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14Articles associésroadtrip
Mariés, les pieds dans l’eau
Catégories: Récits de voyage, Thaïlande
Nous sommes invités au mariage de la soeur de Eff, une amie commune. Nous, c’est 9 compagnons de route un peu sauvages, s’accommodant de tout et de rien et pas effrayés par les kilomètres. Nous, c’est aussi des curieux, des passionnés, des gens qui ont appris à ne pas se plaindre (pour la plupart) et à prendre du plaisir et de la joie dans toutes les circonstances possibles.
Le mariage, c’est à Chumphon, dans le sud de la Thaïlande. Nous, on est de Chiang Mai, au nord. On doit donc se rendre 1’200 kilomètres plus bas. Les moyens sont limités, mais on en a: le véhicule sera un pick-up de location. À l’intérieur: 5 personnes assises — à l’extérieur: 5 foldingues avec des couvertures douillettes, des semblants de coussins… et bien trop de bières et de whisky pour leur capacité à consommer.
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Kilomètres et introspection
Catégories: Récits de voyage, Thaïlande
Après Sakon Nakhon et ma rencontre avec Mister Tum, je roule, je roule, je roule… Jusqu’à Khon Kaen où je m’arrête pour la nuit. Un tour au night bazaar, où je déguste le meilleur Yam Woon Sen (salade de nouilles épicée) qu’il m’ait été donné de goûter, un peu de shopping pour me détendre, et au lit.
Le lendemain, il me faut aligner 370 kilomètres de plus pour atteindre Phitsanulok. Je suis encore plus épuisée qu’avant, je n’avais jamais roulé autant en une journée. Sur le chemin, c’est l’évasion. Autour de Lom Sak, la région regorge de parcs nationaux: je m’en rince les yeux.
Je me fraie un chemin entre les panneaux ‘attention, traversée d’éléphants’, au milieu de ce qui semble être nulle part… et là, le scooter ralentit, s’arrête: panne sèche! Je descends et je commence à pousser.
Pas pour longtemps! Deux dames d’un certain âge s’arrêtent pour m’aider, et 5 minutes plus tard, un vaillant jeune homme qui passait par là me propose de me fournir en essence: ‘Attends-moi là, je reviens’! Et le voilà avec deux bouteilles de liqueur pleines du précieux liquide.
Un café au milieu de nulle part
Je lui tends 100 bahts, mais il refuse ‘je veux juste t’aider!’ j’insiste, mais pas possible. Je reprends ma route vers Phitsanulok. Le soleil se couche lentement sur les rondes collines: 1’000 kilomètres, juste pour cette vue là, je peux garantir que ça en vaut la peine. Emue, j’atteins la ville à la nuit tombée. Sur le chemin, mille papillons de nuit sont venus s’écraser sur mes lunettes et mes habits: plus désagréables que la pluie.
Je ne vais pas pouvoir profiter de mon séjour à Phitsanulok. Je dois être de retour le 25, malheureusement. Mais un petit tour de nuit me confirme qu’elle est magnifique: j’y reviendrai, un jour. Un bon geng kiaow wooan (curry vert) au bord de la rivière Nan et hop, au lit.
Le lendemain, on fera court: 50 kilomètres vers Sukhothai, la capitale historique de Thaïlande. Je vais m’y reposer avant les dernières 320 bornes qui me séparent de ma maison temporaire, à Chiang Mai.
Je ne trouverai pas l’énergie d’aller visiter: les bouddhas feront sans moi. Je prends un repas rapide et je m’affale sur la terrasse de ma guesthouse, où tous les voyageurs sont plongés dans leurs activités digitales: je me sens un peu seule.
Le lendemain, je me hâte vers ma destination finale, de la musique plein les oreilles. C’est encore un peu le désert, sur la route… je risque une autre panne sèche, mais je rencontre juste à temps ce couple de vieillards assis entre leurs bouteilles d’essence.
Peu après, plusieurs panneaux ‘fresh coffee’ attirent mon attention, près de Den Chai. Il s’agit d’artisans du bois qui apparemment arrondissent leurs fins de mois grâce aux routiers en manque d’énergie. Je prends un espresso en compagnie d’une petite famille dont le père, enthousiaste, me propose d’essayer sa dernière création: une impressionnante chaise à bascule en bois massif.
Une chaise à bascule en bois massif, près de Den Chai
Et puis, c’est la dernière ligne droite. Les bornes kilométriques m’accompagnent et je trépide… 80, 70, 30…
Chiang Mai! De retour à la maison, enfin.
Mister Tum
Catégories: Récits de voyage, Thaïlande
Comme chaque soir, j’entre à Sakon Nakhon, une nouvelle ville, avec un brin d’appréhension. La recherche de logement sur le tas n’est pas si difficile en Thaïlande, mais ma première nuit en la charmante compagnie des cafards a teinté d’un brin d’amertume le reste du séjour.
Je demande de l’aide à une restauratrice du coin. Elle envoie son fils pour me guider. Ce n’est pas la première fois qu’on m’escorte vaillamment de la sorte: la plupart des commerçants toucheront une commission si je décide de passer la nuit dans l’hôtel de leur choix.
Il m’emmène dans un hôtel spacieux, aux chambres énormes. Bien que le prix dépasse mon budget habituel, je n’ai pas l’énergie de courir la ville ce soir-là.
À la réception, Mister Tum, un gaillard jovial et enthousiaste qui semble avoir la cinquantaine bien qu’il aime à prétendre qu’il a 40 ans. Il ne parle pas un mot d’anglais, mais grâce à mes petits progrès, j’arrive à me faire expliquer où se trouve le marché, que je ne trouverai malheureusement jamais. Peu importe, un boui-boui bondé de thaïlandais attire mon estomac et se révèle être un excellent choix.
Repue, je regagne mes pénates temporaires et suis accueillie par Mr. Tum, qui se lance dans la conversation. Je bricole mes phrases comme je peux, j’utilise le calendrier et je torture ma mémoire: ça passe, on se comprend! Il me demande si j’aime boire, j’acquiesce: une bière ne me ferait pas de mal. L’oeil brillant, il m’indique le magasin juste en face, où je me procure nos boissons pour la soirée.
Mr. Tum me raconte qu’il se sent très seul: il n’est pas marié, et il n’a pas d’amis. Il avait une copine, il y a deux ans, mais ils se sont séparés, et depuis, il a déménagé et s’est lancé dans deux boulots à la fois: manager de l’hôtel, et propriétaire d’un petit magasin: celui d’en face! Dès qu’il finit avec l’un, il commence avec l’autre. Du coup, il ne rencontre jamais personne. Il aime sortir, boire un verre, s’amuser… mais même manger est devenu une sorte de plaie: pas drôle, quand on est tout seul. Alors il ne fait plus rien.
Je lui explique ce que je fais, mon travail, mes voyages, ma petite parenthèse de vie en Thaïlande et ébauche une liste de mes relations amoureuses passées. Impressionné de voir une fille voyager toute seule mais aussi s’amuser au travail, il est d’abord enthousiaste, puis une lueur de dépit passe dans son regard: il considère mon célibat.
‘Jeune fille, tu as 27 ans et tu n’es pas mariée. Tu voyages partout: c’est normal.’ Qui voudrait d’une compagne qui s’en va sans arrêt? Je vais finir comme lui, Mr. Tum, qui à 40 ans est tout seul, sans femme, sans enfants et plutôt désespéré.
‘Les filles thaï, elles aiment les étrangers, elles aiment les jeunes, elles aiment les hommes qui ont de l’argent.’ Mister Tum se trouve ennuyeux. Il me demande si le lendemain je veux bien l’aider à teindre ses cheveux pour masquer le trop de blanc qui le laisse paraître trop vieux.
Mr. Tum déteste sa peau: noire! ‘Toi tu as de la chance, jeune fille, le blanc, c’est beau! C’est ça que les gens aiment par ici.’ Bref, il est persuadé qu’il n’a plus aucune chance.
Mais il y a des gens dehors et dedans qui s’en fichent de la couleur de ta peau, Mr. Tum. Le noir, c’est beau, tout comme le blanc. C’est dans la tête, l’important.
J’explique à Mr. Tum que les jeunes hommes thaï, ils aiment aussi les jeunes étrangères, mais elles se révèlent souvent trop compliquées, différentes, incompatibles. Et, qui veut d’une fille qui n’est jamais là? Il a raison, moi non plus, je n’ai pas de grandes chances.
Mr. Tum me dit que je vais lui manquer. Il a apprécié boire une bière et grignoter un quelque chose en compagnie: ça faisait longtemps. Il essaie de me convaincre de rester à Sakon Nakhon pour que le lendemain, il m’emmène voir la ville et prendre un verre. Il me propose de me cuisiner un laab, chez lui. Il précise que je ne dois pas m’inquiéter, il est bien trop vieux pour moi, de toute manière: je suis son amie désormais, sa seule amie.
Quand je serai repartie, il se retrouvera à nouveau seul. ‘Tu vas te faire de nouveaux amis dans chaque ville: Mr. Tum ne va pas te manquer’, me dit-il. Il me montre mon téléphone, et me dit que ça ne servirait à rien de rester en contact: ‘Que nous dirions-nous? Comment vas-tu? Tu as déjà mangé? Tu me manques, point.’
Le lendemain, je m’éclipse, en silence. J’ai un pincement au coeur pour Mr. Tum, qui n’aura pas pu me cuisiner un délicieux plat, ni se faire teindre les cheveux, mais je dois reprendre la route: elle va être très longue.
À suivre…
…et un bras cassé!
Catégories: Récits de voyage, Thaïlande
À Nong Khai, je trouve facilement l’hôpital. L’établissement est un labyrinthe, par contre, mais je me fraie tout de même un chemin vers la chambre où se trouve Hanna. Elle m’accueille le sourire aux lèvres, malgré tout.
Il a plu dans le nord, la route était glissante, et elle a freiné d’un coup sec pour s’arrêter à un feu rouge qu’elle a perçu un peu trop tard. Personne d’autre n’a été impliqué dans l’accident, heureusement.
On s’apprête à la déplacer dans la chambre opératoire, mais on ne sait pas trop pourquoi. Peut-être pour lui remettre l’épaule en place, en raison de l’os brisé, ou peut-être pour autre chose. On ne s’inquiète pas vraiment, c’est un peu toujours comme ça en Thaïlande: c’est le résultat qui compte.
Deux heures plus tard, elle est déjà à nouveau dans son lit et semble avoir bien récupéré de sa narcose. Je la laisse à contre-coeur pour regagner Udon Thani, et récupérer nos affaires, histoire de les amener à Nong Khai et passer les prochains jours à son chevet.
La température a chuté de vingt degrés, après l’orage, on n’avait pas prévu cette anormalité.
Vue sur le Mekong, à Nong Khai
Le lendemain, je regagne Nong Khai avec trois couches d’habits supplémentaires sur moi. On a bien pris soin d’Hanna à l’hôpital et elle est prête à sortir. La douleur est forte cependant, et le moral pas au plus haut.
Je trouve une jolie guesthouse à quelques pas de l’hôpital: ce sera parfait pour quelques jours de convalescence. Mutmee est posée sur la rive thaïlandaise du Mékong, dans un cadre absolument idyllique. La chambre est magnifique et confortable et on nous fournit en couvertures supplémentaires, nécessaires.
Sur la terrasse, on chauffe de petits foyers de charbon autour desquels tous les invités se tassent. Hanna et moi on se remémore quelques aventures marquantes de notre parcours jusqu’à Nong Khai, presque 1’000 kilomètres, tout de même!
Episode marquant: la traversée d’un petit coin perdu, où le village tout entier semblait sortir d’un temple, en danse, presque en transe. Vieillards, enfants, ladyboys… tout le monde en danse, en joie et en couleurs. On nous laisse à peine traverser, on nous coule de la bière, dont on nous abreuve à même le véhicule. On nous touche les mains, les bras, on essaie de nous retenir, on nous prend en photo…
On se réchauffe les pieds à Nong Khai
À Nong Khai, rien de tout cela. La guesthouse est peuplée de touristes, et le personnel n’est pas thaïlandais: beaucoup de personnes âgées, des routards pour la plupart, qui se racontent leurs expériences. Le cadre est calme, on dirait une bulle au milieu de la tempête.
On s’éclipse donc quelques jours à l’intérieur et on oublie la pluie et le froid comme on peut jusqu’à ce que vienne le temps de repartir.
On envoie le scooter de Hanna par la poste, à Chiang Mai. Gros colis! Elle prendra le bus le lendemain, quant à moi, je me remets sur la route, seule.
À suivre…
Un coeur qui pondère…
Catégories: Récits de voyage, Thaïlande
Le lendemain matin très tôt, Hanna prend sa route. Je récupère un peu plus longtemps de la soirée, me prépare tranquillement et pars en quête de mon petit-déjeuner. J’ai envie de quelque chose de sucré que les marchés surabondants ne sauront pas m’offrir: les thaïlandais déjeunent salé.
Je m’arrête au Wawee Coffee du coin: c’est un peu le Starbucks de Thaïlande, ce sera parfait. Je me fais servir un délicieux café et une tarte au chocolat. Après quoi je prends mon courage à deux mains et j’appelle Jok. Petit problème: il ne parle pas un mot d’anglais, et mon thaï reste très limité. On parvient tout de même à discuter pendant une trentaine de minutes.
Le Wawee Coffee
Mais j’ai du mal à me faire comprendre: j’aimerais passer l’après-midi avec lui. Un peu à bout de patience, j’appelle le serveur du Wawee à l’aide: adopté aux Pays-Bas, il parle très bien le thaï et l’anglais, entre autres langues. Un sourire complice aux lèvres, il se plie au jeu et me fixe un rendez-vous. Il va arriver dans une heure. Je trépigne. ‘Serais-tu tombée amoureuse?’ Je ne peux pas en dire autant… ‘Mais il te plaît, n’est-ce pas?’ Evidemment!
Tout le café est en tension avec moi et s’émeut d’héberger cette romance fortuite et colorée.
Malheureusement, une heure plus tard, pas de trace de Jok. Un peu en colère, je me reprends rapidement: c’est très thaï de ne pas se pointer ou de se faire attendre… et puis, l’enjeu n’est pas très grand: on ne se connaît même pas. Je ne vais pas attendre pour un garçon plus longtemps. Je pars en balade dans les très beaux parcs de la ville, Nong Bua et Prajak.
Balade dans le Nong Bua Park
Vers 20 heures, je reçois un message en anglais, le frère de Jok assure, appremment, les traductions. ‘Pourquoi ne viens-tu pas? Tu me manques. Est-ce que je te manque?’ Je réponds que j’ai envie de le voir, et lui demande de m’appeler quand il aura terminé son travail.
À 3 heures du matin, le téléphone sonne et je réceptionne. On se donne rendez-vous: il vient me chercher et m’emmène à son bar, où ses amis et collaborateurs dînent et boivent dans une ambiance bon enfant. Il me présente à tout le monde, me fait une place à la table et s’éclipse pour terminer le travail.
Tout le monde parle bien l’anglais et me pose mille questions: je m’amuse bien, mais où est le charmant Jok? De temps en temps, il vient s’asseoir à côté de moi, toujours aussi timide, son épaule et sa cuisse légèrement contre les miennes: on se donne mutuellement à boire, à la façon des couples thaïlandais.
Vers 5 heures, tout le monde s’en va: qui saoul, qui fatigué. Le frère de Jok me demande de prendre soin de lui. C’est plutôt Jok qui prendra soin de moi: il me raccompagne à mon hôtel. On se souhaite bonne nuit discrètement et il repart. On s’est à peine regardés de la soirée pour des raisons bien différentes, mais le résultat est le même: rien.
Une fleur dans le Nong Bua Park
Le lendemain, je me félicite que ça n’ait pas été plus loin. Je vais quitter la ville dès que Hanna sera de retour, et ce garçon avait l’air adorable et doux. Pas la peine de briser deux coeurs en passant des vitesses inutiles… sans parler de la barrière linguistique. Apparemment, de l’autre côté, c’est le même sentiment: la communication cessera là.
Maintenant, me voilà vraiment seule aux mains d’Udon Thani, à nouveau… Mais plus pour très longtemps.
À la nuit tombée, j’appelle Hanna pour savoir si tout va bien. Quelle surprise lorsqu’elle m’annonce qu’elle est hospitalisée à Nong Khai!
J’enfourche mon vaillant et fidèle scooter et trace les 55 kilomètres qui nous séparent.
À suivre…
Les dessous d’Udon
Catégories: Récits de voyage, Thaïlande
850 kilomètres au compteur plus tard, après avoir séjourné à Uttaradit et Loei (délicieuse, en passant), nous atteignons notre halte majeure: Udon Thani. Elle nous servira de base pour aller nous perdre dans l’Issan profond, plus tard.
Au soir, le night bazaar nous offre mille délices: on mange pour quatre. Et puis, on décide d’aller prendre un verre mais on ne rentrera pas trop tard, car le lendemain, Hanna doit se rendre à Vientiane, à la frontière laotienne, pour renouveler son visa thaïlandais.
J’appelle une fille originaire d’Udon Thani pour qu’elle nous recommande quelques lieux où sortir. Elle nous désigne un bar nommé Mr. Tong: il y a toujours du monde là-bas, c’est très en vogue. Et ça tombe bien, c’est juste à côté de notre hôtel.
Dîner dans le marché d'Udon Thani
Sur le chemin, moult hommes blancs âgés, plutôt bien accompagnés… et cet endroit qui s’appelle Nutty Park avec un logo assez évocateur: un rond avec une flamme tout autour. Hanna veut aller voir, histoire de savoir. Je ne connais déjà que trop bien, je suis un peu mal à l’aise. Les filles nous interpellent: j’imagine qu’elles préféreraient notre pourboire au leur.
Cinq minutes plus tard on est déjà dehors et on atteint le fameux bar qui nous a été recommandé. Ce n’est pas beaucoup mieux. Là ce sont de jeunes mâles à la peau blanche, tout aussi bien accompagnés. La place est littéralement bondée et les jeunes thaïlandaises se trémoussent et se frottent de façon surfaite. Pas pour nous non plus.
À l'entrée du Nutty Park
On erre longuement dans la ville pour atterrir dans un bar thaï, où l’on passe du foot (on aime mieux ces boules là, finalement). Allez, c’est parti pour une bière.
Je repère tout de suite un charmant jeune homme derrière le bar, qui me repère à son tour. Pas difficile en même temps, nous sommes les seules blanches dans le coin. Toutes les serveuses viennent à tour de rôle à notre table, échanger quelques mots, quelques compliments, et trinquer: on se sent un peu comme une attraction.
Quelques bières et quelques heures plus tard, les gens de la table d’à côté entament la conversation. Le serveur essaie un sourire timide, auquel je réponds à peine. Je suis un peu mal à l’aise, après le spectacle de ce soir, de me retrouver dans la position de la blanche qui regarde le thaïlandais. L’ami de la table d’à côté brise la glace: il appelle le serveur, qui est apparemment son frère, lui prend son portable et me le tend.
‘Mon frère, Jok, t’aime bien, tu veux bien lui donner ton numéro?’ Le garçon, témoin, est tout confus. Il sourit et s’éclipse. Et moi je pianote mon numéro, pourquoi pas?
Tout le monde s’exclame et trinque avec moi, ravi. Jok récupère son téléphone les yeux au sol avec un sourire au coin des lèvres et retourne au bar. Cinq minutes plus tard j’ai un appel. Il n’osera pas aller plus loin ce soir, mais j’ai aussi son numéro désormais.
On rentre à notre hôtel et à 6 heures, Hanna prend son scooter en direction de Nong Khai, où elle passera la frontière en bus pour atteindre Vientiane et effectuer ses démarches administratives. Cela prendra deux jours: me voilà seule aux mains d’Udon Thani… enfin, plus vraiment.
À suivre…
4 bahts pour votre cafard, madame!
Catégories: Récits de voyage, Thaïlande
C’est le jour J. Dans ma liste de choses à faire avant de m’éteindre figure ‘visiter l’Issan’, le nord-est thaïlandais, qui compte 19 provinces. Il y a aussi du kilométrage à surpasser: ce sera d’une pierre deux coups.
L’Issan, c’est loin! Mais peu importe, on a tout le temps à notre disposition. Lorsque j’ai soumis mon idée à Hanna, une jeune allemande pleine d’énergie, elle a tout de suite adhéré: ‘on part quand?’.
Sac à dos bien ficelés à l’arrière de nos scooters, habits couvrants pour ne pas brûler au soleil, masques, lunettes, casques et nous y voilà… quelques jours après, sur la route déjà!
Notre plan? Pas de plan. Il n’y aura que quelques contraintes à respecter: atteindre Udon Thani le 19 mars au plus tard, et être de retour à Chiang Mai le 25 du même mois. Cela nous laisse 15 jours pour arpenter la vaste région.
Hanna et moi, on est sur la même longueur d’onde: tranquilles, voire un peu insouciantes. La première journée est à notre image. Après un bon dîner, on décide aléatoirement qu’il est l’heure d’y aller et que l’on s’arrêtera à Lampang, au sud de Chiang Mai. Mais avant ça: café, snacks et faire le plein, quand même.
La route vers notre première destination est sans encombres. Nous traversons Lamphun, qui me fait penser à une Chiang Mai miniature, avec son canal, ses vieux murs et ses magnifiques temples. Pour l’instant, le paysage n’est pas des plus épatants, c’est beaucoup d’autoroute…
Arrivées à Lampang, il nous faut trouver un logement. Nous quadrillons la ville, qui se révèle bien plus imposante que ce que nous pensions. Difficile! Au bout d’une heure, nous nous arrêtons près d’une bâtisse qui porte un grand écriteau ‘Home Sweet Home’. En fait, ce n’est pas une guesthouse: la propriétaire nous explique qu’elle est professeur de chinois pour enfants, et qu’elle vit désormais avec son fils — son mari les ayant quittés 2 ans auparavant.
Le fils en question participe, intrigué, à la conversation. Lorsque la mère tente de m’expliquer une direction pour trouver un logement, il propose de nous guider: il enfourche sa moto un peu vintage et, cheveux au vent (façon thaï) il nous dépose à un hôtel, nous demande d’où nous venons, nous recommande deux ou trois choses en ville et nous quitte timidement.
Bon, c’est 650bht pour la chambre la moins chère! Voilà qui exploserait un peu notre budget dès le premier jour. Décontenancées, mais pas démotivées, on repart pour un tour. Et là, une petit écriteau jaune qui ne paie pas de mine: ‘Hotel’. La dame à la réception nous demande 204 bahts pour une chambre double: une aubaine! Je laisse Hanna visiter la pièce et tout a l’air en ordre.
Sauf qu’on nous en donnera une autre, ensuite. Accueillies par un immense cafard (que nous pourchasserons plus tard) et par une propreté globale vraiment douteuse, nous partageons des histoires sur les maladies liées à la saleté.
On relativise, on a vu bien pire… et pour ma part, ce n’était pas en Asie. Tentez un train couchette de Milan à Naples si vous l’osez!
Nos affaires déposées, on file à la recherche d’un peu d’action et de nourriture. On s’arrête manger au Riverside, à l’ambiance romantique mais un peu tristounette, et puis on se dirige vers les bars: il y en a une foule, mais ils ont tous l’air d’être vraiment très (trop) calmes. Peu importe! Nous avons assez à nous raconter.
Après un bon verre de Sangsom (le rhum local, que les thaïs prétendent être du whisky, mais qui ne goûte ni l’un, ni l’autre), nous regagnons nos pénates temporaires: demain, il faudra aller encore plus loin.
À suivre…
Le Mae Hong Son Loop (partie 6) – Doi Inthanon
Catégories: Récits de voyage, Thaïlande
Cet article fait partie d’une série sur le Mae Hong Son Loop, un parcours à deux roues en Thaïlande du nord.
Vous pouvez lire l’article précédent, Mae Chaem, ou commencer par le début: Roadtrip en Thaïlande du nord.
Dernière étape de notre aventure prolongée… Il est temps d’attaquer la rude montée vers Doi Inthanon, le sommet le plus haut de la Thaïlande. Le propriétaire du Ben’s House à Mae Chaem, où nous prenons notre petit-déjeuner, nous rassure: la route n’est pas trop pentue, on ne devrait pas avoir à marcher.
Presque arrivées!
Enthousiastes, on met les gaz. Pas pour très longtemps malheureusement… Mon élégant scooter automatique se refuse à porter deux occidentales aussi haut, ‘je suis de la ville, moi, mesdames’. Nous alternons donc marche, pousse de moto, et petits bouts plein d’espoir sur le deux-roues. Il fait très chaud.
Le sommet commence à nous apparaître… On voit poindre les cimes brillantes des deux temples Phra Maha Dhatu Nabha Metaneedol et Nabhapol Bhumisiri. Ils paraissent très proches, et à la fois très lointains compte tenu de la dernière ligne droite qui nous attend: encore bien plus raide que tout le reste. Nous marchons sur à peu près 2 kilomètres, presque prêtes à renoncer et redescendre… Mais pas question, c’est sur ma liste de choses à faire avant de mourir, alors je persisterai.
À grand peine, nous atteignons les temples… Pour réaliser que le sommet, c’est encore un bout plus haut. Bon, on fait halte aux temples, et on décidera ensuite.
Le temple Phra Maha Dhatu Nabha Metaneedol
On paie l’entrée, et on a droit à un taxi gratuit jusqu’aux bâtisses… 150m à tout casser, c’est original. Les temples sont particuliers: très modernes, à l’esthétique et au contenu très épurés. On est surprises, mais ravies, de constater qu’on y a accès via des escaliers mécaniques. La vue vaut le détour: 180° de délices visuels.
L'un des temples au haut de la montagne
Et ensuite, que fait-on? On ne va pas réussir à atteindre le sommet dans notre situation. Alors je prends le scooter, et mon amie fait du stop: un couple thaïlandais sympathique l’amène au haut.
La vue depuis les temples
Nous sommes un peu déçues: à part 3 panneaux différents indiquant que nous nous trouvons au sommet le plus haut de la Thaïlande, le piédestal qui est censé nous offrir une vue incroyable ne nous montre qu’un amas… d’arbres et de nuages. Et puis, c’est fait: je peux tracer un autre accomplissement de ma liste, malgré tout.
Le point le plus haut de Thaïlande (2'565m)
Nous nous consolons aisément d’avoir pu être témoins de toutes les autres merveilles sur notre route jusqu’ici: 6 jours d’une incroyable beauté et d’expériences enrichissantes… Et nous reprenons la route vers Chiang Mai — à nous la folle descente et les mille excitants virages.
La chute d'eau Wachirathan, dans le parc national de Doi Inthanon
Le Mae Hong Son Loop (partie 5) – Mae Chaem
Catégories: Récits de voyage, Thaïlande
Cet article fait partie d’une série sur le Mae Hong Son Loop, un parcours à deux roues en Thaïlande du nord.
Vous pouvez lire l’article précédent, Petite pause à Mae Hong Son, ou commencer par le début: Roadtrip en Thaïlande du nord.
On pourrait penser qu’après quatre ou cinq jours sur la route on aurait fait le tour des beautés du paysage. Que nenni! Par ici, les variations continuent et c’est sur une ribambelle de ‘ooohhh’ ‘ouahhh’ que nous avons sillonné les routes nous menant à Mae Chaem, l’avant-dernière étape de notre roadtrip avant d’atteindre le sommet le plus haut de Thaïlande: Doi Inthanon.
Culture de tomates, avec des paysages qui m'ont drôlement rappelé la Suisse.
Mae Chaem est atteinte juste avant la tombée de la nuit (comme à notre habitude), et nous avons donc une autre opportunité d’observer le soleil se coucher. La petite ville est posée dans une vallée, au milieu de collines et rizières verdoyantes. Différente de Mae Hong Son, qui a des allures très urbaines malgré sa petite taille, Mae Chaem elle, s’étale dans un décor tout à fait idyllique, le long d’une rivière serpentine.
D'un petit pont, entre quartiers, rizières, collines et passants locaux très enthousiastes.
Nous avons choisi de nous loger à l’auberge Pamview, qui offre des chambres spacieuses et décentes (ainsi que des bungalows) pour un très bon rapport qualité/prix (350/400bht), dans un cadre des plus tranquilles.
Pas trop d’humeur festive cette fois-ci, nous avons repéré plusieurs bars locaux sur les routes mais ne nous y sommes pas attardées, préférant la quiétude d’un café-jardin: More Dong est posé sur une colline, entre deux routes secondaires longeant les rizières. Ils proposent en plus du café, de la bière et de quoi croquer un morceau.
Nous avons ensuite opté pour Ben’s House (l’un de mes restaurants favoris sur toute la durée du roadtrip): le cadre est vraiment unique — maison thaïe sur-decorée (façon kitsch), magnifique jardin et propriétaires aux petits soins de tout détail. Belle sélection musicale, délicieux biscuits faits maison et plats thaïs qui ont su émoustiller papilles et oreilles en l’espace de quelques secondes (il y a aussi des plats occidentaux à disposition). Le staff était des plus souriants et très amicaux.
Le restaurant Ben's House à Mae Chaem
Un délicieux tom yam gai au restaurant Ben's House
Après une bonne nuit de sommeil, nous retournons prendre le petit-déjeuner au Ben’s House et nous nous remettons en route, un peu inquiètes de l’escalade qu’allait représenter notre dernière étape.
Le coucher de soleil sur Mae Chaem
À suivre...
Le Mae Hong Son Loop (partie 4) -– Petite pause à Mae Hong Son
Catégories: Récits de voyage, Thaïlande
Cet article fait partie d’une série sur le Mae Hong Son Loop, un parcours à deux roues en Thaïlande du nord.
Vous pouvez lire l’article précédent, Un détour par Mae Lana, ou commencer par le début: Roadtrip en Thaïlande du nord.
Mae Hong Son, ou la ville des trois brumes, est réputée pour son romantisme et pour sa situation idyllique: au beau milieu d’une nature mi sauvage, mi peuplée par les tribus autonomes de son district. Relativement petite et calme, elle offre un cadre idéal pour se relaxer, après tous ces kilomètres de conduite.
Le lac et les temples de Mae Hong Son
Son magnifique lac est célèbre, mais ne vous attendez pas à une longue balade: il est tout aussi minuscule! On préfèrera s’asseoir sur un banc, ou dans un bar environnant, et contempler la beauté du reflet des deux temples (Wat Chong Kham et Wat Chong Klang), jouant entre éclats de lumière et nénuphars. Nous avons choisi le restaurant Meeting Internet Food&Drink, avec accès wi-fi gratuit, jolie terrasse et design intérieur et, bien entendu, bonne nourriture thaï.
Le Night Bazaar (marché du soir) y est particulier: ce sont les différentes tribus qui viennent y vendre des biens manufacturés pour la plupart, même s’il ne manque pas les habituels souvenirs identiques de ville en ville… mais en de proportions plus acceptables. Le marché commence près des temples du lac et s’étend sur plusieurs rues environnantes, jusqu’à un petit food court (département alimentaire) ou vous trouverez de quoi satisfaire vos papilles pour un rien de bahts.
Balade à Mae Hong Son
Nos explorations nocturnes nous ont mené au Jungle Bar, d’après certaines recommandations trouvées sur le net. Un peu décontenancées par le manque de foule ce soir-là (il n’y avait vraiment personne d’autre que nous), nous avons tout de suite oublié cette donnée lorsque Kristy, la propriétaire australienne, est venue se présenter. Kristy, bonne-vivante, a tout un tas d’histoires à raconter sur un fond musical différent de nos habitudes thaïlandaises (années 80/90). Et elle cuisine d’authentiques meat pies australiens, entre autres!
Enfin, d’humeur thaïe, nous sommes parties à la recherche de bars fréquentés par les locaux. On ne peut pas dire que la vie nocturne de Mae Hong Son soit des plus excitantes, mais nous avons tous de même trouvé un petit quartier fréquenté par les thaïs (rue Siri Mongkol) avec de quoi siroter une bière dans un cadre différent.
Sur le chemin du retour vers notre guesthouse (Friend House, au bord du lac), nous avons été attirées par de la musique live aux sonorités thaïes: le Baiyoke (un hôtel) propose un bar/restaurant au bas, un peu sombre, mais fréquenté par des locaux de tous âges suffisamment enthousiastes pour nous permettre de partager un bon moment.
Coucher de soleil, du haut du temple de la colline
De jour, je vous recommande de grimper sur le temple particulier de la colline, Wat Phra That Doi Kong Mu. Les bâtisses sont magnifiques et les enfants moines s’amusant entre les statues ou écoutant, cachés, du rock à pleins tubes dans les oreilles, donnent une ambiance vivante à l’endroit. Restez jusqu’au coucher du soleil…
Nous avons finalement pris notre dernier petit-déjeuner au restaurant Chilli, qui propose une carte de plats thaïs et shan… avant de reprendre la route en direction de Mae Chaem.
À suivre...