voix basse, pour ne pas déranger. Quel décalage avec Tbilissi et l’effervescence de Didube, la gare routière! C’est de là que partent la plupart des marshrutkas, ces mini-bus que l’on trouve partout dans les anciens pays soviétiques et qui suppléent au manque de transports en commun.

Mtskheta étant toute proche de Tbilissi (une trentaine de kilomètres), je ne me fais pas trop de souci. C’est une place bondée de véhicules, de kiosques vendant toutes sortes de choses, de petits cafés et d’étals de marché. Ça grouille de partout et vous n’aurez aucune difficulté à trouver un taxi privé qui vous emmènera jusque là, et vous fera voir les points d’intérêt locaux — prix à négocier à l’avance, bien évidemment — ou pour ceux qui ont envie de faire comme les Géorgiens, embarquer dans une marshrutka (1 lari par l’aller).
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Mtskheta, c’est un peu là où réside l’âme de la Géorgie. C’est ici que Sainte-Nino “la révélatrice” vint convertir les souverains d’Ibérie, l’un des royaumes précurseurs de la Géorgie, et ainsi en faire l’un des premiers pays ayant le christianisme comme religion d’état. Depuis le IVe siècle, c’est dans cette ville que se trouve le siège de l’église géorgienne.

Mtskheta est une ville inscrite au patrimoine de l’UNESCO. Et on voit bien que les Géorgiens ont voulu en faire un atout touristique majeur. Tout est immaculé et semble avoir été rénové tout récemment! Et calme. Trop calme! Le centre historique de la ville est tout petit et se concentre autour de son joyau: la Cathédrale de Svetitskhosveli.

Mtskheta, Svetitskhoveli

Le complexe est impressionnant et cette cathédrale a une particularité: elle est entourée de fortifications. Ce n’est certes pas un château-fort mais c’est bien la première fois que je vois une cathédrale protégée comme s’il s’agissait d’un poste militaire! Avant d’entrer, je passe prendre quelques renseignements au bureau d’information touristique, traverse la grande porte et me retrouve dans le complexe. Immédiatement, on se sent coupé du monde extérieur. Pas que Mtskheta soit la ville la plus trépidante qui soit, mais l’effet est immédiat. Même le groupe d’écoliers en excursion qui est entré avant moi se tient à carreau! La cathédrale est là… on la voit telle qu’elle fut construite au XIe siècle (même si l’ancienne église date du IVe). Son pauvre architecte, Arsukhidze, n’aurait pas eu le temps de la voir complétée. Une maison de Dieu certes, mais qui avait besoin de se défendre: dans un coin, on trouve le magasin où l’on entreposait la poudre et les armes!

Mtskheta, Svetitskhoveli J’entre finalement dans la cathédrale et suis immédiatement accueillie par un Jésus gigantesque, peint en fresque au bout de la nef. Il n’est pas d’époque. Il reste très peu de fresques originales, à cause des nombreux tremblement de terre. L’ambiance est recueillie. Un guide à voix basse donne quelques explications aux enfants qui vont ensuite baiser l’évangile, des dames allument des cierges à différentes icônes avant de plonger dans de profondes prières. La ferveur religieuse des Géorgiens, ce n’est pas pour rire, d’autant plus que je me trouve juste devant le trône du catholicos-patriarche de l’Église orthodoxe géorgienne.

Mtskheta, Svetitskhoveli
P1210685A la sortie de la cathédrale, les veuves et les musiciens sont là et attendent l’aumône… J’observe un vieux monsieur qui semble se donner à fond dans un chant doux et mélancolique qui vous saisit l’âme. Je lui demande s’il veut bien se faire prendre en photo et lui glisse quelques pièces.

La prochaine étape, c’est le monastère de Jvari. Pour y arriver, à part avoir un goût pour la marche, il faut un véhicule. Alors que je me dirige vers l’hôtel de ville de Mtskheta, un homme d”une cinquantaine d’années me tombe dessus: Alexander. Après pas mal de palabres, lui ne parlant pas anglais et moi ni géorgien, ni russe, nous convenons d’un prix pour me conduire jusque là-haut.

Mtskheta, Jvari Monastery

Depuis la route, impossible de louper le Monastère de Jvari! Perché sur sa colline solitaire, il surveille Mtskheta tel un ange gardien. Si Mtskheta est une ville sainte, alors Jvari est le saint des saints! Sainte-Nino y fit construire une église sur le lieu d’une croix faite de bois miraculeux. On y voit encore le socle octogonal en entrant dans l’église, couvert de fleurs et d’images saintes. L’église actuelle est très ancienne: elle date du VIe siècle, un âge d’or apparemment pour la jeune communauté chrétienne locale. Sur sa façade, on y trouve une des premières représentations de la croix géorgienne, qui orne encore le drapeau du pays.

Mtskheta, Jvari Monastery

Mtskheta, Jvari MonasteryL’intérieur est austère, presque nu, mais égayé par les cierges et les icônes. Par contre, je suis frappée par le recueillement qui y règne. Impossible de ne pas se laisser impressionner par l’atmosphère de l’église! Alexander me prend par le bras et me plante devant les icônes de Saint-Georges et de la Vierge et avec une douce autorité, me fait allumer un cierge. J’essaie tant bien que mal de me recueillir. Je prends quelques photos et Alexander m’emmène dehors admirer la vue.

Mtskheta, Jvari Monastery

Mtskheta apparaît dans toute sa splendeur, lovée à la confluence du fleuve Koura et de l’Araqvi. Alexander pointe la route et m’explique que d’un côté, c’est la route pour Erevan, de l’autre côté, c’est Bakou et plus loin encore, Téhéran… Une invitation presque, si je n’avais pas si peu de temps de libre!

Mtskheta, Gestsemane MonasteryAvant de rejoindre l’arrêt des marshrutkas, Alexander décide de me montrer l’église Gethsemane. On pourrait passer à côté sans la voir, cachée dans son jardin. Cette jolie petite église pimpante et remplie de fresques colorées, plutôt que de créer une distance avec le croyant, semble le rassurer. Ale a repris de nouveau des cierges. Il m’emmène devant l’autel où trône l’icône d’un Christ en bénédiction puis une icône de la Vierge… Une icône apparemment vénérée dans tout le pays. Nous allumons nos cierges, nous plongeons dans le silence un moment.
Mtskheta, Gestsemane Monastery

La visite finie, Alexander me conduit à l’arrêt de bus, et déjà habituée à la galanterie masculine géorgienne, je ne m’étonne pas qu’il attende avec moi la marshrutka et me mette quasi dedans. Nous nous serrons les mains et me voilà partie, emportant avec moi la paix de Mtskheta.

De le 11. juin 2012 à 16.46  
Catégories: Conseils, Croatie, Récits de voyage

Certaines villes distillent un subtil parfum de reviens-y, ce charme spécifique qui donne envie de les redécouvrir sous d’autres éclairages: Venise, Amsterdam, Prague, bien sûr. Mais aussi — pour moi, en tout cas — la belle Dubrovnik, sertie comme un joyau dans son écrin fortifié. Ma dernière visite à cette Perle de l’Adriatique — comme on la surnomme — datait d’une dizaine d’années. Le temps était gris, certaines façades conservaient encore les traces du terrible conflit qui l’avait détruite à 70% dans les années 90. La retrouver aujourd’hui totalement restaurée et sous un soleil radieux a de quoi flatter l’œil et réchauffer le cœur.

Rien de tel, lorsque la topographie le permet, que de gravir un point dominant pour embrasser toute une ville d’un seul regard. Par exemple, c’est ce que je conseillerais de faire en arrivant à Rio (Corcovado), à San Francisco (Twin Peaks) ou même Nice (colline du Château). A défaut de montagne, choisir un immeuble habilité à tutoyer les nuages, comme l’Empire State Building, les Petronas Towers ou Burj Al-Khalifa… vous savez où, n’est-ce pas?

Pour revenir à notre cité croate, une télécabine Swiss made mène à une vertigineuse plate-forme (avec cafétéria).

Le seul téléphérique de l'Adriatique

Autre option: la balade de 2 km les long des remparts. A effectuer de préférence le matin ou en fin de journée, pour une meilleure lumière et afin d’éviter les hordes de croisiéristes. Outre le coup d’œil qu’ils offrent sur les toitures admirablement restaurées, ces points de vue aériens permettent de repérer les lieux à visiter et de constater avec gratitude que toute la zone intra muros est piétonne. Suivez-moi sur ce parcours!

Plus qu’une envie, maintenant: explorer le site au niveau des pâquerettes, ou plus précisément de son admirable pavement de calcaire lustré. Miraculeuse fraîcheur d’un décor séculaire, successivement soumis aux influences gréco-romaines, byzantines, ottomanes et françaises — entre autres –, et pertinemment célébré pour son harmonie. Aux devantures des cafés, aucun parasol parrainé par quelque bière ou soda. Des lanternes font office d’enseignes.

Une visite de monument? Il n’y a que l’embarras du choix, entre le Palais du recteur, le Palais Sponza ou la cathédrale… entre autres. Votre guide ou la documentation fournie par le site officiel du tourisme local vous en dira plus. Moi, je vais de ce pas me ravitailler au marché quotidien, l’occasion de faire provision de produits du terroir.

Primeurs et autres liqueurs sur les étals

Aux boutiques de fringues mondialisées, je suggère de préférer celles qui font commerce d’artisanat. Les textiles brodés peuvent constituer de superbes cadeaux.

Artisanat croate

Un petit creux? J’ai déniché pour vous un endroit insolite, à quelques km seulement du centre ville: Ston, un petit village dominé par la seconde plus longue muraille — après celle de Chine – et dédié depuis des lustres à l’extraction du sel.  Mais c’est là, surtout, que l’on peut déguster les meilleures huîtres de la côte. Celles de l’Hôtel Vila Koruna sont fraîchement récoltées toutes les deux heures!

Les huîtres de la Vila Koruna

Puisqu’on en est à l’exploration des environs, je conseille une escapade dominicale à la bourgade de Cavtat, non loin de l’aéroport de Dubrovnik. Commencer par la petite église, dont les statues de la Vierge et des saints ont été conservées décapitées: touchant témoignage des actes iconoclastes commis par les Serbes il y a 20 ans, et nécessité de mémoire.

Devoir de mémoire

Plus réjouissant: traditionnellement, à l’issue de l’office, la population expose ce qu’elle a de meilleur sur la place municipale. Cette kermesse hebdomadaire ne propose pas seulement des friandises faites maison — confitures, écorces d’oranges au sucre, etc. — mais aussi des ouvrages de dames et surtout cette superbe démonstration de danses folkloriques que je vous ai gardée pour le dessert.

A bientôt sous le ciel croate!

De le 30. mai 2012 à 11.50  
Catégories: Inde, Pakistan, Récits de voyage, Thaïlande, Vietnam

Chez nous, l’usage du klaxon est strictement réservé aux cas d’urgence, ou toléré pour célébrer un heureux événement, mariage ou match de foot. Mais ailleurs comme par exemple en Asie, il en est tout autrement. Le voyageur qui débarque pour la première fois au Vietnam, en Thaïlande, au Pakistan ou en Inde sera vraiment surpris par cette pollution sonore. Au début, on s’en amuse, à la longue on s’en lasse jusqu’à rêver aux parcours silencieux sur nos routes.

Je me souviens de mon premier choc culturel, s’agissant de klaxon. Je débarque un jour au Pakistan et la personne qui vient me chercher à l’aéroport paraît très à l’aise dans le chaos de cette circulation frénétique et bruyante. Je me suis dit: jamais je n’arriverais à conduire dans ce désordre! Mais une semaine plus tard, je faisais comme tout le monde: je klaxonnais à qui mieux mieux pour dégager ma route et avertir de mon passage piétons, cyclistes, charrettes tirées par des ânes ou des bœufs et même chameaux marchant en file indienne sur le bord de la route. Comme c’est la loi du plus fort, j’étais heureuse de conduire le 4×4 d’une ONG occidentale et pas un vélo!

Homeward Bound

Des années plus tard, j’arrive au Vietnam, peut-être le pays d’Asie où les klaxons sont les plus bruyants! Ici, on klaxonne pour tout, le conducteur vietnamien a le klaxon facile. Il faut dire que les règles de circulation ne sont guère respectées ou alors, comme me disait un chauffeur, “c’est pour les étrangers”! Les conducteurs vietnamiens klaxonnent pour

  • dégager le passage
  • signaler leur arrivée
  • pour faire peur à plus petit que soi
  • saluer un ami ou de la famille
  • d’obscures raisons connues que d’eux!

En Thaïlande aussi, les chauffeurs klaxonnent pour tout et pour rien, surtout pour rien aux yeux des touristes! Mais grâce à cet article on en sait un peu plus sur cet art de conduire! Les chauffeurs de bus Thaïs klaxonnent pour

  • se saluer entre eux
  • signaler leur passage
  • témoigner leur respect pour le Bouddha sans avoir à lâcher le volant pour effectuer le wai.
  • quand il n’y a ni temple ni automobiliste et qu’il s’agit d’un endroit dangereux, le conducteur demande aux esprits de les laisser en vie!

Ces coutumes sont certes charmantes, mais elles indiquent la plupart du temps que le code de la route n’est pas respecté, souvent par ignorance de son existence ou par bravoure!

Dans quel pays klaxonne-t-on le plus selon vous? Dites-le nous en commentaire ou sur la page Facebook de ebookers.ch

Voir aussi

De le 27. mai 2012 à 8.57  
Catégories: Géorgie, Récits de voyage

Dans les mots immortels de Britney Spears: “Oops, I Did It Again!”. En battant le pavé défoncé de la vieille ville de Tbilissi, je réalise qu’une fois de plus, je voyage dans un pays où, il y a encore quelques mois, je n’aurai jamais pensé mettre les pieds. Enfin, je veux dire par là que la Géorgie n’était pas dans le top de mes destinations favorites.

Plus maintenant.

TbilisiIl fait chaud et je marche à l’ombre! Je me rends compte que je suis dans une des parties les plus anciennes de la ville, sur une petite colline qui descend graduellement vers le fleuve Koura qui découpe la ville en deux. Les vieilles demeures se succèdent, souvent très belles, souvent dans un état de ruines, rongées comme un fromage grignoté par une souris, comme décapées par la lèpre ou carrément explosées comme si une bombe leur était tombée dessus. Les tremblements de terre mais aussi les années de négligence du communisme, puis celles de misère et de conflits intérieurs qui ont miné l’indépendance, ne sont pas étrangères à ce délabrement. C’est triste, mais en même temps ça contribue à l’atmosphère si particulière de la vieille ville.

Tbilisi

Pas une maison qui n’ait son balcon: en fer forgé, en pierre ou en bois, qu’importe, pourvu qu’il y en ait un. Ils donnent tout son cachet à la ville… Première étape: La Place de la Liberté! Un point de référence qui deviendra crucial dans mon orientation et qui est un peu le centre non-officiel de la ville. Sur une colonne, un Saint-Georges doré chevauche fièrement un fougueux destrier et donne l’estocade au dragon… Et forcément le co-patron du pays avec Sainte-Nina, la civilisatrice, celle qui apporta le christianisme au Royaume de la Toison d’or.

Tbilisi

Pour le moment, je laisse la Place de la Liberté et m’engage sur Rustaveli, l’avenue la plus classe de la ville, celle où se trouvent les bâtiments publics les plus importants: le Parlement, différentes divisions du Musée National Géorgien, le Théâtre Rustaveli, l’Eglise Kashveli… Des bars et des restaurants la bordent, peut-être un peu trop bruyants à cause du trafic? En soi, rien de bien particulier pourtant. Cette avenue aux bâtiments classiques s’étire jusqu’à une belle place où se trouvent une station de métro et la Place de la Révolution des Roses, celle qui a mis l’actuel président Saakatchvili au pouvoir et qui marqua, du moins symboliquement, la coupure avec l’héritage communiste.

Sur le chemin, c’est une suite ininterrompues de travaux: les routes, immeubles, centre commerciaux, monuments… tout est en construction ou reconstruction. Tbilissi change de peau et bien entendu, pendant la mue immobilière, y’a de la poussière; il faut aussi être prête à l’affronter à Tbilissi!

Tbilisi

A partir de là, c’est assez facile de rejoindre le Mont Mtatsminda, du moins la moitié de la colline jusqu’à l’église Mamadaviti. Tout en haut, c’est la tour de la télé géorgienne qui surplombe toute la ville, le premier monument aperçu la nuit de mon arrivée. Impossible de la manquer alors qu’elle scintille comme un arbre de Noël! Je commence à monter… Je vais vite découvrir qu’à Tbilissi, il faut de bonnes jambes et du souffle! La ville est construite sur les collines qui entourent la rivière, les rues montent et descendent donc selon le relief. J’arrive enfin à l’église. Elle n’est pas particulièrement vieille mais de là-haut, la vue est superbe! A côté de l’église, c’est le Panthéon des écrivains géorgiens… De grands noms de la littérature, inconnus pour moi malheureusement, reposent sous des tombes monumentales, abrités sous les cyprès avec la capitale à leurs pieds pour l’éternité. Leur repos est à peine troublé par une famille sortant de l’église à l’issue d’un baptême. Après tout, les pas des popes orthodoxes semblent bien légers!

Tbilisi

Le soir commence à tomber… En me baladant sans carte, je finis par rejoindre le pont Metekhi et passer de l’autre côté de la rivière. Les nuages sont presque tous partis et l’eau prend la couleur du ciel. Parallèle au vieux pont, il y a l’un des symboles du nouveau Tbilissi, le Bridge of Peace, un grand pont piétonnier en verre qui ressemble à un animal marin et dont les milliers de LEDs forment des vagues lumineuses sur ses flancs… Avant de l’emprunter, je parcours le parc de Rike. Encore inachevé, ce parc est là pour montrer la vitalité de la capitale de Géorgie, son envie de neuf. Je m’assieds sur un galet géant et observe les centaines de badauds profitant de la fraîcheur de l’air du soir, se faufilant entre les artistes de rue et les grands-mères qui vendent des ballons. Une musique retentit: ce sont les fontaines musicales qui démarrent… Un peu plus loin, un piano géant, stylisé, dont la mise en place n’est pas encore complète, et des morceaux de parc encore en construction. Cela renforce mon impression d’être arrivée au beau milieu d’une période de transition… Je repense à la vieille ville, rongée par l’abandon et oubliée. Quand je traverse ce pont de rêve, auréolée par les mouvements lumineux de ses ampoules, je me dis que oui, il va falloir revenir. Plus tard. Pour voir le nouveau visage de Tbilissi.

De le 23. mai 2012 à 13.55  
Catégories: Hong Kong / Macau, Récits de voyage

Pas besoin de connaître sa signification –”Port aux parfums”– pour que le nom de Hong Kong suscite à lui seul l’irrésistible envie de boucler sa valise. C’est un peu comme Zanzibar, Samarkand ou Pondichéry, dont l’évocation suffit à réveiller toute une imagerie de lointains comptoirs épicés. Hong Kong, donc.

Comme à Bangkok, l’amateur de frissons coloniaux aura peut-être du mal à nourrir ses fantasmes dans la forêt de gratte-ciels que la mondialisation a fait pousser sur les anciens quartiers traditionnels. Mais il faudrait être de bien mauvaise foi pour ne pas se sentir dépaysé dans cet univers rappelant la Metropolis de Fritz Lang ou le Blade Runner de Ridley Scott.

La baie de Kowloon

J’aime m’y balader la nuit, quand la mégapole fait scintiller ses buildings d’une myriade de lucioles. C’est la promenade habituelle des Hongkongais le soir et des jeunes mariés pour la traditionnelle photo face à la baie. Je m’amuse de repérer l’orientation des constructions, lesquelles obéissent presque toutes aux lois du feng shui (art d’aménager les lieux de vie et de travail né en Chine il y a plus de 4000 ans, véritablement enraciné à Hong Kong). La tour de la Bank of China a la mauvaise réputation de provoquer les dragons, en raison de ses lignes en X et angles trop vifs.

De la table luxueuse…

Plus d’un tiers de la population croirait à la force du feng shui, souvent incarnée par un couple de lions — femelle et mâle, yin et yang — montant la garde à l’entrée des établissements financiers et hôtels pour en assurer la prospérité.

Les fauves de pierre ne me dissuaderont pas de franchir le seuil du Mandarin Oriental pour tester la table la plus étoilée de la place: celle du Man Wah, dont la cuisine cantonaise relègue nos restaurants dits chinois au rang de fast food. Cela dit, je n’ai rien contre les cantines locales, lesquelles débitent à l’envi le traditionnel canard laqué, souvent exquis à même le trottoir!

…à la cantine sur le trottoir

Le riz, que l’on associe en général aux mets asiatiques, est de plus en plus considéré par les nantis comme une nourriture de pauvre. On le garde donc souvent pour la fin du repas, et il est fréquent que l’on ne finisse pas son bol. Cette attitude peut aussi venir du signal de fin de repas, généralement donné par celui qui régale… et parfois un peu précipitamment !

L’un des rendez-vous des expatriés anglo-saxons

Promenade digestive. Pour rien au monde je ne manquerais le plus long escalier mécanique extérieur du monde, qui, à quelques minutes du Mandarin, monte vers les quartiers riches des Mid-Levels.

Une certaine “Maomania” agite les échoppes

Gratuit, le parcours offre une vue plongeante sur les mille et un bars et boutiques des quartiers tendance.

Le Yorkshire Pudding est très couru pour ses fish & chips. Mais serait-ce bien raisonnable, en sortant de table ? Un verre suffira!

Surtout ne pas oublier, à la sortie, d’acheter pour les copains l’un de ces souvenirs ramenant à la période de Mao, et dont les Occidentaux raffolent.

Il n’y a que l’embarras du choix, de la figurine un peu kitch à la toile d’artiste contemporain, souvent à l’honneur dans les galeries huppées.

Un air de Broadway

Quand Hong Kong se donne des allures de Times Square, la Suisse n’est pas absente du show. Vous pourrez vous amuser à dresser l’inventaire de toutes les marques assurant la promotion du luxe helvétique sur affiches géantes. Les mêmes figurent sur les fameux trams à étage, une exclusivité de la mégapole.

Vous me suivez pour une immersion au coeur de leur réseau, juste avant de nous envoler vers d’autres destinations?

Les trams de Hong Kong, vedettes du bitume

De le 13. mai 2012 à 6.47  
Catégories: Espagne, Récits de voyage

A mes yeux, la capitale espagnole mérite mieux qu’un simple transit de son aéroport à des destinations plus lointaines, sud-américaines en particulier. Bien sûr, j’éviterais de m’y balader en plein été, quand les Madrilènes eux-mêmes se plaignent d’y suffoquer. Mais printemps et automne sont des saisons idéales pour découvrir –même à pied — les principales attractions de la ville. Du côté de Gran Via, la ville révèle ce qu’elle a de plus cossu et quelques reliques de lieux plus interlopes où Hemingway aimait s’encanailler.

L'immeuble Métropolis, l'un des emblèmes de la capitale

Avant-garde

A deux pas, le quartier de Chueca est à Madrid ce que le Marais est à Paris: le fief des boutiques tendance, souvent très gaies… Je m’amuse d’y croiser des “fashionistas” en délire et garde le nez en l’air pour admirer les “cristaleras”, ces balcons à fenêtres qui ornent les façades.

L’offre muséographique est immense, qu’il s’agisse du Centro de Arte Reina Sofia, du Thyssen-Bornemisza ou de l’incontournable Prado qui pourrait se comparer au Louvre pour la richesse de ses collections. Je m’y focalise sur les toiles de Goya, qui révèlent une technique éblouissante, dans tous les sens du terme. A Paris, personne ne manquerait la Joconde. Ici, c’est Vélasquez qui constitue le must, avec ses “Ménines”.

Bousculade face à l'un des chefs-d'oeuvre de Vélasquez

Petit creux

Au paradis des tapas, je me contente volontiers de petits en-cas. Les meilleurs se dégustent au Marché de San Miguel, superbe édifice Années folles judicieusement réhabilité et où les charcutiers débitent leur fameux jambon Pata Negra, irrésistible gourmandise.

Le terroir à l'honneur au Marché san Miguel

Me voici donc réconforté pour arpenter le quartier des affaires, à l’architecture résolument contemporaine.

Madrid la contemporaine fait appel aux stars de l'architecture

Pied-à-terre

La gamme hôtelière madrilène allant de la pension pour routard au palace cinq étoiles, chacun peut s’y loger selon son budget. Qui souhaite conjuguer le meilleur rapport qualité-prix et l’excellence de l’emplacement pourrait bien poser ses valises au tout nouvel Ibis Las Ventas, pour moins de CHF 100.- la nuit.

Un nouvel hôtel pratique et fonctionnel

J’apprécie d’y bénéficier du wifi gratuit pour vous envoyer ces impressions et j’admire, de ma fenêtre, les grandes arènes madrilènes. Pour les voir de plus près, suivez-moi avec la vidéo ci-dessous!

De le 1. mai 2012 à 18.38  
Catégories: Récits de voyage, Suisse

Savez-vous qu’on mange très bien en Valais? Je reviens d’un séjour en Valais central, durant lequel j’ai eu l’occasion de mettre à jour mon carnet d’adresses de restaurants. En voici une sélection pour les petites et grandes occasions. Pour les prix, voir les fiches de chaque restaurant sur iTaste.

La Cambuse Vétroz

Bonne cuisine italienne variée, idéal pour les familles. J’ai mangé des pâtes, bonne cuisson et bien assaisonnées. Il faudra que j’y revienne en automne, pour la brisolée ;-)

Chez Peppone à Fully

C’était un samedi soir, il pleuvait à verse, il faisait froid. Réservation de dernière minute, nous avons arraché la dernière table et les 5 dernières pizzas! De quoi craindre le flop, et bien pas du tout: c’est la meilleure pizza que j’aie mangé depuis longtemps, avis partagé par les personnes qui m’accompagnaient. La pâte était fine et croquante à souhait, la garniture juste “comme il faut”, le jambon de Parme finement coupé, la roquette pas trop abondante et fraîche . Le service était très souriant et attentionné. Il est prudent de réserver, surtout le soir en fin de semaine.

 

Chez Madame à Chamoson

Cela faisait des siècles que je n’étais pas entrée dans ce café! J’avais déjà eu la chance de goûter au service traiteur de Joseph Lalue, excellent. Là, j’ai pris un plat du jour tout simple, mais très bon! Coin brasserie séparé du restaurant. Très bonne cuisine française. Vaut largement le détour, belle cartes des vins à explorer lorsqu’on ne doit pas conduire après le repas!

Atelier Gourmand de Marie-Amélie, Vétroz

Situé en bordure de la route cantonale, dans la zone industrielle, la déco intérieure de ce restaurant vaut le détour: mélange de brocante, cave à vins, trésors cachés, c’est vraiment spécial. Bonne cuisine traditionnelle, larges portions. J’ai mangé un excellent velouté d’asperges suivi d’un osso buco et risotto. Belle carte des vins, juste l’embarras du choix!

La Ferme-Asile à Sion

Le restaurant de ce centre artistique et culturel fut une très bonne découverte. Carte créative avec des cuisines “exotiques”, une belle terrasse et jardin pour les beaux jours, et plus rare, un accès WIFI gratuit dans tout l’espace du restaurant! Ambiance décontractée, service sympa et attentionné. J’ai dégusté un tartare des îles avec lait de coco et mangues, accompagné d’une très bonne petite salade et d’excellentes frites. Possibilité de commander des petites portions pour les petits appétits. Belle carte des vins! Sans oublier le dessert: un sorbet abricot arrosé d’abricotine, ça faisait des années que j’en avais plus goûté d’aussi bonne!

Da Vinci, place du Midi à Sion

Sur la très belle place du Midi à Sion, un jour de beau temps, en terrasse, un excellent restaurant italien de la plus pure tradition. J’y ai dégusté des lasagnes, “comme à la maison”, avec de la viande coupée en morceaux, très bien assaisonnées, un régal. Les vins italiens sont excellents, servis au verre. Belle carte de desserts italiens, le tiramisu est divin!

Zenhäusern Place du Midi, Sion

“Chez Zen” est devenu ma cantine le temps de mon séjour en Valais! D’abord parce qu’on peut y manger à n’importe quelle heure dans la journée et parce que leurs plats sont très bons. Service sympathique et rapide, malgré l’affluence. J’aime beaucoup leurs club sandwiches nordiques, pain grillé juste à point, avec saumon et concombre. Les enfants trouveront des crèpes sucrées ou salées. D’excellentes salades variées, à déguster sur la terrasse ensoleillée, en zone piétonne de Sion. Ne repartez pas sans emporter un pain à l’épeautre ou un pain de seigle valaisan, délicieux. 

Kudeta, vieille ville de Sion

Arrivées tardivement à Sion, sans avoir réservé, un samedi soir, pas évident de trouver une place dans un restaurant de la vieille ville! Les torches allumées devant l’entrée du Kudeta nous ont attirées, une table se libérait, nous sommes entrées dans ce restaurant à l’air chic et branché. Hautes tables et chaises, déco design. Petite carte de mets dont certains “exotiques”, vins au verre. J’ai choisi un “Wok de poulet, nouilles et petits légumes croquants à la Tahitienne” (légèrement trop grasses), mon accompagnatrice des coquilles Saint-Jacques (un poil trop froides). Des assiettes de très bons desserts variés, joliment présentés. Vers 22 heures, on baisse les lumières et on monte le son! Une bonne adresse pour un samedi soir!

Buffet de la Gare à Saint-Pierre-de-Clages

Pour une soirée d’exception, réservez dans ce très joli café-restaurant, vous serez enchantés! Carte de saison, en ce moment c’est la saison des asperges, ne vous en privez pas! J’ai mangé une excellente soupe de poisson, goûteuse à souhait, suivie par un carpaccio de thon au gingembre, délicieux! D’excellents sorbets en dessert. Belle carte de vins. A découvrir! J’y reviendrai.

De le 30. avril 2012 à 23.50  
Catégories: Etats-Unis, Récits de voyage

Pieuse, ordonnée, active, pimpante et légèrement inquiétante: ce sont les impressions que me laisse mon passage à Salt Lake City.

Salt Lake a deux côtés: celle des grandes villes de l’Ouest américain, tournées vers la nature et l’extérieur. On y croise de grands gars tatoués accompagnés de leur planche de snowboard ou des jeunes filles athlétiques, rollers aux pieds. Après tout, Salt Lake, aux pied des Rocheuses, fut ville olympique! La neige abondante apportée par la proximité Grand Lac Salé en fait une destination de choix pour les skieurs. Pas moins de 4 stations sont facilement accessibles, sans compter la prestigieuse Park City où se tient chaque année le festival de cinéma indépendant Sundance.

C’est la plus libérale des villes dans un Etat plutôt conservateur… car comment évoquer Salt Lake City sans ses fondateurs, les Mormons? Encore aujourd’hui, ils forment la moitié de la population de la ville. Impossible de manquer les missionnaires de l’Eglise des Saints des Derniers Jours qui vous abordent directement pour discuter dès que vous pénétrez dans Temple Square, qui est un peu le Vatican mormon. En costume soigné et cheveux courts pour les hommes, en chemisier et jupes longues pour les femmes, toujours avec une broche, leur nom et leur statut dans l’église sur le côté droit de la poitrine. Tous sont souriants et ne s’offusquent pas de vos “Non madame, je trouve tout cela intéressant mais je n’ai pas besoin qu’un frère ou une sœur viennent me rendre une visite à domicile pour m’expliquer l’amour de notre Père Céleste, merci”. Courtois, modestes, sobres, travailleurs et craignant Dieu: telles sont les vertus qu’on leur prête.

Comparée à sa grande (en taille) sœur la plus proche, Denver, Salt Lake semble toute neuve, toute fraîche sortie de terre, pourtant, elle en est l’aînée de 10 ans!

Au cœur de la ville, il y a donc Temple Square, vraie cité dans la ville où sont regroupées toutes les institutions mormones. Tout y est monumental, à commencer par le Temple lui-même où les non-initiés ne peuvent entrer. Même le croyant de base n’y a pas accès! Le centre de conférences, le bâtiment administratif qui doit bien faire une trentaine d’étages, tout y est gigantesque! Et partout s’étalent les petites déclarations à la gloire de Dieu, de Joseph Smith le prophète assassiné, et de Brigham Young, le pionnier qui prit la tête du groupe de fidèles afin de fuir les féroces persécutions dont ils étaient victimes. Brigham Young qui aurait vu cette vallée barrée de montagne en rêve, afin d’y créer un nouvel Eden.

Dans le centre d’information, de monumentales peintures hyper-réalistes représentent les moments de la vie de Jésus, des scènes bibliques… Un Jésus au visage, aux cheveux, et aux yeux pâles qui me met étrangement mal à l’aise. Le Tabernacle, par contre, est plus rassurant. Cette grande salle de concert est un des endroits les plus visités de Salt Lake, pour son splendide orgue et la qualité de sa chorale qu’on peut voir en répétition chaque semaine.

Aucune visite à Salt Lake n’est complète sans un petit tour à la Bibliothèque des Familles, la plus importante source de documents généalogiques au monde. Pourquoi? Les Mormons croient à la continuité de la famille après la mort. Eh oui… que vous le vouliez ou non, les membres les plus encombrants de votre famille vous serons éternellement liés dans l’au-délà. Les missionnaires mormons y veillent en allant de part le monde répertorier les registres des églises, d’état civil, etc. afin de “lier” les membres d’une famille les uns aux autres. A part un intérêt pour les fans de généalogie (qui font souvent le voyage exprès pour cela), cette croyance fait office de vocation de sauvegarde de patrimoine, puisque tout est sauvegardé sur micro-film, et qu’en cas de désastre dans les lieux d’origine des documents, une copie existe dans un autre lieu.

Un peu impressionnée, je pousse les grandes portes de la bibliothèque. Sous la conduite bienveillante de “l’Elder” Withlock, je fais mes petites recherches familiales. Il se trouve que des missionnaires sont passé dans le village natal de mes grands-parents. Malheureusement, les documents d’état civil sont trop vieux pour y retrouver même mes arrières grands-parents. Il faudra réessayer plus tard en ligne.

La prochaine étape, c’est un tour par les collines qui surplombent la ville.  Sur une plaque, je lis à peu près ceci: “C’est ici que Brigham Young aperçut la vallée et dit: ‘Voici l’endroit. Faites rouler vos chariots.’” Plutôt que le rêve, j’imagine que devant ce mur de roches, il avait dû se dire… “J’en ai marre, ça a l’air bien ici, en plus, y’a personne… On s’installe.”

Et on comprend qu’ils aient décidé de ne pas aller plus loin quand on contemple l’immensité désolée du Grand Lac Salé! Nous sommes au coeur de l’automne et avec ses rares visiteurs, sa maison de la plage aux volets clos et ses mouettes criant à tue-tête dans un calme assourdissant, il est impossible de ne pas être saisi par une énorme vague de mélancolie!

Arrivée à une plateforme, j’admire le spectacle d’une énorme plage désolée et croûtée de sel. A l’ouest, le soleil noie les montagnes dans ses rayons, au nord, une brume brouille l’horizon et confère au lac une touche de mystère. A l’est, les montagnes d’une île rosissent. Peut-être est-ce de froid? Un petit vent annonciateur de la nuit commence à se lever. Je descends vers le sable. J’apprends vite que les zones claires sont les plus solides sous mes talons. Les cheveux au vent, je marche sur un sol empoisonné de sel. La moindre petite branche qui a atterri là au gré du vent est cristallisée!

Parlant de cristaux, voilà un bel amas qui dépasse. Je le déterre soigneusement… et y trouve des algues qui s’y sont accrochées! Encore un exemple de la résilience de la vie, me dis-je, tandis qu’un petit voilier file sur un lac devenu miroir tant il est calme. Le bateau glisse sans bruit comme un fanôme. Quand j’arrive sur la berge, même pas une vaguelette! Je trempe mes doigts dans l’eau, étrangement tiède pour un mois de novembre, et reste accroupie un moment à regarder le vol d’une mouette.

De le 30. avril 2012 à 10.37  
Catégories: Hong Kong / Macau, Récits de voyage

Ah Macao! J’aurais aimé te consacrer plus de temps, mais j’ai été prise de court, ma foi (et je ne vais pas m’en plaindre)! D’ailleurs si cela n’avait pas été pour un prince plutôt charmant, m’y ayant escorté sur son cheval blanc (un ferry tout fringant) j’aurais pu t’ignorer.

Mais j’avais un vol à y prendre, à Macao. Et puis le prince en question avait pris les choses en main, aussi. Alors me voilà, à courir tes rues à moitié portugaises, à moitié chinoises, tes rues qui nous ressemblaient finalement beaucoup, au prince et moi.

À Macao, en long et en large

Des rues joliment pavées, au décor subtil et à la beauté classique, aux monuments clignotants, clinquants, impressionnants.

De la vétusté des restaurants de rue, où tout se pique du bout des baguettes, au poulet à la portugaise à déguster dans un cadre romantique, avec couteau-fourchette.

Le poulet à la portugaise de Macao

Le poulet à la portugaise de Macao

De la tranquillité et du charme d’une promenade, au coeur de la ville, à l’effervescence colorée et l’effusion de chance (et de malchance) des casinos.

Le casino Gran Lisboa à Macao

Tout est en contrastes, intense.

Une nuit toute en lumières

Le prince a réservé un hôtel de grande classe. Il y a, à l’intérieur, un casino et une fontaine toute colorée qui virevolte en lumières et en couleurs à chaque heure, amassant une foule de curieux: c’est une overdose de kitsch.

Au casino Galaxy de Macao: on s'habille en rouge, cela porte chance.

La chambre est magnifique et, sans l’ombre d’un doute, à la hauteur d’une princesse. On peut regarder  la télévision assis en prenant le bain, ou même la douche, grâce aux haut-parleurs fixés dans la salle de bain. Lit et chaises prennent nos formes, confortables.

Et puis, le casino. C’est ma première fois! Comme d’habitude, je débarque avec ma foule de clichés romanesques (hollywoodesques? corinnesques?) auxquels je donne d’entrée de bons coups de pied. Il y a là, assises aux machines à sous, une foule de petites dames solitaires et déterminées qui pourraient être ma mère (si elles n’avaient pas les yeux bridés).

Le prince tient à me montrer le casino le plus ancien (le plus authentique!) de Macao. Nous voilà donc au Gran Lisboa, qui n’a rien à envier aux LEDs tout neufs de son voisin géant. Car au Gran Lisboa, c’est le coeur de Macao qui vous saute à la figure.

L'ancêtre Casino Lisboa à côté du plus jeune Gran Lisboa

En entrant dans la salle aux cartes circulaire, le souffle se coupe: elle est impressionnante! Les tables et les joueurs envahissent tout l’espace de leur personne, de leurs exclamations: c’est un vrai brouhaha, c’est plein d’énergie, ça bouillonne, ça crie, ça caquète. Les employés qui distribuent les cartes, stoïques, en semblent dépourvus d’humanité.

Et puis à l’extérieur du cercle de jeu, c’est un vrai manège qui a lieu. De grandes filles, aux décolletés plongeants et aux regards provocateurs, font des allers-retours en demi-cercle. Elles font semblant de se promener, et dès qu’elles sont hors de vue, hop! elles repartent pour un autre demi-cercle.
Une foule d’hommes de tous âges regarde leurs jambes dénudées s’activer, les soupèse du regard. Parfois, l’une d’elles se sent observée. Elle ralentit alors, prend un regard de félin duquel elle semble défier sa proie.
Les filles continueront de marcher, parfois toute la nuit, jusqu’à ce que, fatigués, ces messieurs aient fait leur choix.

Quant à moi, mon séjour chinois touche à sa fin. Le prince m’accompagne au carrosse ailé qui m’emportera loin de lui. Il rentrera à Hong Kong sur son même cheval blanc mais, cette fois, plus légèrement.

* Je parlais des casinos! À quoi donc allez-vous penser?

De le 28. avril 2012 à 9.21  
Catégories: Conseils, Italie, Récits de voyage

Le soleil brille sur les routes d’Ombrie. Sur la banquette arrière de la voiture, je somnole légèrement. La cathédrale de Gubbio qui sonnait les demi-heures ne m’a pas laissé de répit! La campagne défile et une bonne demi-heure plus tard, nous arrivons à Gualdo Tadino… La plus petite des villes visitées lors de ce périple entre Marches et Ombrie et sans doute celle qui frappe à priori le moins l’imagination.

Ce qui attire le regard en premier néanmoins, c’est le Palais fortifié de Rocca Flea, une structure essentiellement militaire à l’origine, fièrement dressée sur sa colline. C’est une magnifique forteresse dont les parties les plus anciennes datent de 1242. Elle est très bien préservée et restaurée. C’est un bâtiment en si bon état malgré les fréquents tremblement de terre qu’il était encore, jusqu’à 1985, une prison!

Mais avant cela, elle fut un palais militaire et un lieu de résidence pour les légats pontificaux, comme en témoignent d’ailleurs certaines salles du palais qui sont décorées de façon plus frivole qu’on ne pourrait s’y attendre pour un endroit militaire, et portant les armes du pape.

A présent, comme beaucoup d’autres bâtiments historiques parcourus, la Rocca est devenu le Musée municipal de Gualdo et se divise en trois parties: une archéologique, une pinacothèque (avec une collection centrée sur le XIVe au XVIe siècle, qui fut “l’âge d’or” de la région, et son peintre local, Matteo di Gualdo) et… un musée de la céramique lustrée, un type de céramique recouverte d’un voile opalescent qui peut être doré, rouge… et lui donnant un reflet particulier.

Gualdo est sans doute moins reconnue dans le monde de la céramique artisanale que Gubbio (même si elle fait partie elle aussi du réseau des villes de la céramique) mais c’est ici que nous allons rencontrer un sacré bout de femme: Fiorella Mariotti. Probablement âgée d’une cinquantaine d’années, toute mince et pleine de dynamisme, cette peintre et réverbératrice a repris les rênes de Vecchia Gualdo, l’atelier de céramique le plus fameux de la ville.

C’est un fait assez rare de trouver une femme à la barre car traditionnellement, ce sont des hommes qui sont à la tête de ces ateliers. Avec Giampaolo Rondelli, tous les deux entretiennent la tradition de la cuisson à la “muffola”, le four traditionnel qui sert à cuire et enfumer les céramiques et qui leur donneront le “lustre”, cet aspect iridescent qui fait la gloire des céramiques de l’Ombrie.

Pour y parvenir, Giampaolo a passé de nombreuses années à l’apprentissage de la maîtrise de la sélection et du mélange des essences de bois (mais aussi de branches de genévrier) afin de produire la température et la fumée exacte pour donner le lustre requis! Tout est codifié, calibré, un peu plus d’un ou pas assez de l’autre et le lustre est loupé! C’est tout un savoir-faire qui date de 500 ans.

On passe d’abord un échantillon-test dans la muffola, puis lorsque l’échantillon ressort lustré de manière satisfaisante, on enfourne l’objet à cuire. Les céramiques en ressortent toutes noires de suie et on les nettoie à l’éponge en laine d’acier. Une opération sans dommage pour la céramique car la cuisson à la muffola est sensée garder le lustre “à vie”.

Fiorella enchaînera en nous expliquant que la plupart des autres ateliers utilisent des produits chimiques lors de la cuisson pour donner ce lustre. Un lustre qui ne dure pas mais qui est un processus beaucoup moins lourd que la cuisson traditionnelle. Malheureusement, quand Fiorella et Giampaolo prendront leur retraite, il n’y aura personne pour leur succéder et le savoir-faire amassé par ces deux artisans risque bien d’être perdu.

La visite va prendre un tour tout aussi grave au Musée régional de l’émigration Pietro Conti. Ce n’est un secret pour quiconque voyage un peu:  où que l’on soit dans le monde, du Svalsbard à Ushuaïa, on trouvera un Italien sur son chemin! Leur histoire, pourtant, est largement ignorée par les Italiens eux-mêmes.

Ce musée, centre d’étude et bibliothèque, recouvre plusieurs sujets: les raisons du départ des immigrés, leur voyage et arrivée dans leur pays d’adoption, le choc culturel, leur intégration, leurs réussites et leurs échecs. Dans différentes salles plongées dans l’obscurité, des documents, objets, et vidéos sont les principaux outils qui servent à raconter l’histoire des immigrants.

Il y a aussi ces petits détails qui expliquent tout: les appels à l’immigration du gouvernement belge pour travailler dans les mines, une valise, toute semblable à celle de ma grand-mère, un passeport, des vidéos de longues files d’arrivants fraîchement débarqués d’un paquebot à Ellis Island, porte d’entrée du rêve américain, des lettres, dont celles d’un immigré de la région, parti “préparer le terrain” aux États-Unis pour sa famille, et qui envoie ses dernières recommandations à sa femme. Une missive pleine de conseils (surtout, surtout ne pas laisser de dettes!) avec bien peu de place aux marques d’affection entre époux. Un musée émouvant, surtout pour les descendants d’immigrés… et pour ceux qui parlent l’italien, car malheureusement, rien n’est traduit. Un peu dommage pour un musée de l’immigration!

Après un dernier repas et un dernier mille-feuilles, il est temps de dire au revoir à ce district culturel généreux et dont le projet ambitieux et juste de tourisme lent mérite d’être posé en exemple.